Stratégie / Expert
Le brevet, un sésame pour conquérir des marchésArme
Pour protéger une invention, il n'y a pas d'autre moyen juridique que de déposer un brevet. Arnaud Catinot, ingénieur technologies et normes à l'ARIST (Agence régionale d'information stratégique et technologique), explique comment se procurer cette arme, devenue indispensable pour évoluer avec sûreté dans un environnement concurrentiel
Contrairement aux pays anglo-saxons, Etats-Unis en tête, les pays latins, comme la France, sont réputés éprouver beaucoup de réticences à faire breveter leurs inventions. Cette démarche, longue et onéreuse, est vécue par nombre d'entreprises comme une contrainte forte, destinée à se prémunir de risques jugés - à tort - improbables.
Photo DR Le brevet, de A à Z.
'Un brevet est le titre de propriété d'une invention, explique Arnaud Catinot, ingénieur technologies et normes à l'ARIST (Agence régionale d'information stratégique et technologique - un service de la CRCI). C'est un contrat passé avec l'Etat, par lequel le titulaire du brevet dispose d'un monopole sur son invention mais accepte qu'elle soit rendue publique dix-huit mois après le dépôt de la demande de brevet. Le droit à l'exploiter lui est toutefois réservé pendant une période de vingt ans.' Pour obtenir un brevet, il convient de suivre un parcours bien balisé. Il faut d'abord s'assurer que l'objet du futur brevet constitue bel et bien une invention. 'Un brevet est une solution technique à un problème technique' rappelle Arnaud Catinot. Une idée ne peut donc pas être brevetée. L'invention doit en outre être susceptible d'application industrielle. Il faut ensuite vérifier qu'il s'agit bien d'une nouveauté (une simple communication, dans le cadre d'un salon professionnel par exemple, suffit à lui ôter cette qualité). Enfin, l'invention doit résulter d'une activité inventive (elle ne doit pas constituer une solution évidente pour l'homme de métier). La deuxième étape vise à vérifier que l'invention s'inscrit dans un projet susceptible de rentabiliser l'investissement que représente le dépôt d'un brevet. Un brevet français coûte entre 4 000 et 8 000 euros; un brevet européen, pour huit pays ciblés pour l'exploitation et pour vingt ans, revient environ à 100 000 euros...
La rédaction du brevet est du ressort d'un conseiller en propriété industrielle, qui se charge ensuite de le déposer auprès de l'INPI. Après examen et publication, le titre de propriété du brevet est finalement délivré 24 à 30 mois après le dépôt de la demande.En cas de contrefaçon, soit on intente un procès, qui conduit à faire cesser la production frauduleuse ; soit on négocie une licence à l'amiable, par laquelle le concurrent incriminé achète le droit de poursuivre ses activités. Cette dernière solution est la plus couramment retenue : un procès coûte plusieurs dizaines de milliers d'euros et l'on ne peut espérer récupérer qu'une dizaine de milliers d'euros. Mais pour être en mesure de concéder une licence, encore faut-il avoir commencé par déposer un brevet.
Contact : Arnaud Catinot - (ARIST Centre) : 02 38 25 25 23 ou catinot@centre.cci.fr
www.inpi.frPropos recueillis par Maï-Anne Tran
Mode d'emploi
Rendez-vous d'abord à la CCIPour toute question relative à la propriété industrielle, la démarche logique consiste à s'adresser d'abord à la CCI de Touraine, où un accueil et une première orientation sont assurés par Françoise Chaudun, spécialiste détachée de l'INPI (Institut national de la propriété industrielle). Concernant les dépôts de brevets, elle peut diriger ses interlocuteurs vers un conseiller membre de la CNCPI (Compagnie nationale des conseils en propriété industrielle) pour un entretien individuel et gratuit, leur proposer d'effectuer eux-mêmes une recherche d'antériorité dans les locaux de la CCI ou la confier à l'ARIST (Agence régionale d'information stratégique et technologique). Une étude menée par l'ARIST constitue une démarche professionnelle de détection des antériorités, contrairement à une recherche effectuée en libre-service.
L'ARIST propose également d'assurer une veille technologique. Les entreprises intéressées par ce type de prestation doivent s'adresser à leur CCI, qui étudie leur demande et la transmet, le cas échéant, aux ingénieurs de l'ARIST.
Contact : Françoise Chaudun : 02 47 47 20 56 ou fchaudun@touraine.cci.fr
www.touraine.cci.fr (rubrique "Recherche et Production")