Au nom du prix
Ils sont petits : 675 m2 de surface en moyenne.
Les hard-discounters proposent un assortiment court : de 600 à
3000 références (contre 15 000 en supermarché)
sans marques nationales. On peut y remplir son caddie en 20 minutes
et à bon marché
Catherine
Geffroy
Petits mais costauds : les
hard-discounters détiennent actuellement 11, 6 % de part de marché
en valeur au sein de la grande distribution alimentaire française.
Et ils entendent bien ne pas en rester là.
Flash back. 1988 : les discounters allemands
arrivent dans le nord et l'est de la France. Ils sont précédés
d'une réputation peu flatteuse : qualifiés de 'magasins
de crise', on dit qu'ils n'attirent qu'une clientèle de faibles
revenus, voire de 'sans le sou'.
8 mars 1993 : le premier
hard-discount ouvre en Touraine, à Joué-lès-Tours,
sous l'enseigne CDM. Son propriétaire explique ainsi le concept
dans les colonnes de La Nouvelle République : 'Aucun luxe, des
prix bas permanents, des produits présentés sur des palettes,
un seul produit par besoin. C'est un concept de crise.'
2003 : une étude de
TNS-Secodip confirme la montée en puissance du maxi-discompte
(c'est le terme français) en France. Le cap des 3 000 magasins
est maintenant franchi. 62 % des Français y ont fait au moins
une fois des achats en 2002 (contre 38 % en 1998...) et le panier moyen
ne cesse de progresser (19,7 E en 2002).
Si la formule se développe,
c'est vraisemblablement parce qu'elle répond à certaines
attentes du client. Force est de constater que le hard-discount correspond
à une nouvelle façon de faire ses courses et qu'il
a fait sa place dans le paysage commercial français.
Clientèle mass
market. Contrairement aux idées reçues, les hard-discount
ne sont pas 'des magasins de fin de mois'. Bertrand Boutin, exploitant
d'un Netto à Joué-lès-Tours, en témoigne
: 'L'ordre d'importance de mes chiffres d'affaires est identique à
celui des autres supermarchés. Cela donne semaine 1, puis 2,
puis 4 et 3, comme ailleurs'. Et la clientèle s'est nettement
élargie ces dernières années. Si le discount
s'adresse, bien sûr, aux foyers les moins aisés, on y
croise aussi le c'ur de cible des super et hypermarchés traditionnels,
une clientèle plutôt jeune (moins de 50 ans) et familiale.
L'Institut Secodip a calculé que les classes moyennes à
supérieures de la population (52 % de la population) assurent
59 % du chiffre alimentaire des discount. En fait, le client se définirait
plus par son style de vie que par sa catégorie socio-professionnelle
: 'Nous touchons toutes les catégories de population, explique
Bertrand Boutin, du moment que notre client opte pour l'achat facile,
rapide, intelligent.' Responsable du Leader Price de Tours-Nord, Karine
Morne confirme : 'Notre client est moins attaché que d'autres
aux marques nationales et il veut éviter les tentations inutiles.
En vingt minutes, il a terminé ses achats.' Et si, au début,
certains mettaient en doute la qualité des produits, les opinions
semblent s'être rassurées. Grâce, notamment, aux
services 'qualité' mis en place par les enseignes et aux stratégies-qualité
développées. Bertrand Boutin (Netto) place la barre
très haut : 'Ce que nous vendons doit présenter le meilleur
rapport qualité-prix. Notre référent, c'est bien
la marque nationale. D'ailleurs, ceux qui fabriquent nos produits
sont les mêmes que ceux qui produisent nos marques de distributeur
Intermarché'.
Leur secret ? 'La force du 'hard'
réside dans sa puissance d'achat, résume Guy Granier,
un des responsables du développement de l'enseigne Le Mutant
: avoir moins de références permet de concentrer les
approvisionnements. D'où une forte capacité de négociation
de prix d'achat auprès des fournisseurs sur des quantités
importantes. Ajoutez à cela une puissante organisation logistique.'
Résultat : des différences de prix pouvant aller,
à produits équivalents, jusqu'à 30 % avec la
grande distribution. L'explication du succès du discount
est bien là : une politique constante de prix bas. Et, en
ces temps d'incertitudes économiques et de réduction
des budgets, notamment alimentaires, les professionnels reconnaissent
enregistrer une certaine progression de leurs chiffres. Leur succès
réside également dans le fait qu'ils jouent désormais
le rôle de magasins de proximité. L'enseigne Le Mutant
développe un concept axé sur le frais et réalise
déjà 50 % de son chiffre d'affaires grâce à
ses rayons frais en libre-service. Mais la plupart des points de
vente peuvent avoir une zone de chalandise très étendue.
Le Leader Price de Tours-Nord draine une clientèle sur toute
la partie au nord de la Loire, jusqu'à Château-Renault.
Et Bertrand Boutin s'en étonne encore : 'Je tire plus loin
qu'un supermarché classique : 50 % sur Joué et 50
% sur une zone qui s'étend jusqu'à Chinon.'
Evolution. Mis
à part Aldi qui reste fidèle aux principes du hard-discount
pur et dur, les autres enseignes évoluent. Ainsi, Lidl
se met à recourir massivement à la publicité,
Ed introduit certains produits de grande marque et Leader Price
améliore le confort de ses magasins. D'ici la fin 2003,
l'enseigne Le Mutant aura augmenté son offre globale de
150 produits. Leader Price a introduit au mois de mai une gamme
allégée 'fine ligne' avec notamment des substituts
de repas : succès garanti l'été. En 2004,
ce sera au tour du Mutant de lancer une ligne 'forme et santé'
riche de 50 références. Car les enseignes affichent
leur réactivité et leur montée en gamme :
si un produit nouveau apparaît, elles s'efforcent de commercialiser
un produit équivalent, histoire de ne pas donner au client
le sentiment d'être en retard d'une innovation. C'est ce
qui s'est passé par exemple avec le jus de fruit au lait
pour contrer Danone et son Danao. Enfin, Leader Price est certainement
l'enseigne qui fait évoluer le concept le plus loin possible
en proposant pas moins de trois références par produit
: du premier prix au plus qualitatif.
Perspectives. Les premiers discounters
sont arrivés en Touraine en 1993 et quatre magasins se
sont créés la même année. Entre 1994
et 2000, le développement a été assez lent
: dix points de vente se sont ouverts. Mais, depuis 2000, la
courbe est repartie à la hausse : on en est aujourd'hui
à vingt-quatre supermarchés. Jusqu'à présent,
aucun de ceux qui dépassent 300 m2 n'a obtenu une autorisation
de la CDEC en terme de création. A chaque fois, il s'est
agi de la reprise d'un supermarché traditionnel déjà
autorisé, ou d'une implantation de moins de 300 m2 de
surface de vente.
Le potentiel de croissance du hard-discount
est important. Les spécialistes du commerce prévoient
qu'il réalisera 15 % de part de marché en valeur
dans deux ou trois ans. En Allemagne, ce pourcentage s'établit
aujourd'hui à près de 35 %. Les enseignes françaises
s'efforcent de convaincre les pouvoirs publics de leur utilité
économique et de leur spécificité par
rapport à la distribution traditionnelle. Il semble
bien que le hard-discount soit entré dans une phase
de maturité malgré le manque d'autorisations
en CDEC. Il est en tout cas adopté par une majorité
de consommateurs et répond à une partie des
attentes.
Le hard-discount en Touraine
Il existe actuellement 24
supermarchés hard-discount, soit 1 supermarché
sur 4 Superficie
de vente en moyenne :
- 650 m2 (moyenne des supermarchés traditionnels
: 1 250 m2)
Répartition
géographique :
- 17 hard-discount sur
Tours et sa périphérie
- 7 sur Amboise, Bourgueil, Château-Renault,
Descartes, Loches et Perrusson
|
Enseignes
|
Origine
de
l'enseigne
|
Nbre de
magasins en 37
|
Nbre de
m2 en 37
|
Nbre de
références
|
| Lidl |
Allemande
|
9
|
6678 m2
|
n.c.
|
| Netto |
Française
(Intermarché)
|
8
|
5
622 m2
|
1800-2000
|
|
Leader
Price
|
Française
(Casino)
|
3
|
1 800 m2
|
2800-3000
|
| Aldi |
Allemande
|
2
|
600 m2
|
600
à 700
|
| Le
Mutant |
Française
(Coopérateurs de Normandie)
|
1
|
600 m2
|
1200
|
| Ed |
Française
(Carrefour)
|
1
|
300 m2
|
2500
|
|
|