En couverture / La Touraine dans le monde


Entreprendre sans frontières

Ambassadeurs. Pour réussir le développement d'une entreprise à l'étranger, il faut certes décider d'une stratégie à l'export adaptée au produit et au marché visé, dégager du temps et des moyens pour se déplacer et s'informer... Mais ce qui compte avant tout, c'est la qualité des relations humaines que les ambassadeurs de la société française parviendront à tisser avec leurs interlocuteurs étrangers. Car, en matière de commerce international, on échange presque plus des cultures que des produits

Dossier réalisé par Maï-Anne Tran et Annie Blanchet



Le commerce international est une histoire d'hommes, pas de produits. J'ai mis des années à le comprendre, affirme Frédéric Delacour, responsable de la société Doryl, spécialisée dans la fabrication de moules à fromages (filiale de Servi, dont il est également le directeur commercial). La première barrière à l'exportation est de nature culturelle. Pour bien se comprendre, rien ne vaut, pour commencer, de parler soimême la langue de son interlocuteur. Mais cela ne suffit pas. Dès que l'on sort de l'Hexagone, on se trouve confronté à des manières d'agir qui sont différentes des nôtres et qu'il faut apprendre à décrypter. Cela complique les négociations mais c'est aussi ce qui rend ce métier passionnant... Il suffit de se rendre par exemple au Danemark ou aux Pays-Bas pour constater que les mentalités sont très éloignées de celles d'un pays latin comme le nôtre. Les Européens du Nord sont d'une rigueur extrême dans les affaires, ce qui nous oblige à prendre mille précautions pour éviter qu'une imprécision dans un contrat se retourne contre nous... L'euro a effacé les frontières pour les marchandises, pas pour les hommes, qui doivent toujours faire l'effort de se comprendre. Il n'y a pas de marché intérieur européen."

Bernard Revêche
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Question de mentalité.
Bernard Revêche, responsable de Genexco (fabrication de produits d'environnement de bureau, de mobilier d'accueil et de mobilier pour les collectivités), a toujours su que l'entreprise développerait son chiffre d'affaires à l'export."C'est une question de mentalité : chez Genexco, nous éditons toujours deux catalogues, l'un pour la France, l'autre pour l'étranger, de même qu'un emballage est systématiquement imprimé en cinq langues. Nous avons complètement intégré l'exportation à notre mode de fonctionnement." Pour autant, Genexco ne s'est pas lancé sans filet dans l'exportation. Créée en 1987, l'entreprise a commencé par s'assurer de la maîtrise de ses produits avant de songer à les vendre à l'étranger."Nous exportons régulièrement depuis cinq ans maintenant. Il faut du temps pour tisser sa toile... Approcher un marché, nouer des relations solides, gagner la confiance d'un client : tout cela nécessite de s'investir sur le long terme."

Guillaume Rémond
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1 an = 1 nuage.
Depuis plus de dix ans, la société Laprovet (laboratoire de produits vétérinaires) s'est délibérément orientée vers l'exportation en direction de l'Afrique sub-saharienne. Guillaume Rémond, vétérinaire et directeur export de l'entreprise, explique comment Laprovet a su s'implanter dans cette zone. "Nous avons autant de personnel sur le terrain qu'ici, à Tours. Une quinzaine de technico-commerciaux africains assurent le relais sur place pour former les éleveurs qui achètent nos produits. Laprovet s'est progressivement spécialisé dans la lutte contre la trypanosomose, maladie parasitaire mortelle pour le bétail dans cette région du monde. Nous nous sommes peu à peu adaptés à cette clientèle très spécifique, en développant notamment de petits conditionnements, en éditant des documents pédagogiques en langues vernaculaires et en utilisant des symboles appropriés pour les éleveurs. On indiquera par exemple un nuage - qui fait référence à la saison des pluies annuelle - pour un animal âgé d'un an... Je passe moi-même un tiers de mon temps en Afrique. Il n'y a qu'en étant proche du terrain que l'on peut comprendre un marché et ses particularités culturelles." Et comme les acteurs de l'exportation n'occupent jamais leur fonction tout à fait par hasard, Guillaume Rémond a vécu de longues années en Afrique noire avant d'occuper son poste actuel."On n'exporte bien que dans les pays que l'on aime..." confie Frédéric Delacour (Doryl / Servi).

Le coeur a ses raisons.
Avoir dans le pays où l'on cherche à exporter des attaches personnelles constitue un atout parfois décisif pour réussir à s'y implanter effectivement. Christophe Garnier, producteur et distributeur de touraine azay-le-rideau, a mis sur pied un groupement de petits viticulteurs tourangeaux désirant développer leur présence à l'étranger. En déplacement à Saïgon pour prospecter le marché vietnamien, il raconte comment il est parvenu à faire ses premiers pas dans ce pays qu'il affectionne tout particulièrement. "Je me rends au bureau de représentation du Vietnam à l'ambassade de France mais l'employé en poste n'est manifestement pas décidé à m'aider dans ma recherche. Dans la rue, en sortant, je remarque la façade d'un hôtel-restaurant installé dans une ancienne maison coloniale. J'entre et discute avec le patron belge de l'établissement... Il m'a immédiatement organisé une soirée dégustation avec pas moins de vingt-cinq importateurs potentiels et j'ai vendu 15 000 bouteilles à l'un d'entre eux, alors que je n'avais aucun contact en arrivant !"

Aly Adham
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Pierre Hallé
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Yannick Berraute
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"Un caneton, il faut que ça respire..."
"Choisir le bon partenaire localement est l'une des clefs de la réussite à l'export" confirme Aly Adham, directeur commercial et marketing de SES, société industrielle spécialisée dans la signalisation routière verticale. Toutefois, même en s'entourant d'un maximum de précautions, l'exportation comporte des risques, qu'il faut être prêt à gérer sous peine de mettre l'entreprise en difficulté. Chez SES, qui réalise 10 % de son chiffre d'affaires à l'export (CA : 68 millions d'euros, 526 collaborateurs), un service composé de quatre personnes a été spécialement mis en place pour encadrer l'activité exportatrice de l'entreprise. La direction veille en particulier à s'entourer de garanties juridiques et financières, avec le soutien du groupe Colas auquel l'entreprise appartient et de la Coface (Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur). Pierre Hallé, responsable de Socofer (fabrication et réhabilitation d'engins ferroviaires), affirme que toute entreprise n'est pas nécessairement prête à gérer les risques inhérents à l'exportation. "Nous avons un juriste d'entreprise qui contrôle les contrats que nous passons à l'export. Il est essentiel de connaître à la fois le produit que l'on exporte et le client à qui on le vend... Certains pays, comme les Etats-Unis, pratiquent des "pénalités punitives". Par exemple, un retard de livraison peut rapidement entraîner une action en justice pour faute et la pénalité qui en résulte pour l'entreprise exportatrice peut être totalement disproportionnée par rapport au dommage subi..." Parfois, le risque est inhérent au produit exporté lui-même. C'est le cas des produits vivants, comme en témoigne Yannick Berraute, responsable du Couvoir du Moulin brûlé. Chaque semaine, le Couvoir fait éclore 200 à 250 000 canetons et expédie à ses clients des canetons d'un jour (la spécialité maison de cette entreprise, qui figure parmi les cinq premières sociétés européennes occupant ce créneau) ou de deux à sept jours. L'exportation représente 15 % du chiffre d'affaires de l'entreprise (10 millions d'euros). "La difficulté principale d'exporter les canetons vient du fait qu'il s'agit de produits vivants, non stockables. Leur transport doit obéir à des normes spécifiques, qu'il faut observer à la lettre sous peine de perdre irrémédiablement la marchandise expédiée... Un caneton, il faut que ça respire, et cela n'est possible que dans des conditions précises de température, de ventilation, etc. Quand tout va bien, on gagne un peu, mais à la moindre défaillance, on perd beaucoup..."

Les entreprises qui exportent doivent savoir qu'elles courent nécessairement des risques, financiers, juridiques et parfois politiques. L'important, c'est de se tenir prêt à les gérer.
SES, en Grande-Bretagne - Photo DR

 

 

 

 

 


 
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