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La moto dans le vent

Evasion. Pour le gros de la clientèle aujourd’hui, la moto n’est pas tant un outil de transport qu’un élément de loisirs et d’évasion. Moins rebelle qu’hier, plus efficace aussi, elle constitue toujours un moyen de donner plus de singularité à sa vie

Concession Harley Davidson à Tours
Photo OM

Constituer un véritable pôle moto à Tours ? Un temps, on aurait pu y croire. Au nord de Tours, sur un axe ouest-est, on trouve en effet trois concessionnaires motos : Bellanger Motos (BMW), Touraine Moto (Kawasaki ) et JDM Mot’Acc (Yamaha), ainsi que Dafy Moto, magasin d’accessoires moto. Pas très loin de là, avenue de la Tranchée, Déclic Motos référence Suzuki. Oui, mais voilà, Dominique Hermelin vient de transférer sa concession Honda de Tours-nord à Saint-Pierre-des-Corps. Il y a deux ans, Tours Glide a installé ses Harley Davidson dans la côte de l’Alouette. FD Moto Shop vend Yamaha et KTM, boulevard Churchill à Tours, et Sideways commercialise toujours Suzuki à Saint-Avertin. Bref, on fait mieux en matière de pôle ! Pour expliquer cette dispersion géographique, il faut évoquer le prix des locaux commerciaux (être motociste suppose au minimum 300 m2 de surface de vente couverte, sans compter les ateliers). Et ne pas négliger l’importance des marques et de leur politique commerciale. En créant des concessions, en révisant leurs contrats, elles donnent parfois des coups de barre brutaux sur le marché local.
Il n’en reste pas moins vrai qu’en concentrant sur le marché de la moto neuve marques leaders et marques “de niche”, le tout dans un périmètre somme toute réduit, Tours constitue un véritable pôle attractif à l’échelle du département et au-delà.

Achat plaisir.
La moto représente un avantage indéniable : celui du gain de temps. En deux-roues, on se joue des embouteillages en se faufilant entre les voitures et on se gare plus facilement. Mais au-delà de ces aspects pratiques, la majorité des motards pratiquent la moto par plaisir. Les mêmes mots reviennent dans toutes les bouches : sensations, passion, liberté. C’est Jean-Marc Deletang, nouveau concessionnaire Yamaha sur Tours-nord et ancien pilote d’usine de la marque, qui parle : “La voiture est un outil de transport, c’est un achat utile. La moto, c’est l’achat plaisir : on est dehors, c’est la nature, le contact direct avec l’air et le paysage. Elle est toujours marquée par un esprit de liberté, peut-être même plus qu’avant”. Tous les professionnels vous le diront : la mythologie attachée à la moto n’a pas disparu (rébellion, amour de la vitesse, goût du risque, volonté de puissance, sexe et rock and roll). Mais les motivations d’achat ont évolué : c’est aujourd’hui un élément de mobilité et de détente, surtout utilisé pour des déplacements liés aux balades et aux sorties de week-end. Tous les dimanches, les fans tourangeaux des Harley Davidson roulent ensemble (sauf quand il pleut : les chromes n’apprécient pas !). La moto est même parfois préférée à la voiture pour partir en vacances. Dominique Hermelin (Honda) va jusqu’à comparer l’usage de la moto à celui d’un bateau ou d’un camping-car : “On fait en moyenne en France 6000 km par an”. Un certain nombre de motards assureraient d’ailleurs leur véhicule uniquement du printemps à l’automne.

Sideways à Saint-Avertin
Photo OM

Clients nouveaux.
Jean-Marc Deletang l’affirme : “Le motard caricatural, celui qu’on voit dans les BD, ne représente qu’environ 5 % du marché”. Alain Dogna (associé de Dominique Hermelin) évoque “cette nouvelle clientèle qui fait le choix de ne pas acheter une seconde voiture mais un scooter 125 ou une moto 125 pour conduire en ville.” Madame Dumont (Suzuki) constate que “la moto touche tous les âges et toutes les classes sociales”. Elle a notamment pour clientèle de jeunes motards qui en général savent ce qu’il veulent : des moyennes cylindrées “comme leur pote” (de type 600 Bandit ou SV 650). Mais aujourd’hui, et tous les motocistes le disent, le gros de la clientèle n’est pas là. Le motard a vieilli, comme en témoigne le portrait qu’en fait Jean-Marc Deletang : “Le nouveau motard a plutôt 40 ans, il a payé sa maison, il a du pouvoir d’achat. Il a fait de la moto à 20 ans ou bien il en a rêvé. A 40 ans, il réalise son rêve. Mais il n’est plus le même : il est plus mature. Il commence généralement en 125 cm3. Comme ça se passe bien, il passe son permis A. Puis il achète une 600, puis une 900. Il finit en 1500”. François Jacquin (Harley Davidson) complète le portrait : “Mes clients ont souvent été motards, ils réalisent un vieux rêve. D’ailleurs, leurs critères d’achat correspondent à des rêves de gosses. Ce sont des chefs d’entreprise et des cadres qui paient plutôt cash des motos au minimum de 5 600 euros, au maximum, 30 500 euros.” Madame Dumont (Suzuki) apprécie cette clientèle qui “réfléchit davantage, plus longtemps et cherche à se faire plaisir. C’est intéressant, on peut discuter avec eux et les aider à évoluer dans leurs choix.” Cette clientèle se tourne volontiers vers les grosses cylindrées et les sportives, les valeurs sûres telle la Yamaha 600 Fazer, première au classement des ventes en France depuis 1999. Elle fait le succès des “bécanes” polyvalentes associant confort, ligne et puissance.

Les niches.
Fin des années soixante : les Japonaises prennent à contre-pied l’industrie moto européenne, essoufflée par la concurrence auto. Quatre samouraïs : Yamaha, Honda, Suzuki, Kawazaki vont s’emparer, et pour longtemps, du marché français. Leurs motos sont accessibles, fiables et rapides. 40 ans plus tard, on rencontre des gens un peu las de cette standardisation nippone. Pour eux, des concessionnaires proposent des marques différentes comme Harley Davidson, Triumph ou Ducati. Des marques européennes ou américaines, certes un peu plus chères mais qui présentent plus d’originalité et de caractère. François Jacquin, (Tours Glide), explique cette tendance : “Les motos japonaises, européennes et américaines correspondent à des plaisirs différents. Au contraire des Européens, les Japonais ont opté pour une production de masse. Leurs motos sont calculées avec précision, techniquement perfectionnées, mais il leur manque le feeling et la finesse que possèdent les européennes”. En catégories “custom” et “routières”, François Jacquin vend donc la marque Harley Davidson. Qu’il compare volontiers à une Cadillac : “Le moteur est conçu pour rouler. Vous avez le plaisir du bruit à 110 km /h que vous ne pouvez pas avoir avec du japonais”. Par contre, à une clientèle plus jeune, plus passionnée par les qualités sportives d’une moto, il vend les italiennes Ducati, les “Ferrari de la moto”. En 2003, il donnera leurs chances aux motos du constructeur français Voxan qui, après avoir failli disparaître, relance sa production. Pour autant, reconnaît-il, il n’est pas facile pour les petites marques de subsister face aux grandes. Pour sa part, madame Dumont a choisi de vendre les motos Triumph à côté de ses Suzuki : il s’agit “d’une marque anglaise un peu mythique, une petite gamme de grosses cylindrées. C’est de la haute technologie, plus chère que les marques japonaises, pour des gens qui veulent se démarquer”.
En l’espace de vingt ans, l’arrivée d’une nouvelle clientèle a fait bouger l’univers de la moto : il est aujourd’hui plus assagi, plus individualiste et un peu plus féminin (les femmes constitueraient 10 % du marché). Mais il y règne toujours un esprit plus sympa qu’en voiture : la preuve, on se dit encore bonjour entre motards.

repères

Le budget
• Achat : compter 4500 Euros pour une moto d’entrée de gamme, 8000 Euros pour une très bonne routière, 11 000 à à 15 000 Euros pour une Grand Tourisme.
• Entretien : budget quasi identique à celui d’une automobile
• Essence : 6 litres / 100 km

Le marché
Malgré la baisse des ventes enregistrée depuis la fin 1999, il s’est vendu en France près de 170 000 motos neuves en 2002. Depuis 1996, le parc total de motos, toutes marques confondues, continue de croître invariablement et a passé en l’an 2000 la barre du million. A elles seules, les quatre marques japonaises leaders s’arrogent 68 % du marché français. Yamaha : 25 %, Honda : 19,1 %, Suzuki : 17 % et Kawasaki : 7 %