Stratégie / Expert


Tourisme : un potentiel énorme, une concurrence mondiale

Prospective.
En plaçant l’économie touristique de la Touraine dans la perspective d’un marché mondial, on s’aperçoit qu’un formidable potentiel de développement existe... comme ailleurs dans le monde. Comment rester attractif, conserver son rang, l’améliorer? Associé fondateur de Co-managing, Joël Gayet répond


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Actuellement, le tourisme “pèse” en France trois millions d’emplois directs et indirects. D’ici 2010, on estime que ce secteur a la capacité de créer 130 000 emplois par an. La part de marché de la Touraine représentant environ 1 % du potentiel français, 1 300 emplois liés au tourisme peuvent être créés chaque année dans le département qui en compte actuellement 7 200”. Ces données ont été annoncées comme autant de chocs par Joël Gayet lors de l’Assemblée générale du CDT, le 18 mars à Loches.

Attention : marché ultrasensible.
La France est la destination touristique la plus prisée dans le monde (n°1 en nombre de visiteurs). Elle a des atouts remarquables, en particulier en termes d’image, de patrimoine et d’accessibilité. “Mais pourquoi un touriste dépense-t-il en Espagne 40 % de plus que chez nous ? La situation de la France comme terre de transit n’explique pas tout. Il faut savoir qu’en France, on investit en promotion des sommes très inférieures à celles de nos concurrents. Nous tenons en cela le 74ème rang dans le monde ! Il est vrai que 80 % de l’offre se situe en dehors des circuits professionnels de commercialisation”, poursuit Joël Gayet, ce qui rend la promotion difficile. “Au plan mondial, cette offre - qui augmente partout - est supérieure à la demande, car nul pays développé au monde ne se prive aujourd’hui d’une politique de développement touristique. La bataille touristique ne fait que commencer !”

Ce qui change.
“L’euro a accéléré la concurrence. La généralisation des technologies de l’information et de la communication bouleverse le marché des agences et des intermédiaires : par exemple, on trouve d’ores et déjà en France les billets d’avion moins chers sur Internet que dans une agence de voyage ; on note aussi que certaines chambres d’hôtes se remplissent à l’année en passant uniquement par le web”. Et Joël Gayet de souligner combien le client a l’embarras du choix et combien ses goûts ont changé : on sait qu’il veut toujours du repos et du dépaysement, mais qu’il est aussi à la recherche de “sens”, d’émotion et d’enrichissement personnel. Enfin on constate qu’il est séduit par une offre de plus en plus thématique, qu’il consomme plusieurs sortes de tourisme, tout en exigeant comme un dû la qualité. Il pratique davantage de courts séjours, à proximité de chez lui ou à seulement deux heures d’avion. “Et dans six ans, la deuxième clientèle mondiale (et européenne) sera asiatique, venue de Chine !”, affirme Joël Gayet. Des pays de l’Est viendront aussi de nouveaux touristes. La Touraine saura-t-elle les séduire et les satisfaire?

Renforcer l’identité.
“D’autres destinations peuvent aligner des atouts similaires à ceux de la Touraine !” rappelle cruellement Joël Gayet. Dans ce contexte, il est essentiel que la Touraine se dote d’une identité forte et d’un territoire de communication différent, porteur de sa culture et de son art de vivre. L’enjeu est de mettre en place, en accord avec les habitants, un tourisme durable et de faire entrer des touristes par le biais d’un identitaire commun et reconnu que l’on tirera ensuite vers chaque offre individuelle. “Pour réussir, il est essentiel d’élever le niveau de compétence par la formation, de développer le partenariat public-privé et de mener une démarche marketing solide, comme faire de la veille - ce que les étrangers font couramment, pillant nos idées - monter des plates-formes Internet mutualisées (un hôtel ne peut avoir pour lui seul un webmaster...).” Et Joël Gayet de saluer le mouvement fédérateur tourangeau, en marche depuis la première convention Tourisme de décembre 2001, en notant que de nombreuses actions programmées sont en phase avec cette évolution.

Propos recueillis par Odile Ménard