Emploi - Dossier


Emploi
Réalisme et pragmatisme
sur le marché du travail

Les marchés de plus en plus fluctuants et les changements de mode de consommation obligent les entreprises à toujours plus de réactivité en matière d’emploi et de recrutement. Ces priorités impliquent le renforcement permanent des compétences des salariés comme de l’encadrement. Face à ces enjeux, les petites et moyennes entreprises, qui ne bénéficient évidemment pas des mêmes atouts que les grands groupes, font preuve pour certaines de beaucoup de dynamisme

Une meilleure visibilité des entreprises en matière d’évolution des compétences améliorerait le problème persistant de pénurie de main-d’oeuvre qualifiée. Elle permettrait une définition plus fine des priorités et des actions de formation.
Photos : OM
Si l’on interroge aujourd’hui un employeur sur ses chiffres en matière de recrutement pour les mois à venir, il aura plutôt tendance à voir là une question piège. “Les fortes fluctuations que notre marché connaît d’une année sur l’autre, à l’instar des 30% de hausse d’activité enregistrés en 2000 puis des 30% de baisse en 2001, rend les prévisions particulièrement difficiles”, explique Vincent Gérard, le DRH de l’usine STMicroelectronics à Tours-nord. Rappelons que l’entreprise, spécialisée dans la fabrication de semi-conducteurs, avait connu en 2000 une période intense d’embauches avec quelque 400 personnes recrutées. Dans un contexte international marqué par de fortes incertitudes économiques, la difficulté d’établir des prévisions en matière d’emploi est partagée par nombre d’entreprises.

Recrutement mitigé.
C’est ce que l’on pourrait retenir de la dernière enquête annuelle réalisée auprès des entreprises par l’Association pour l’emploi des cadres (Apec). Cette étude présentée en mars dernier à Tours pour la région Centre, apporte un éclairage sur l’évolution et les perspectives d’emploi pour 2003. Dans un premier temps, un bilan sur l’année 2002 indique que la région Centre demeure créatrice d’emplois. Pas moins de 1 670 postes de cadres ont été créés ; la hausse des sorties, liée notamment aux départs en retraite, a été compensée par des recrutements et promotions plus importants : +6% ; les cadres confirmés ont été les plus prisés et ont représenté six recrutements sur dix ; comme en 2001, les recrutements se sont concentrés sur les fonctions commerciales et de production ; en revanche, la fonction R&D a enregistré un net repli : - 9%.

Optimisme toujours.
Dans un second temps, l’enquête fait apparaître que les entreprises du Centre se montrent plus optimistes en 2003 qu’en 2002 dans leurs perspectives d’accroître leur effectif cadre puisque 13% d’entre elles devraient en augmenter le nombre contre 4% le réduire ; les entreprises tourangelles se situent bien au-dessus de cette tendance régionale en affichant un taux de 19%. A noter également que ces recrutements pourraient être moins nombreux qu’en 2002 et que, de nouveau, les fonctions commerciale et production seraient les plus demandées. Ce regain d’optimisme par rapport à l’an dernier concerne tous les secteurs d’activité, hormis celui des services mais dont les intentions de recrutement restent malgré tout élevées.
Quant à l’emploi tous salariés, le tassement déjà observé par l’Apec en 2001 et 2002 se confirme en 2003 sur le Centre. Néanmoins, le solde entre croissance et réduction d’effectifs reste positif et identique à 2002 : + 8%. Pour la Touraine, ce solde grimpe à + 12%. A retenir enfin que les prévisions d’accroissement et de réduction d’effectif sur la région s’équilibrent en ce qui concerne les entreprises de l’industrie et du commerce et qu’elles s’annoncent plus optimistes dans la construction, et surtout dans les services-transports.

Des besoins non satisfaits.
Deux facteurs essentiels interviennent sur le développement potentiel des entreprises. Il s’agit, d’une part, du besoin récurrent en compétences du fait de l’élévation indispensable du niveau de formation des salariés. D’autre part, il concerne le déficit de main-d’oeuvre déjà chronique dans certains secteurs ou certaines fonctions. De plus, une évolution plus récente vient compliquer le phénomène : le vieillissement de la pyramide des âges. “Son impact est encore peu significatif sur les entreprises car peut-être sous-estimé jusqu’alors”, analyse Laure Huguenin, de l’Observatoire économique de Touraine (voir en page Rencontre). Et l’actuel ralentissement de l’économie ne semble en rien apporter une accalmie à ce phénomène préoccupant. “On peut s’attendre à ce que les trois à cinq prochaines années soient particulièrement tendues en matière de gestion des effectifs. On peut d’autant plus le craindre, avec la probable reprise économique à venir et l’ina-déquation croissante avec les capacités de l’appareil d’enseignement et de formation”, prédit-on à l’Observatoire des métiers de la CRCI Centre. Une inadéquation qui est à la fois quantitative avec un déficit de jeunes diplômés et qualitative avec des besoins spécifiques non satisfaits dans certains métiers ou branches d’activité.

Le Printemps de l’emploi.
Un rendez-vous de plus en plus prisé. En attestent les 11 200 visiteurs qui ont pu rencontrer les 54 entreprises et 40 organismes de formation présents sur ce forum de recrutement organisé au Vinci, en juin 2002. En même temps que de nombreux autres partenaires (Direction du travail, Assédic, Conseil régional, collectivités locales, chambres professionnelles...), la CCI de Touraine apporte son soutien à cette opération, qui se tient également à Loches, Amboise et Chinon. “Le Printemps de l’emploi n’attire pas que des demandeurs d’emploi. Les étudiants, les jeunes diplômés et les salariés y viennent également nombreux. C’est pour eux la possibilité de connaître les attentes des entreprises, les besoins de formation”, commente Maddy Eymeret, chargée de mission à l’Anpe d’Indre-et-Loire. Pour les employeurs, il constitue un vecteur unique pour faire connaître les métiers et notamment les métiers en difficulté de recrutement. Inscrit dans cette action, le forum Hôtellerie-Restauration, qui s’est tenu en mars dernier à Tours, a réuni quelque 70 exposants et 700 visiteurs. Pendant cette journée, des recrutements ont été réalisés sur place et des rendez-vous pris avec les professionnels du secteur.
Le prochain Printemps de l’emploi aura lieu à Tours, au Vinci, les 3 et 4 juin 2003.

Pyramide des âges des salariés des entreprises d’Indre-et-Loire (source : INSEE, Déclarations Annuelles Des Salaires 1999 - Observatoire économique de Touraine)
Photo : DR
Nouveaux métiers dans le tertiaire.
Initié dans les années 70, l’essor du secteur tertiaire n’a fait que s’amplifier au cours des dix dernières années. Il s’annonce toujours grand pourvoyeur d’emplois qui vont des aides soignantes aux responsables de maintenance informatique, des caissières aux livreurs à domicile. On assiste à l’arrivée de nouveaux métiers ou évolutions de métier pour satisfaire des besoins émergents. Les activités de téléservices en sont un bon exemple en Touraine. “Au moment de l’implantation des centres d’appels, commente Maddy Eymeret, il n’existait ni CAP, ni BEP, ni aucune formation qualifiante. Pour faire une présélection des candidats potentiels, l’ANPE a utilisé la méthode des habiletés : aisance au téléphone, connaissance du clavier informatique, adresse pour occuper un emploi...”. Parallèlement, des projets de formation ont été lancés par l’AFPA pour préparer les personnes à ces nouveaux postes d’activité devenue phare sur le bassin de Tours. Et quand il y a formation, il y a reconnaissance d’un métier nouveau.

La structure des pyramides des âges, commune dans de nombreux secteurs, va sans doute, à court et moyen termes, pousser les entreprises à améliorer leurs méthodes de recrutement et à élever le niveau moyen de formation.
 
“L’entreprise doit anticiper ses besoins en formation. Elle peut le faire autrement que par la visibilité offerte par son carnet de commandes, en présupposant ses attentes sur son marché et en technologie”, remarque Paul Ferrandez, le nouveau directeur de l’ANPE d’Indre-et-Loire. C’est ainsi que la planification des besoins pour disposer des personnels qualifiés au bon moment est réalisée pour la construction de l’autoroute Tours-Le Mans, avec la mise en place de formations en fonction de l’évolution du chantier.