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La photo flashe sur le numérique

La photo numérique est en marche et bouscule tout sur son passage. Les méthodes de travail des professionnels comme le comportement des consommateurs. Demain, les photos de Monsieur Tout le monde seront-elles tout-numérique ? Et quel est l’avenir des magasins de photo ?

La révolution numérique par Shop PhotoPhoto : création Jérome Chevreau, studio Germain
Engouement. “Le numérique touche tout le monde. Tout le monde est tenté, tout le monde en parle, témoigne Thierry Germain (Shop Photo, à Tours). Parmi mes clients, un quart vient pour acheter de l’argentique, trois quarts pour du numérique.” A Langeais, Olivier Dubouchet est plus nuancé : “En rural, la vente d’appareils numériques démarre doucement. Par contre, notre clientèle est très intéressée par notre offre de tirage numérique et toute la palette de services qui va avec.” Deux témoignages qui illustrent bien l’état du marché. Car les chiffres le prouvent : le numérique est en plein boom. Pour autant, il ne faudrait pas enterrer trop vite la photo argentique : aujourd’hui, le taux d’équipement des Français en numérique ne dépasse pas 5 à 7 %. Deux bonnes raisons à cela : le ticket d’entrée reste encore élevé et l’adoption du numérique est souvent liée à l’achat d’un matériel informatique. Mais on perçoit bien la séduction qu’opère la nouvelle technologie. D’abord, les APN permettent de visionner et de gérer ses images n’importe où, grâce à leurs écrans à cristaux liquides. “C’est autonome et c’est magique, s’enthousiasme Thierry Germain. Vous appuyez : vous avez la photo. Vous effacez, vous recommencez, vous n’attendez pas. Vous avez le plaisir de multiplier les clichés et de ne garder que les meilleurs”. Ensuite, on assiste à la naissance d’un nouveau hobby. L’amateur qui possède chez lui un micro et les logiciels adéquats peut recadrer lui-même ses images, les retoucher ou même réaliser des montages. C’est plus accessible, reconnaissons-le, que le labo noir et blanc de nos aïeux. Enfin, c’est convivial. Vous pouvez, via Internet, partager vos images avec vos cousins de New-York. On dit que même les amateurs avertis seraient tentés : “Aujourd’hui, du côté des accros de la photo, l’usage des appareils de type reflex prédomine. Mais on sent leur intérêt, ils s’y convertiront petit à petit” affirme Thierry Germain.

Un marché chahuté. Parce que l’offre est complexe et qu’elle évolue vite, l’acheteur a besoin de s’informer. La tâche est assez facile : entre les publicités des grandes enseignes (très pédagogiques, à l’exemple du guide Fnac), les revues et les sites Internet, le consommateur a le choix. Résultat : “Les clients sont aujourd’hui super informés, constate Thierry Germain. Quand ils viennent dans mon magasin, on leur propose de la documentation. Ils nous répondent que non, merci, ils savent déjà tout”. Et parce qu’il existe une forte proximité entre le numérique et l’informatique, les ventes de numériques échappent de plus en plus aux spécialistes traditionnels de la photo. Ceux qui achètent un numérique chez un photographe sont aujourd’hui minoritaires : il s’agit de clients à la recherche d’un contact et d’un bon service après-vente. C’est pour garder cette clientèle que Thierry Germain cultive son image de conseiller technique et communique sur son savoir-faire. Mais la concurrence est rude : “C’est la guerre des prix et les marges sont très serrées”. Le gros du marché est détenu par les grandes surfaces spécialisées situées sur les créneaux de l’informatique, de la culture et des loisirs. Elles capteraient 60 % du marché. Mais elles sont elles-mêmes concurrencées par les sites spécialistes de la photo numérique sur le Net qui doivent beaucoup de leur succès à leurs prix discount : selon le Credoc, le commerce en ligne rassemblerait 10 % du marché du numérique.

Le tournant. Aujourd’hui, le développement argentique est encore majoritaire et la plupart des consommateurs confient leurs développements au photographe. Mais demain ? Là encore, le numérique est en passe de bouleverser le marché. Le consommateur peut, s’il est équipé et s’il le souhaite, court-circuiter le photographe. Bien sûr, les professionnels ont des cartes dans leur manche : l’impression sur imprimante perso coûte cher et prend du temps. Et puis, explique Alain Barthélémy, (Photocom à Tours), “jamais on ne se passera de photo papier. C’est affectif, on a besoin d’avoir les photos avec soi, on a besoin de les montrer et pas seulement sur un écran d’ordinateur.” Comme Thierry Germain et Olivier Dubouchet, il est convaincu que le marché du tirage sur papier a de l’avenir. A la condition cependant que la profession prenne le bon tournant.

Thierry Germain est l’un de ceux qui ont monté le plus gros labo numérique en Touraine. Il s’en explique : “J’ai choisi d’investir dans une machine à la pointe des nouvelles technologies qui permet une qualité très personnalisée. Mon magasin attire une clientèle de photographes avisés et de pros qui recherchent la qualité, les effets spéciaux et les agrandissements”. Olivier Dubouchet a franchi le pas lui aussi, il y a deux ans, et s’en félicite : “Notre équipement haut de gamme nous permet bien sûr de traiter les cartes mémoire mais pas seulement : nous faisons aussi des copies de photos anciennes, des retouches ou des montages. Le bouche à oreille aidant, nous attirons une clientèle venant de tout l’arrondissement”. Et il a la satisfaction de faire du bon travail : “Le tirage en numérique apporte une qualité nettement supérieure, tant en couleurs qu’en netteté. Le client le voit. Et il revient puisque ce n’est pas plus cher qu’un tirage ordinaire. Mais il faut être compétitif sur les prix.”

L'accueil chez PhotocomPhoto : Photocom
Un marché d’avenir. Alain Barthélémy est encore plus radical : “L’avenir des photographes est de déconnecter le numérique de l’informatique en proposant aux consommateurs des services. C’est-à-dire des tirages rapides et pas chers pour les inciter à faire de la photo : c’est la seule manière de sauvegarder la profession”. Créateur de Photocom (rue des Halles à Tours), il est aujourd’hui à la tête d’un réseau d’une vingtaine de boutiques dans le Grand-Ouest, toutes placées sous l’enseigne Photojet. Situés en centre-ville ou en centre commercial, ses magasins sont hyper spécialisés dans le service et le traitement de l’image. Chaque boutique possède son labo intégré et propose le tirage dans la journée. Et parce qu’il est conscient que, demain, Internet jouera un rôle plus important dans les échanges d’images, il vient de créer son propre labo photo sur le Net. Photojet.com rivalise désormais avec la vingtaine de sites qui se partage aujourd’hui le marché français. Vous avez un micro, un APN et une connexion Internet : de chez vous, vous pouvez télécharger vos photos de votre ordinateur, commander des tirages et, au choix, aller les chercher auprès de votre magasin Photojet le plus proche ou vous les faire livrer à domicile.

Olivier Dubouchet, Alain Barthélémy, Thierry Germain sont trois exemples de professionnels qui, avec leurs moyens, se positionnent pour traverser la mutation du marché de la photo. Car il est aujourd’hui difficile d’envisager l’avenir sans se positionner sur le numérique : non pas tant la vente d’appareils que le traitement de l’image. “En cela, conclut Thierry Germain, le photographe va revenir à ses métiers d’origine : la photo professionnelle et le développement-tirage.”

A SAVOIR
Le marché

° Plus d’un appareil photo acheté sur trois est numérique.

° En 2001, les appareils photo numérique ont représenté 46 % (en valeur) du marché du matériel photo, contre 38 % en 2000.

° En 2002, le numérique fut le moteur de croissance du secteur. Le chiffre d’affaires des boîtiers reflex et des compacts baissait de 16 % entre février et septembre 2002 alors que celui des APN augmentait de 43 %.