Territoire- Entreprendre

Plan de déplacements urbains

Perspectives. La CCI de Touraine, la Chambre de Métiers et la Chambre d’Agriculture ont transmis leur avis sur le projet de plan de déplacements urbains de l’agglomération tourangelle au président du Syndicat intercommunal des transports en commun. Un rapport constructif, mais critique, qui insiste sur le nécessaire besoin de concertation autour d’un projet qui engage l’agglomération sur vingt ans

Dossier réalisé par Patrick Chateau

1 - Tours, rue Nationale
Quels en sont les enjeux ? Le plan de déplacements urbains conditionne le fonctionnement global de l’agglomération. Son incidence sur l’activité économique de la périphérie tourangelle et, au-delà, sur le département, dépasse largement les questions de circulation. Ainsi, l’attractivité du coeur de ville ne doit pas être pénalisée.

Obligatoire pour toute agglomération de plus de 100 000 habitants, le PDU définit les principes de l’organisation des transports de personnes et de marchandises, de la circulation et du stationnement. Il vise à assurer un équilibre durable entre les besoins de mobilité, de facilité d’accès et de protection de l’environnement. Ce PDU s’inscrit au coeur d’une politique globale de gestion et de développement de l’espace définie par la loi Solidarité et renouvellement urbains (SRU). Cette politique repose elle-même sur la maîtrise de l’étalement vers les zones périurbaines et rurales, à l’origine de déplacements croissants, d’engorgement et de pollution. À ce titre, le PDU doit être compatible avec les orientations des schémas de cohérence territoriale (SCOT, nouveau document de planification urbaine remplaçant le schéma directeur). En aval, il s’impose aux plans locaux d’urbanisme (PLU).

Document stratégique, le PDU de l’agglomération tourangelle se traduit sous forme d’un plan d’actions étalées sur une vingtaine d’années. Le 24 octobre 2002, comme le prévoit la loi, il a été soumis pour avis à la CCI de Touraine par le SITCAT (Syndicat intercommunal des transports en commun de l’agglomération tourangelle), autorité organisatrice des transports urbains.

2 - Le chantier du périphérique sud-ouest

Le point de vue de la CCI. Le 24 janvier, la CCI a fait part d’une motion commune à la Tri-consulaire pour que ce projet réponde mieux aux attentes du monde économique. “Faute de quoi, notre avis sera défavorable”, souligne Roger Mahoudeau qui souhaite que le SITCAT accorde “la place la plus large possible à la concertation.” Plusieurs points viennent justifier ce souhait en faveur d’un développement harmonieux et durable du territoire.

Pour une approche cohérente, l’étude aurait dû être plus ouverte sur l’espace périurbain et à l’échelle du futur schéma de l’agglomération, futur espace de réflexion. La CCI défend donc l’idée d’un périmètre plus étendu. Précurseurs sur le thème d’une agglomération plus accessible, les élus de la CCI soulignent la nécessité d’oeuvrer avec l’ensemble des partenaires (Tour(s)Plus, le Conseil général...) pour le bouclage du périphérique ainsi que pour la réalisation du projet d’A10 bis. Il s’agit d’écarter des flux de transit sans cesse croissants qui grippent la circulation locale avec l’achèvement des autoroutes A28 et A85 et augmenteront dans les cinq prochaines années.

La pollution atmosphérique est également préoccupante. L’absence d’un volet environnemental va à l’encontre des dispositions de la loi sur l’air. Celle-ci constituait l’une des motivations qui ont conduit à la réalisation des PDU. La présence de l’autoroute dans la ville génère de réelles nuisances qu’il faut prendre en compte. Par ailleurs, la CCI attend l’adoption de mesures concrètes sur le maintien de l’activité du coeur de ville, tant en termes d’accessibilité que de stationnement.

D’autre part, l’absence du futur réseau de bus urbains laisse à penser que c’est en fait le PDU qui s’articule autour du projet de tramway, lequel apparaît aujourd’hui comme déjà entériné. Il est dommageable que l’axe nord-sud prévu ne desserve ni la gare SNCF, ni l’hôpital Trousseau, ni le parc Grandmont.

Autre point-clé : le transport de marchandises en ville. La CCI souhaite particulièrement être associée à cette étude. Faut-il vraiment envisager une plate-forme de distribution urbaine à Saint-Pierre-des-Corps, une commune déjà très enclavée ? La CCI est prête à considérer le concept d’espaces logistiques de centre-ville déjà expérimenté à la Rochelle.

3 - Rond-point d’accès sur la RN 10

Dans l’esprit de la loi (SRU), la CCI soutient le principe de centres secondaires. Elle est favorable à la mixité de l’habitat et des commerces au sein des quartiers, qui limite les déplacements et améliore la qualité de vie.

Enfin, comment subvenir aux coûts d’application de ce plan sans entraîner une hausse significative du versement transport payé par les entreprises ? La prochaine étape du projet PDU est prévue pour le printemps. Il s’agit de l’ouverture de l’enquête publique au cours de laquelle chacun pourra exprimer son opinion.

Opinion

“Davantage de bon sens !”

Entretien avec Serge Babary
Vice-président de la CCI de Touraine
Vice-président du Conseil général

En quoi le périmètre retenu par le plan de déplacement urbain vous semble-t-il trop restreint ?

Serge Babary : il est dommage de limiter le PDU à l’agglomération. On ne peut la considérer comme un ilôt isolé de tous les flux du département. Le fait de retenir la RN 152 comme pénétrante depuis Langeais alors qu’elle est déjà saturée en est une illustration. Il est évident que la mise en service du tronçon gratuit de l’A85 entraînera un report immédiat de la circulation sur cette partie. Il ne s’agit pas de tenir compte de l’ensemble du département mais au moins de ce qui existe en périphérie de l’agglomération pour en faire une interprétation cohérente. Ce que ne propose pas le PDU dans sa forme actuelle.

Vous défendez à la fois l’accessibilité au coeur de ville et le développement de zones d’attractivité en périphérie. Pourquoi ?

S. B. : la CCI défend une vision globale établie à l’aune de tout ce qui peut faciliter le développement de l’activité économique et commerciale de l’agglomération. Le centre-ville conservera toujours son attractivité du fait de la présence de commerces, de services, d’administrations... Il faut donc davantage prendre en compte l’intérêt de son activité qui nous semble trop mis en marge du PDU. Mais, si l’on veut éviter sa congestion, il est aussi nécessaire d’aider les quartiers périphériques à accroître leur niveau d’activité. On peut imaginer d’y décentraliser certaines activités qui commencent à souffrir de leur présence dans l’hypercentre où il devient difficile de stationner (avocats, experts-comptables, médecins, etc.).

Les sommes avancées pour financer la mise en place de ce PDU vous semblent-elles justifiées ?

S. B. : ce document ne précise nulle part qui va financer les 23 à 40 millions d’euros annuels. Nous disons qu’il s’agit d’une charge excessive qu’il sera trop facile de faire supporter aux seuls acteurs économiques du département, par la suite. Nous sommes d’accord avec l’idée de solidarité mais pas à sens unique. Ainsi, le transport en commun en site propre ne concerne pas que le personnel des commerces et leurs clients. D’autre part, la synthèse financière ne prend en compte ni la réalisation du projet d’A10 bis, ni celui du bouclage complet du périphérique.

Vous êtes donc totalement opposé à ce projet ?

S.B. : non , heureusement ; c’est un projet intéressant et de qualité qui mérite un peu de bon sens. Nous devons accueillir les clients quel que soit leur mode de transport en proposant des solutions réalistes. Le courrier adressé le 24 janvier par la CCI au SITCAT les résume précisément.