Expert - Stratégie



Esprit d’équipe : un modèle pour l’entreprise ?

Catherine Chabaud

Un skipper est d’abord celui ou celle qui crée une équipe. Il lui faut déceler les talents et les mettre en oeuvre. Dans l’entreprise, il en est de même. Catherine Chabaud, navigatrice, invitée par la CCI de Touraine en novembre dernier, à l’occasion du salon Décideurs et Perspectives, raconte son expérience.


Journaliste, Catherine Chabaud participe en 1990 au montage d’une exposition “naissance d’un bateau”, fait construire le sien et se lance dans la course au large. Au cours de sa préparation du Vendée Globe 2000, elle rencontre Ouest Coaching, une équipe de coachs, de consultants et navigateurs qui ont décidé d’aider des entreprises à atteindre leurs objectifs. Au travers de stages de voile, Catherine fait naviguer des équipages d’entreprise, salariés ou patrons, et les mène vers la cohésion, la motivation et l’efficacité.

Quelle importance accordez-vous à l’équipe dans votre métier ?
Catherine Chabaud : L’équipe est indispensable, même pour qui navigue en solitaire. Un beau bateau est la réunion de compétences très diverses, de talents complémentaires. Le travail du futur skipper, qui est d’abord le créateur d’une équipe, est de déceler ces talents et de les mettre en oeuvre. Lors de la préparation du bateau, à mesure que grandissait l’équipe, je me suis rendu compte qu’il existait un point commun entre ces individus, les valeurs qui nous habitaient tous : respect des autres, envie de donner le meilleur de soi-même car chacun avait conscience de sa propre responsabilité dans la réalisation de l’objectif, mettre au point une belle machine afin que je puisse prendre le départ des courses dans les meilleures conditions.

Comment fonctionnez-vous ?
C.C. : Après une première participation au Vendée Globe en 1996-1997, je voulais à nouveau concourir en 2000-2001 avec, cette fois, les moyens de gagner. Pour y parvenir, j’ai moi-même défini les objectifs en collaboration avec l’équipe : un bon bateau, prêt longtemps en avance... J’ai beaucoup délégué pendant les trois années de travail et de préparation, ce que j’avais appris à faire lorsque je me suis retrouvée à gérer une partie du projet, là où auparavant, j’agissais seule. J’ai cependant sans doute trop délégué, perdant parfois la maîtrise de mon propre projet. Et j’ai souvent “pêché” en management par sous-estimation de mes propres compétences.

Votre formation initiale en communication vous a-t-elle été utile ?
C.C. : Ce n’est pas par hasard si j’ai été attirée par le journalisme : je suis curieuse des autres. L’écoute me paraît être l’une des premières qualités nécessaires au sein d’une équipe ou d’une entreprise. Il me paraît également important de maintenir en permanence l’échange, la communication entre les membres de l’équipe, sur le bateau mais aussi pendant sa construction. Je venais ainsi régulièrement sur le chantier pour rencontrer ceux et celles qui travaillaient à bord. Il était important qu’ils me sentent impliquée, concernée par ce qu’ils étaient en train de créer afin de s’impliquer à leur tour.

La passion suffit-elle à la motivation ?
C.C. : Il n’est pas difficile d’être motivé quand on est passionné. Nous avons la chance, moi en tant que skipper et animatrice d’un tel projet, mes acolytes en tant que responsables de la bonne mise au point technique ou organisationnelle de l’opération, de vivre de notre passion et de voir l’aboutissement de nos efforts. Chacun a donné à ce bateau et à ce projet comme s’il allait lui-même faire un tour du monde. Avant le départ des courses, l’équipe technique m’a toujours accompagnée vers la ligne de départ. Vient le moment où tous vont débarquer et me laisser “notre” bébé entre les mains. Je ressens alors cette confiance énorme qu’ils me font et qui m’impressionne toujours. C’est aussi un incroyable cadeau, comme s’ils me disaient “oui, nous croyons que toi tu peux le faire”.