En couverture - L'esprit de conquête


Générations Entrepreneurs

Pérennes. Fêter l’anniversaire de la CCI de Touraine, c’est avant tout fêter les entreprises qu’elle représente. Elles sont 15 000 aujourd’hui à témoigner de savoir-faire, de créativité, d’audace, de capacité d’adaptation, d’esprit d’innovation...

Ce numéro spécial de Touraine Eco est l’occasion d’évoquer celles qui ont grandement contribué, et depuis longtemps, cent cinquante ans pour certaines, à constituer le socle du tissu économique, industriel et commercial de la Touraine du XXIème siècle. Toutes n’ont pu être présentées, nos lecteurs le comprendront. Cependant, celles qui le sont prouvent la capacité de créateurs, de fils, de filles ou de neveux, de responsables et de collaborateurs à entreprendre pour l’avenir. Toutes ont pris de grands risques à un moment ou à un autre de leur existence. Toutes ont su tenir le cap, des décennies durant, quelles que soient les révolutions politiques, industrielles, informatiques, monétaires, commerciales ou managériales qu’elles aient vécues.

Les valeurs sûres de la tradition

L’image prestigieuse de la Touraine est portée par son histoire et sa capacité à cultiver un art de vivre fondé sur des traditions ancestrales. Les entreprises qui les maîtrisent sont restées familiales pour la plupart. Elles doivent leur longévité autant à leur capacité d’adaptation qu’à leur audace.

Parmi les activités traditionnellement tourangelles, la soierie vient naturellement à l’esprit. Industrie dominante dès le XVIe siècle, “la fabrique de soie” dut notamment son succès à la créativité de ses dessinateurs. Le lancement de la première grande manufacture d’étoffes pour ameublement en 1819, à Tours, par Pillet-Roze, lui donna une seconde naissance après la Révolution. On pense encore à l’imprimerie et, notamment, à l’affaire créée au XIXe siècle par Armand Mame. Celle-ci allait connaître l’une des envolées les plus spectaculaires de l’industrie tourangelle. Le jardin de la France compte aussi de remarquables horticulteurs (membre de la cci, Arie Van Delft siège au bureau national d’Uniphor) et maraîchers, qui conjuguent savoir-faire traditionnel et techniques de pointe. Enfin, la Touraine c’est aussi la gastronomie. Là encore, les entreprises réussissent à tirer leur épingle du jeu dans un marché pourtant largement touché par les crises alimentaires successives. La viticulture est aussi l’un des fleurons tourangeaux : les vins du Val de Loire constituent aujourd’hui le 3e vignoble de France. Caves privées et coopératives s’organisent pour faire face à une concurrence grandissante et maintenir la renommée des grands crus tourangeaux.




Maintenir la qualité. Deux établissements poursuivent la belle tradition de fabrique de la soierie : la Manufacture Le Manach à Tours et la Maison Roze à St-Avertin. Cependant la fabrication mécanique a parfois remplacé la minutie d’autrefois. “Un virage a été pris dans les années soixante avec la mécanisation de l’atelier, se souvient Antoinette Roze. La stratégie poursuivie est toujours la même : privilégier la qualité et le haut de gamme.” Roze est la plus petite et la plus ancienne des cinq entreprises de soierie d’ameublement existant encore en France. Elle décline aujourd’hui son savoir-faire de la soie à d’autres matières textiles et s’est dotée d’un atelier de teinture pour répondre aux demandes spécifiques de la clientèle.
La tradition de l’imprimerie demeure en Touraine où les industries graphiques occupent le cinquième rang des activités industrielles. Fondée en 1796, l’entreprise Mame s’avère toujours le spécialiste du beau livre. Sa clientèle comprend les éditeurs français qui, à travers les versions étrangères, lui assurent une présence dans toute l’Europe. En trois décennies, ce secteur est passé des caractères en plomb au tout numérique. “Les imprimeurs ont dû fortement investir au fil des mutations technologiques dans des machines de plus en plus spécialisées et productives. Parallèlement, il leur faut offrir une prestation complète en intégrant tous les stades et procédés de fabrication”, explique Daniel Jourdain, président du directoire du groupe Serge Laski, qui comporte onze établissements dont la société Mame.

Satisfaire les nouvelles attentes. Le respect de la tradition est certainement l’un des secrets de la réussite des vins de Loire. “Le marché est devenu mondial. Pour gagner, il faut être parmi les meilleurs et le faire savoir, analyse Jacques Couly-Dutheil, à Chinon. Une récente étude portant sur la présence des vins en restauration classe les vins de Loire au premier rang pour les blancs et au second pour les rouges. Ces résultats montrent combien nos productions sont adaptées à la consommation actuelle”. Un atout que le troisième vignoble de France devra savoir exploiter dans un contexte de concurrence exacerbée.

A l’instar des vins, les spécialités culinaires et gastronomiques contribuent de longue date au dynamisme économique de la Touraine. La volonté de poursuivre les recettes d’antan existe chez nombre de professionnels. Pour cela, ils doivent se plier aux multiples contraintes sanitaires et procédures de qualité. Le plus bel exemple est certainement donné par la Maison Hardouin, à Vouvray, avec la création, en 1993, de son laboratoire agréé CEE où elle prépare toute une gamme de produits frais traditionnels de qualité. L’introduction de la cuisson sous vide s’est également avéré une évolution utile. Aujourd’hui, les produits élaborés à partir des recettes traditionnelles se trouvent aussi bien dans les boutiques spécialisées que dans les rayons “terroir” des grandes surfaces. “La clé de ce succès consiste à savoir produire en volume plus important un produit artisanal”, confie Jacques Hardouin.

Parallèlement, les cultures horticoles comme maraîchères conservent en Touraine une solide réputation de qualité. Ces cultures, parfois délicates, exigent une main-d’oeuvre nombreuse et qualifiée. “Outre ce savoir-faire traditionnel, il a fallu moderniser nos outils de production et investir de façon importante. Un hectare de serre moderne coûte 760 000 E”, commente Jean-Jacques Travouillon, dirigeant des établissements horticoles éponymes. Pour sa part, sensible aux souhaits des consommateurs, la société Delahaye intègre depuis 1998 le concept d’agriculture raisonnée dans ses productions maraîchères et reste pionnière en Touraine.

PARCOURS

Millionnaire... en plantes fleuries
Jean-Jacques
Travouillon

Aux commandes de l’entreprise depuis 1975, Jean-Jacques Travouillon poursuit la saga familiale entamée en 1886, à Tours. Aujourd’hui implantée à St-Genough, employant cent personnes, cette affaire cultive avec bonheur (1er producteur français de plantes fleuries), savoir-faire traditionnel et techniques actuelles pour continuer à s’épanouir dans le secteur très atomisé de l’horticulture. Des investissements importants sont ainsi consacrés à la modernisation des serres. Celles-ci, implantées sur 7,5 hectares, permettent avec les 15 autres hectares de plein air, la production annuelle de trois millions de plantes fleuries de toutes variétés avec une grande spécialité, la bruyère.

 

80 ans de bouteille...
Jacques
Couty-Dutheil

Les vins Couly-Dutheil ont fêté leurs quatre-vingts ans en 2001. La réussite de cette entreprise familiale (CA : 5,4 ME) réside dans le savoir-faire et le “savoir-vendre”. En effet, les quatre générations Couly-Dutheil se sont transmis leurs connaissances de la vigne et du vin, mais aussi de la clientèle et du commerce. Aujourd’hui, 20 % de la production réalisée à partir des 90 ha de vignes situées à Chinon, Saumur-Champigny et Bourgueil, sont exportés. C’est bien vers l’export que le développement est attendu, pour ne pas laisser les marchés aux vins étrangers.

Dans le droit fil de la tradition
Antoinette Roze

Fabriquant de la soierie d’ameublement, les Ets Jean Roze fournissent les familles royales d’Angleterre, des Pays-Bas, les Rotschild, décorent les châteaux d’Azay-le-Rideau et de Chambord, entre autres. Avec vingt personnes et un CA d’1ME, cette entreprise familiale implantée à Saint-Avertin est dirigée par Antoinette Roze, fille de Jean Roze, descendante à la douzième génération du premier président de la CCI de Touraine, Jacques Alexandre Roze-abraham. Chaque génération a su faire les bons choix face à l’évolution des techniques et des marchés. C’est par l’exigence d’une très haute qualité des produits et des dessins (J.-M. Wilmotte a créé pour Roze) que l’activité perdure. Roze continue allégrement après son troisième siècle d’existence !

Un très grand Maître
Jacques
Hardouin
Hardouin, le “Virage gastronomique” créé en 1955 à Vouvray... Rien que l’enseigne fait saliver chaque Tourangeau ! Cette véritable institution tourangelle a repris en 1936 la charcuterie Guillon, elle-même très réputée depuis sa création en 1780. Aujourd’hui, forte de ses quarante employés, l’entreprise réalise un CA de 3 ME grâce à deux activités complémentaires : la charcuterie, avec notamment ses fameux rillons, rillettes et andouillettes, et l’activité de traiteur haut de gamme. Equipés d’un laboratoire aux normes CEE, les Ets Hardouin abordent l’avenir avec sérénité en s’appuyant sur la très haute qualité de leurs produits de tradition vendus chez Fauchon, la Maison de la Truffe, Flo, Hédiard, Lafayette Gourmet...

Au coeur... des cultures raisonnées
Angélique et
Thierry Delahaye

D’un simple carré de jardin cultivé par les grands-parents à Saint-Pierre-des-Corps, juste après-guerre, l’entreprise Delahaye s’est transformée au fil des années en une exploitation maraîchère de 25 hectares à Saint-Martin-le-Beau. Cultures de plein champ, sous abris et hors-sol y sont développées (48 salariés, CA : 2,5 ME). La culture de l’endive, pratiquée ici hors-sol, est une production traditionnelle en Touraine. Elle est également une spécificité de l’exploitation Delahaye depuis sa création. En 1998, l’entreprise s’oriente vers l’agriculture raisonnée et utilise les techniques les plus respectueuses de l’environnement. Un engagement dans une production de qualité où Thierry et Angélique Delahaye réussissent le pari de maintenir leur entreprise rentable.

La qualité impressionne toujours
Daniel Jourdain
Après avoir imprimé la Bible pendant longtemps, la société Mame est aujourd’hui spécialisée dans l’impression d’ouvrages techniques, scolaires, beaux livres, albums aux somptueuses photos et éditions publicitaires. Forte de son expérience et de sa volonté de réussir les mutations technologiques inhérentes à la profession, l’entreprise a développé le tout numérique en associant la gravure directe à son activité d’impression et de façonnage. Intégrée depuis 1986 au groupe Serge Laski, un des leaders des arts graphiques, Mame offre une prestation complète tout en préservant sa position d’imprimeur français de grande qualité. Le groupe de 700 personnes génère un CA de 100 ME. Il dispose de plusieurs unités de production qui se trouvent principalement implantées à Tours (550 salariés).


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