Consommation
Manger bio : une histoire de goût
Les Français commencent à mettre le bio à leur table. Dabord par raison mais aussi pour le plaisir de découvrir des goûts différents
20 % des Français auraient acheté au moins un produit bio au cours du mois précédent. Ce pourcentage avancé par le Crédoc semble le plus réaliste de tous les chiffres publiés sur la consommation bio. Car, enfin, avec seulement 1,5 % des ventes alimentaires totales, les produits bio représentent bien un marché encore embryonnaire. Mais tous les professionnels lattestent : la consommation augmente progressivement. Et les experts du Credoc le confirment : On peut raisonnablement penser que 10 à 15 % des Français viendront sajouter à la clientèle bio prochainement. Pourquoi cet intérêt ? Les crises alimentaires que nous avons vécues ces dix dernières années y sont pour quelque chose. Sil ny avait pas eu perte de confiance par rapport à lalimentation, le bio ne se développerait pas de cette façon. Car on achète bio dabord par raison : pour vivre mieux et plus longtemps. Selon un sondage CSA réalisé en 2001, les adeptes du bio le sont avant tout par souci de leur santé (73 %). Le goût et la qualité sont évoqués en deuxième position (66 %). Les raisons éthiques et le respect de lenvironnement représentent la troisième motivation (pour 46 % des consommateurs).
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A Tours, lenseigne Biojardin accueille 20 % de clients purs et durs, les autres nétant pas des inconditionnels du bio.
Le bio élargit son marché
Si le bio se développe, cest aussi parce que le réseau de distribution sétoffe : à côté des marchés de plein air, spécialistes des produits frais et domaine des producteurs, de nouveaux magasins apparaissent. Le bio essaie de sadapter à une nouvelle clientèle, plus large et moins militante. A Tours, chez Biojardin, (400 m2 uniquement consacrés au bio), M. et Mme Le Théno accueillent 20 % de clients purs et durs et 80 % qui ne sont pas des acharnés du bio. Tous clients qui ont cependant en commun davoir le temps de cuisiner et de soccuper deux. Au mois doctobre, tout en gardant son enseigne Biojardin, le magasin a adhéré au réseau La Vie Claire, parce que, explique Mme Le Théno, leur gamme de produits va nous permettre de nous démarquer de loffre locale et de répondre à une autre demande. De leur côté, les grandes surfaces alimentaires veillent. Peut-être plus accessible pour le bio-débutant, leur offre attire une clientèle plus mélangée. Comme la décrit M. Fornier, responsable du rayon alimentation du magasin Carrefour, cela va de la personne âgée, nostalgique des produits dhier, à la mère de famille qui veille à la santé de ses enfants en passant par le jeune couple urbain qui vient parce que manger bio cest tendance. Il en est convaincu : Les gammes sétoffent, les produits deviennent plus abordables, la bio se démocratise. La bio deviendrait-elle un produit comme un autre ? Au sein de lenseigne, on saperçoit quon vend mieux le bio quand on le mélange aux autres produits.
Pas dimpasse sur le goût
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On achète bio pour vivre mieux et plus longtemps.
Le consommateur veut certes des produits contrôlés et contrôlables mais, parce que se nourrir est aussi une affaire de plaisir, il veut aussi du goût. Tous les professionnels interrogés le disent : il faut arrêter dassocier le bio à un régime triste. Faire du bio signifie essentiellement respecter le produit et son goût. Cest ce qui explique que le pain bio ait autant de succès. Mathias Le Goff, boulanger à Richelieu mais qui vend surtout sur les marchés, avoue même quil ne pourrait plus revenir au pain conventionnel : Le pain bio a une saveur incomparable. Le levain lui donne un goût particulier avec un retour en bouche un peu acidulé : le consommateur voit tout de suite la différence avec un pain ordinaire. Au total, jai bien 60 % de clients non bio. Chez Set Meal, société de restauration collective, madame Guitton met ponctuellement en place des repas bio, notamment dans les cantines scolaires. Pour elle, cest évident, le bio se situe dans la logique de sa politique : Chez nous, on cuisine à 80 % des produits frais, sur place, dans chaque restaurant. Lintérêt du bio, pour nous, cest de cuisiner différemment : le produit se suffit à lui-même, sans avoir besoin de recourir à des artifices. Et, puis, pour les enfants, cest loccasion de leur parler bien manger. Son regret : le prix et les difficultés des approvisionnements qui limitent forcément les expériences.
Signe que les choses évoluent : tandis que léventail de loffre sélargit et que les produits deviennent plus élaborés, le marketing pointe son nez dans un domaine jusquà présent assez préservé. Les conditionnements et les couleurs des emballages se font plus attractifs, les messages publicitaires se font plus conviviaux. Tout en gardant leur différence et leur côté un peu marginal. Le bio va-t-il alors devenir progressivement un marché de masse ? Cest très improbable et il risquerait alors dy perdre son âme. En revanche, il continuera de se développer et de saffirmer comme une exigence et un garde-fou pour rappeler aux consommateurs, éclairés ou non, quil existe une autre façon de bien manger.
Catherine GEFFROY
Qui est le client bio ? 17 % des clients bio génèrent 89 % du marché avec un budget moyen de 343 _ par an. Le client bio se situe généralement dans la tranche dâge 50-64 ans. Il est le plus souvent cadre ou employé.
Source CSA/TMOOù achète-t-on bio ?
Les GMS distribuent 47 % de lensemble des produits biologiques, 25 % des achats de fruits et légumes. 60 à 70 % des fruits et légumes sont vendus sur les marchés et dans les magasins spécialisés. Un produit sur trois est vendu sur les marchés.
Source : étude Inter Bio, avril 2002Les aliments bio
- sont produits selon des référentiels précis, avec des moyens et selon des techniques excluant tout recours aux produits chimiques de synthèse ou aux antibiotiques, - sont exempts de tout composant transgénique.
On connaît la provenance et le contenu dun produit bio grâce à sa traçabilité, certifiée par le logo AB. Le logo AB est une marque collective, gérée par le ministère de lAgriculture.