Consommation
La décoration, cest un marché-plaisir qui exige du commerçant une grande inventivité
La maison se convertit à la déco
Les spécialistes de la maison profitent de lengouement des Français pour leur intérieur en inventant une nouvelle génération de points de vente. Leur objectif : créer une ambiance, répondre à un style de vie
Dans un contexte économique et géopolitique quelque peu incertain, les Français se montrent de plus en plus attachés à leur maison. La dernière étude de lObservateur Cetelem, qui porte sur Les Français et leur maison, prouve limportance que nos concitoyens lui portent : après la famille, mais avant le travail et les loisirs. Létude conclut à de fortes opportunités pour lensemble des marchés relatifs à la maison. Mais elle relève aussi des comportements de consommation hésitants : il existe un décalage entre lintention et la concrétisation de lacquisition.
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Une boutique comme à la maison : cest chez Passé simple, à Azay-le-Rideau.
Photo : Droits Réservés
Chacun se pose alors la question : comment traduire les besoins et les envies en décision dachat ? Le Cetelem propose quelques pistes de réflexion : Utiliser au maximum les ressorts du merchandising, développer une démarche pédagogique vis-à-vis du consommateur... Plus facile à dire quà faire. Et pourtant, certains commerçants relèvent le gant. Leur recette ? Décloisonner les secteurs de la maison. Ensuite mettre en scène pour donner vie aux produits. Et puis accueillir, expliquer, conseiller... avec un maximum de simplicité.
Un peu de
pédagogie...On sen doutait un peu et le Cetelem le confirme : les Français restent plutôt traditionnels dans leurs choix daménagement et de décoration. Par goût et par conviction, François Blanchet Dhuismes a cependant décidé, il y a cinq ans, de consacrer son magasin à lunivers du contemporain (à Tours, rue Marceau). Demblée, il a choisi de jouer les plus grandes cartes, celles du contemporain reconnu, italien le plus souvent. Mais il le sait, le contemporain représente très peu du marché français : les Français sont très traditionnels. Non seulement ils font durer très longtemps leurs équipements mais, en plus, ils nont pas été habitués à mélanger des styles, des essences de bois, des couleurs. Son credo : démocratiser le contemporain. Sa recette : intriguer et à la fois rassurer le consommateur. Nous souhaitons montrer aux Tourangeaux que le design nest pas forcément cher et objet de musée. Notre solution : mélanger objets usuels et meubles, proposer des éléments très abordables, par exemple des sièges simples et colorés. Cette tactique permet de faire entrer les gens dans le magasin, de les initier : Après, ils reviendront acheter autre chose. A une condition : Il est impératif que nous nous montrions, nous vendeurs, clairs et simples : pas question de se la jouer club dinitiés et de prendre le client de haut.
Créer
une ambiance
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A Tours, Blanchet Dhuismes veut démocratiser le style contemporain.
Photo : J.-B. Darrasse
Chez Passé simple à Azay-le-Rideau, lheure nest ni au contemporain, ni à la tendance zen. Pour une clientèle tournée vers lintérieur et les vieilles pierres, Catherine Chanteloup et Martine Stenne ont créé un esprit comme à la maison. Nos clients, constatent-elles, ont besoin de se retrouver dans du traditionnel revisité. Dans une demeure de caractère qui a conservé murs de pierre, poutres et grande cheminée dépoque, elles mettent ainsi en scène une maison de charme, colorée et conviviale. On y trouve à la fois du meuble (un peu), du textile de maison, des objets déco (beaucoup), des jeux et jouets (de préférence en bois) mais pas de produits arts de la table (trop difficile à gérer). Tout lart des deux professionnelles consiste à mettre le client en situation dachat-plaisir : Nous créons des ambiances dans lesquelles beaucoup de monde peut se retrouver, expliquent-elles. Toute notre offre est systématiquement mise en situation et le client vient y puiser des idées. Sans forcément sen apercevoir, le visiteur est invité sur 100 m2 à suivre un circuit organisé par thèmes (salon, cuisine, chambre à coucher, salle-à-manger). Même sil savère un peu difficile à surveiller le dimanche, le coin enfants est très utile : il permet aux parents de chiner tranquillement dans le reste du magasin.
Toute la difficulté dun concept de ce genre repose dabord sur le choix dune offre cohérente : Nous veillons absolument à garder notre style. Deux fois par an, nous faisons ensemble le salon Maison et Objet avec deux idées en tête : un, concilier les goûts de notre clientèle et lidentité propre de notre magasin. Deux, ne pas vendre ce que lon trouve partout. Lautre difficulté consiste à renouveler fréquemment les mises en scène et à imaginer sans cesse de nouvelles ambiances. A deux, cest plus facile...
Sous le signe de
lauthenticitéConfluences est une boutique de parti pris. Corinne et Yves Rasquain ont fait leur choix : ne présenter dans leur boutique du Vieux-Chinon que du beau et du bien fait. Dans leur magasin construit en tuffeau et quils ont restauré dans le style dorigine, ils proposent meubles et luminaires, linge de maison, arts de la table et ustensiles de cuisine, mais également étoles et bijoux. Difficile de décrire avec des mots une offre qui évite le facile et le déjà vu et qui fait lobjet dune sélection particulièrement sévère. On y trouve quelques marques connues pour leur savoir-faire (verrerie Daum, faïence de Gien, ustensiles de cuisine Cristel), et des objets plus accessibles mais choisis avec cette même exigence du beau et de la longévité. Pour autant, on ne trouve pas de traces de passéisme chez Confluences. Ce qui est rassemblé là rappelle bien un passé proche, des racines, mais le tout est comme passé au tamis du temps. Par exemple, ce vase contemporain en verre soufflé à la bouche qui évoque, sans les copier, les tulipières en faïence de Delft du 18ème siècle. Un objet parmi tant dautres et dont la vente ne se fait pas toute seule : Jai une clientèle de connaisseurs, constate Yves Rasquain. Mais beaucoup de gens aujourdhui ne savent plus faire la différence entre deux techniques, par exemple entre du verre soufflé à la bouche et du verre moulé. Je suis là pour expliquer mes choix, raconter lhistoire de tel ou tel objet, faire partager ce que jaime. Et Corinne Rasquain de poursuivre : Même si nous enregistrons aussi des achats dimpulsion, la majorité de nos clients réfléchit mûrement avant de concrétiser. Il se crée forcément ici une relation particulière entre le client et lobjet.
Le propre de ces trois boutiques est dattirer de loin et de jouer sur leffet réseau. Leur meilleure publicité : le bouche à oreille. Quand on sait, en outre que Passé simple est ouvert le week-end et Confluences tous les dimanches matin, on comprend latout supplémentaire des deux boutiques. Dans de nombreux cas aujourdhui, les décisions dachat pour la maison se prennent en couple. Et quand ? Le week-end...
Catherine GEFFROY
Pour 79 % des Français, laménagement et la décoration de leur maison constituent aujourdhui un plaisir personnel.
Pour 89 %, la maison est un endroit qui doit refléter leur personnalité.
Ils ne sont que 54 % à déclarer consacrer une part importante de leurs revenus à leur maison et 48 % à y consacrer beaucoup de temps.
Dans lidéal, 50 % souhaiteraient vivre dans de lancien ou du rustique, 33 % dans du moderne (style Fly ou Ikea), 4 % seulement dans du design.
Source : étude de lObservateur Cetelem