Des marchés et des hommes


L’aménagement des bureaux en dit long sur l’entreprise...

Ils aménagent
votre image

Transparence, dynamisme, chaleur, humanisme, sérieux : aujourd’hui l’aménagement veut refléter les valeurs de l’entreprise. Mais l’image véhiculée par son look ne suffit pas : les nouvelles formes de travail exigent des locaux réactifs au changement.


Accueil soigné, mobilité, cocooning et transparence sont très tendance.
Photo : Droits Réservés/CEA

Comment meubler son bureau pour “être tendance” ? Spécialiste de l’aménagement global de l’espace de travail, François Blanchet-Dhuismes résume ainsi le style qui s’affirme : “Un bureau Steelcase Strafor ou un meuble d’occasion mais de qualité, une chaise bon marché mais dessinée par le designer Starck, un éclairage soigné, un canapé Le Corbusier - d’un certain prix - ou un Starck - chic mais pas cher - et beaucoup de technologie”. Il est en effet indispensable d’être connecté au monde entier sans s’empêtrer dans les fils à tout moment ou de pouvoir réaménager ses locaux ou même déménager au pied levé tout en restant opérationnel ; cette exigence de la clientèle est aujourd’hui dominante.

Mobilité
avant tout

Dans le cas d’une construction, l’aménagement intérieur d’un bâtiment tertiaire ne peut s’envisager sans une réflexion préalable sur la conception globale des locaux : “Par exemple, chez Outiror à Saint-Cyr-sur-Loire, nous sommes intervenus avant même l’achat du terrain !” rappelle François Blanchet-Dhuismes qui dirige l’entreprise familiale (56 personnes, CA 11 ME). Afin de les aider à cerner les nouveaux besoins, il va jusqu’à proposer aux chefs d’entreprise des conférences sur la méthodologie à appliquer : “Les groupes de projets, le nomadisme amènent en effet une attente nouvelle.” GMA, à Larçay, tient le même discours : “Dans bien des cas, il faut que l’espace soit hyper-modulable, ce qui nécessite une réflexion sur la structure même du bâtiment” confirme Eric Espinasse, directeur commercial de ce cabinet d’architecture et d’aménagement intérieur (9 personnes), à l’origine de la création d’Etech, une fédération de compétences qui rassemble cinq bureaux d’études touran-geaux. “GMA étudie par exemple en ce moment l’implantation du siège de la communauté d’agglomération au Quartier des Deux-Lions ; nous devons programmer une forte augmentation du nombre de collaborateurs : actuellement nous travaillons sur 2 600 m2 qui seront occupés par une centaine de personnes et de multiples services communs, mais par 140 personnes d’ici deux ans. Nos objectifs sont de rendre l’aménagement le plus modulable possible dans le délai le plus bref et au coût le plus bas. Nous prévoyons 30 % d’espaces encloisonnés et 70 % d’autres surfaces qui devront être réactives, modifiées ou même libérées dans les années à venir.”

Dissocier
l’immeuble du meuble

Avec la création et la fourniture de faux-planchers tertiaires, Blanchet-Dhuismes répond à ces nouvelles contraintes en dissociant l’immeuble du meuble : “La tendance est à la structuration d’un bâtiment sur lequel rien n’est fixé : le mobilier doit pouvoir être déplacé avec tout son équipement technique. Ces faux-planchers, également mobiles, intègrent tous les fluides. Si l’on déménage, on les emporte avec soi !”. Le cas des centres d’appels est significatif : “Lorsque l’on nous demande d’équiper un plateau, l’étude de mobilier n’est plus suffisante. Il est nécessaire de structurer l’architecture du bâtiment pour assurer ensuite une utilisation optimale. Avec notre partenaire Steelcase Strafor, dont nous sommes le concessionnaire exclusif sur cinq départements, nous pouvons traiter globalement l’affaire grâce à nos faux-planchers techniques qui équipent en particulier les plateaux de Zebank, E-LaSer, Cogestib, également Outiror”.

Connexions
sans fil

L’évolution des besoins a été fulgurante : “Il y a cinq ans, on installait les plateaux d’appel au sein des entreprises. Aujourd’hui les sociétés externalisent le service, d’où le besoin de mobilité des équipements”, explique Eric Espinasse.

L’évolution du besoin informatique et électrique constitue un autre exemple : “Le bâtiment doit suivre ce mouvement. Or, les fils et connexions sont souvent encore attachés à l’immeuble. Pourtant, quand on déménage un bureau, on veut aujourd’hui qu’il redevienne aussitôt fonctionnel ! Demain, le mobilier de bureau déplacé embarquera avec lui l’informatique et l’éclairage sans influer sur la structure du bâtiment ; en certains lieux, des moyens de communication non filaires sont déjà utilisés : au plafond, tous les 50 mètres, munies d’une petite antenne, sont placées des bornes relais pour l’informatique, le téléphone, la transmission du son, de l’image, de données ; plus besoin d’appeler les techniciens des corps d’état du second-oeuvre pour modifier l’espace de travail. C’est du temps gagné, de l’argent...”

Changer d’image
plus vite

Le changement est également justifié par le besoin de modifier ou d’affirmer son image et d’être au goût du jour. Ce n’est pas nouveau ; cependant, le rythme s’est accentué, comme le rappelle Eric Espinasse : “Dans les années 80, par exemple, il fallait rénover son agence commerciale tous les sept ou dix ans, le temps d’amortir l’investissement. On attendait même que la moquette se décolle pour en changer ! Puis on est passé à cinq ans et maintenant à trois, voire un an dans certains cas !” De leur côté, les services administratifs ou certaines professions libérales n’échappent plus à la déferlante : aurait-on imaginé en 1970 que les services fiscaux, les notaires, les huissiers se soucieraient de donner une image, certes non ostentatoire, néanmoins séduisante et chaleureuse ? Les PME s’y mettent : “GMA aménage au Mans l’agence d’un groupe immobilier tourangeau qui souhaite aujourd’hui affirmer une image de sérieux et de fiabilité en portant une attention particulière à l’impact visuel sur le comportement des utilisateurs et des visiteurs : nous nous attachons davantage aux points de détail”. Enfin, RTT oblige, le même espace utilisé successivement par plusieurs salariés est devenu de plus en plus impersonnel, alors qu’auparavant chacun disposait d’un territoire personnalisé. “Pour compenser cette perte, nous améliorons le look des locaux pour donner une ambiance plus” cocooning”.

Récemment réaménagé, l’Espace Blanchet-Dhuismes, rue Marceau à Tours, répond directement à cette nouvelle envie en présentant un mobilier “Image” tel un “choix de vie pour l’habitat comme pour l’entreprise”. Le mobilier contemporain, les tapis et les objets usuels des designers ont en effet franchi le seuil des bureaux. Ce qui, globalement, selon François Blanchet-Dhuismes, ne perturbe en rien le budget que l’on consacre aujourd’hui à l’aménagement d’un poste de travail : “En quelques années, le coût d’une armoire à rideau a été divisé par deux, celui d’un poste de travail également”. Ce qui permet de changer de look plus souvent...

Odile Ménard

Contact :
www.blanchet-dhuismes.fr,
tél. 02 47 31 10 10
www.gma.fr
tél. 02 47 50 52 32

Anniversaire
Blanchet-Dhuismes SA a 100 ans

Photo : Droits Réservés

En 1902, René Blanchet, serrurier, compagnon du devoir, s’installe à Tours. Il est concessionnaire du fabricant de coffres-forts Fichet et spécialiste de l’ouverture des coffres sur sept départements. En 1952, son fils Christian développe l’entreprise de serrurerie fine en ajoutant la concession Strafor (contraction de Forges de Strasbourg) qui fabrique du mobilier de bureau métallique. En 1959, il confie l’activité de mobilier de bureau à son fils Jean-François qui ouvre une agence à Blois, puis au Mans et à Chartres. En 1969, Jean-François rapporte des USA l’idée de vendre du mobilier d’occasion, assorti d’un service de remplacement qui évoluera vers le déménagement de parcs ainsi que la location. Il rachète, lors du transfert d’entreprises, du mobilier qu’il revend dans les quatre départements où la société est implantée. Dans les dix années qui suivent, il apporte des solutions à l’aménagement des espaces tertiaires ouverts : éclairage intégré au poste de travail, panneaux de séparation acoustiques, etc.
François, son fils, entre dans l’entreprise en 1990 et répond à son tour aux attentes de sa génération : conception globale d’espace de travail, faux-planchers tertiaires en collaboration avec Steelcase Strafor, vente de mobilier de créateurs, ouverture à Tours d’un espace consacré à l’habitat et, à Nantes, d’une cinquième agence. Sur un même métier, la société familiale qui emploie 56 personnes (CA : 11 ME) a su mener en un siècle une vraie stratégie de diversification tout en créant un concept unique qui lui assure le leadership sur un vaste marché.

1970 : premiers espaces paysagers. La plante verte entre dans les bureaux, en même temps que les couleurs orange vif, beige et marron. Le mobilier métallique disparaît.

1980 : aménagement d’un espace de travail ouvert, quadrillé de panneaux de séparation. L’acoustique devient une priorité. L’éclairage s’intègre au poste de travail. Le mobilier passe du beige au gris.

1990 : c’est la crise. Nombre d’entreprises reportent leurs achats : le secteur du mobilier de bureau est touché.

1995 : on abandonne les cloisonnements, on joue la convivialité.

2000 : les maîtres-mots sont communication, transparence et échange. L’open space s’ouvre plus encore. Trois meubles de bureau sur quatre sont fabriqués en métal qui, associé au plastique, donne un stratifié qui imite le bois, clair de préférence.

2002 : on affiche un look chaud, agréable, clair, mobile, surtout ni froid, ni triste, et des couleurs pastel en taches. Le parquet s’impose. L’espace de travail devient un espace à vivre, modulable.


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