Des marchés et des hommes



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De plus en plus de chercheurs créent leur entreprise.

Entreprises
éprouvette

Le monde de la recherche affiche aujourd’hui clairement sa volonté de se rapprocher du monde industriel. Le ministère de la Recherche, l’université, les grands organismes de recherche et les collectivités locales conjuguent leurs politiques pour soutenir cette évolution.


A Monts, le CEA du Ripault développe des compétences recherchées par l’industrie : plasturgie, micro-électronique ou caractérisation de matériaux.
Photo : Droits Réservés/CEA

Le manque de communication entre le monde de la recherche et celui de l’entreprise constitue un handicap de taille dans un pays où le potentiel scientifique est considérable. La loi du 12 juillet 1999 sur l’innovation et la recherche, plus connue sous le nom de loi Allègre, bouscule la donne en invitant chercheurs et industriels à travailler ensemble. Elle est à l’origine de la création de trente-et-un “incubateurs” en Région. Il s’agit de structures dont l’objectif consiste à aider les chercheurs qui le souhaitent à créer leur propre entre-prise. L’incubateur de la région Centre (Centre Incubation) est mis sur pied en 2001 par les universités de Tours et d’Orléans, le CEA-Le Ripault à Monts, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et l’Institut de recherche pour le développement, basés tous deux à Orléans. Il bénéficie d’un co-financement sur 2001-2003 du ministère de la Recherche - à hauteur de 610 000 euros - et de la Région, pour 530 000 euros. Il est ouvert aux chercheurs des organismes fondateurs mais aussi à des salariés du privé porteurs d’un projet de création d’entreprise. “Cette structure offre aux chercheurs un appui scientifique et technique durant toute la phase de maturation de leur projet, explique Thierry Gonard, responsable de l’incubateur. Ils bénéficient également d’un apport pouvant aller jusqu’à 45 000 euros pour financer des études de marché, le développement de prototypes, l’élaboration d’un business plan. De plus, l’incubateur prévoit l’accompagnement du chercheur pour toutes les questions de gestion “managériale”.

Durée d’incubation :
18 mois

Les candidats doivent dans un premier temps soumettre un “plan projet” à l’avis d’un comité de sélection, qui donne ou non son feu vert pour que leur projet soit effectivement incubé. La période d’incubation peut aller jusqu’à dix-huit mois. Elle conduit en toute logique à la création d’une entreprise. Selon les statistiques du ministère de la Recherche, 440 projets ont d’ores et déjà été soutenus et 164 entreprises, soit 650 em-plois, créées au total. Plus du tiers des demandes émanent de doctorants, tandis qu’un autre tiers provient de salariés d’entreprises cherchant à se rapprocher d’un laboratoire de recherche public.

A ce jour, Centre Incubation a examiné six projets et en a incubé un. Porté par le GREMI (Groupe de recher-che sur l’énergétique des minéraux ionisés), un laboratoire associé au CNRS et à l’université d’Orléans, ce projet concerne une source de rayonnement susceptible de conduire à une nouvelle miniaturisation des semi-conducteurs.

La matière grise
crée l’emploi

En Touraine, depuis 1994, le Département s’est résolument engagé dans une politique de soutien à la recherche publique afin de favoriser la création d’emplois. “L’objectif du Département est de faire en sorte que la matière grise attire les entreprises”, précise Patricia Prochasson, chef du service des actions économiques au Conseil général. Des allocations doctorales sont ainsi octroyées à des laboratoires publics qui accueillent des doctorants dont les sujets de thèse sont susceptibles de déboucher sur des transferts de technologie. Pour en bénéficier, les doctorants doivent obligatoirement auparavant avoir passé une convention avec un industriel.

Autre initiative particulière-ment féconde du Département : l’ATI (Aide Tourangelle à l’Innovation). “Le département d’Indre-et-Loire est pionnier dans ce domaine”, commente Patricia Prochasson. Cette subvention, s’adresse aux entreprises qui investissent en Recherche et Développement. Elle vient compléter les aides à l’innovation de l’ANVAR (Agence française de l’innovation) et de la région Centre.” En dix-huit mois d’existence, vingt-cinq entreprises ont bénéficié de l’ATI pour des applications aussi variées qu’un progiciel de gestion, des leurres biodégradables ou encore un nouveau modèle de tondeuse à gazon...

Sur la piste
du GORI

En mai 2001, un groupe de travail informel se constitue à l’initiative du Conseil général, dans le but de favoriser les échanges entre les différents organismes institutionnels et associations impliqués dans la recherche publique. Animé par le vice-président du Conseil général chargé de la Recherche, Michel Trochu, le GORI (Groupe Opérationnel Recherche Innovation) se réunit environ deux fois par an. Une quinzaine de personnes y représentent, outre le Conseil général, l’INRA, le CEA-Le Ripault, l’Université, l’ARITT (Agence Régionale Innovation et Transfert de technologie), la DRRT (Direction Régionale Recherche et Transfert de technologie), la CCI et l’ANVAR. Chacun peut ainsi se tenir informé des projets de recherche tourangeaux en cours de gestation.

Parmi les projets dernièrement exposés au GORI figure notamment celui de l’INRA de Nouzilly sur la création d’une unité de recherche sur les maladies infectieuses émergentes, projet aujourd’hui réalisé. Le Conseil général a également informé les membres du GORI qu’il participait au financement d’un partenariat en Recherche et Développement entre la société amboisienne Silméca (outils coupants) et l’université d’Orléans.

Le CNRS
monte au créneau

Le CNRS, premier organisme de recherche français (25 % du budget civil en Recherche et Développement), s’est clairement positionné en début d’année en faveur de la valorisation économique de ses travaux de recherche. Dans la lignée de la loi sur l’innovation de 1999, l’organisme a pris deux séries d’engagements précis vis-à-vis du secteur privé pour les quatre ans à venir. Chaque année, trois accords-cadres, fondés sur la copropriété industrielle, doivent-ils ainsi être signés entre les grands groupes français et le CNRS, tandis que cinquante entreprises issues de sa recherche doivent être créées avec la participation de l’organisme.

Institut fédératif de recherche
La mutualisation des compétences crée du business

Le professeur Léandre Pourcelot, tourangeau et éminent spécialiste de médecine nucléaire, continue de dynamiser la recherche tourangelle en organisant le montage, en janvier 2002, d’un Institut fédératif de recherche ciblé sur les techniques de l’imagerie. “L’objectif de cet IFR est de mettre en commun les moyens techniques et les compétences technologiques et biomédicales d’une vingtaine d’équipes pour faire de la recherche avancée” déclare-t-il. Dans cette nouvelle structure coexistent quelque 450 chercheurs de l’université de Tours, de l’INRA, de l’INSERM, du CNRS, de l’Etablissement français du sang... “La mise en contact de différentes disciplines sera féconde. De nouvelles thématiques de recherche vont émerger”, poursuit le professeur Pourcelot. Autre axe annoncé du développement de l’IFR : le transfert de technologies et de compétences, par la conclusion de contrats avec des industriels et l’accompagnement à la création d’entreprises, telle Biopharm Consulting .

Transfert de technologie
Biopharm Consulting franchit le pas


Stéphanie Lerondel exploite des technologies de l’imagerie médicale pour l’étude atraumatique des souris nécessaires à la recherche fondamentale et au développement de nouveaux médicaments.
Photo : Droits Réservés

Lauréat en 2000 du concours de l’ANVAR, Joël Guillemain, pharmacien expert toxico-pharmacologue, crée en février 2002 la société Biopharm Consulting (BPC), en collaboration avec Alain Le Pape, directeur de recherche au CNRS, et Stéphanie Lerondel, ingénieur agronome et Docteur en sciences de la vie. BPC se veut être une interface entre l’industrie pharmaceutique et les laboratoires de recherche. L’objectif consiste à répondre aux besoins des industriels en mettant à leur service les technologies innovantes mises au point par les chercheurs. BPC concentre ses compétences autour de la technologie de l’imagerie, qui permet notamment d’apprécier les effets d’un traitement sur une pathologie. Société de conseil, BPC propose plus généralement aux industriels du médicament une assistance scientifique et technique à leurs projets de développement. “Je ne me serais jamais lancé dans cette aventure sans le soutien de l’ANVAR à mon projet” affirme modestement Joël Guillemain. Le concours national d’aide à la création d’entreprises de technologies innovantes, lancé par le ministère de la Recherche dans l’esprit de la loi Allègre de 1999, est reconduit en 2002 pour la quatrième année consécutive. Au-delà du soutien financier (de 45 000 à 450 000 euros en fonction du type de projet), il offre à ses lauréats un accompagnement à la création d’entreprise, aide juridique, rencontres périodiques avec des investisseurs, etc.


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