Trente ans et 207 numéros plus tard, Touraine Economique a conservé sa vocation première : l’information et la promotion des entreprises

1972 : première croisade
de l’information

Avec les années soixante-dix s’ouvre l’ère de “l’information et des relations publiques”. On attendra les années quatre-vingt pour “communiquer”. Avec Robert Frémont, président de la CCI de 1971 à 1976, la CCI innove : création de Touraine Economique ainsi que d’autres supports d’information, propagande publicitaire, affirmation d’une identité Touraine...

 

 

 

 

 

La ZI de Chambray-les-Tours en 1972.

Il y a trente ans naissait Touraine Economique. Son créateur, Robert Frémont lançait au premier trimestre 1972 un véritable magazine de la vie économique tourangelle. Il entamait ainsi sa “croisade de l’information” en organisant “la promotion des connaissances, des idées et des hommes”. Dès 1971, il avait préparé le terrain par un éditorial du bulletin de la CCI : “Le problème de l’information, à notre époque où tout va si rapidement, nous semble absolument capital”. La CCI employait alors 15 personnes, les membres de la Chambre se réunissaient huit fois par an, l’industrie locale souffrait de handicaps. Ce fut le moment choisi par le Président pour créer à la CCI un service “industrie”, pour construire une première “usine en blanc” à Loches, pour créer l’IFCIL afin que la formation continue donne aux hommes une chance nouvelle. Des perspectives de dynamique s’annonçaient avec l’arrivée de l’autoroute qui mettait Paris à deux heures de Tours, avec la mise en service des trains qui permettaient de gagner une demi-heure sur le même trajet mais par le rail, avec le développement de l’aéroport grâce à la TAT. De son côté Jean Royer, maire de Tours, avait détourné le Cher pour donner à la ville une possibilité nouvelle d’extension. Alors que sa grande rivale, Orléans, avait déjà bénéficié des retombées de la décentralisation, Tours et la Touraine - Robert Frémont prêchait sa croisade dans tous les cantons du département - se donnaient les moyens d’un nouveau départ, malgré une conjoncture difficile : chocs pétroliers, montée du chômage, réforme de la patente, grèves dans les P.T.T, impact des rues piétonnières, maintien des centres-villes...

Entretien avec Robert Frémont
Président de la CCI de Touraine de 1971 à 1976
Créateur de Touraine Economique

Pourquoi, en 1972, avez-vous créé le magazine Touraine Economique ?

Robert Frémont : Depuis 1961, la Chambre de commerce publiait un bulletin d’information, devenu mensuel en 1968 et dénommé “La Touraine Economique”. Le nouveau bureau élu fin 1970 souhaitait revenir à la formule d’une revue, adressée gratuitement cinq fois par an à tous les commerçants et industriels d’Indre-et-Loire. J’en explique les raisons dans l’éditorial du premier numéro paru il y a exactement trente ans : “En tant qu’établissement public, la Chambre de commerce et d’industrie se doit de fournir à ses ressortissants une documentation abondante et attractive. Son périodique doit donc être un lien entre elle et les commerçants et industriels dont trop d’entre eux lui sont inconnus et l’ignorent, un lieu d’échange, un témoignage des activités économiques de la Touraine, un message auprès des Pouvoirs publics, grands organismes, autres secteurs d’activité et même lecteurs étrangers...”

On ne parlait pas encore de “communication”, mais d’information et de relations publiques, de propagande publicitaire...

Robert Frémont : En effet. En 1971, nous créons même une Commission de l’Information et des Relations publiques, présidée par Alain Barbier, chargée en particulier de la réalisation du magazine. Nous demandons à un journaliste de La Nouvelle République, Donat Gilbert, d’en assurer la rédaction. Nous débutons avec 112 pages, dont 44 consacrées à la publicité de 116 annonceurs...

Un an plus tard, vous créez “La Touraine au jardin des chiffres”, aujourd’hui diffusée sur internet. Qu’attendiez-vous d’un tel document ?

Robert Frémont : Dans chacun des organismes tourangeaux, il existait une grande quantité de données, inexploitées et peu diffusées. Cette publication était destinée à les rassembler et à les organiser afin de disposer d’un outil d’aide à la décision.

Trente ans après, quel regard portez-vous sur Touraine Economique ?

Robert Frémont : Je regrette une certaine froideur dans la manière de traiter l’information...On n’écrit plus de la même façon. J’aimerais un peu plus de chaleur...

Il est vrai qu’au début des années 70, le magazine comporte un “Carnet” qui annonce les naissances, les fiançailles, les mariages, les décès dans les familles des membres de la CCI et celles des ressortissants. L’information est délivrée dans un style académique, très révérencieux....

Robert Frémont : Ce qui n’empêchait pas de dire sans détours ce que j’avais à dire ! En 1976, nous avons publié le discours prononcé lors d’une assemblée générale (voir ci-dessous) à Loches. Relisez-le ! Il est même tout à fait d’actualité !

Vous avez exercé la médecine durant dix ans. Est-ce pour cette raison que vos anciens collaborateurs vous attribuent volontiers la qualité d’humaniste ?

Robert Frémont : Vous savez, j’ai eu mon bac à 17 ans en 1932, puis je suis entré à l’Ecole de médecine de Tours. Dès la deuxième année, les étudiants étaient mis en contact avec l’hôpital, exerçant des responsabilités auprès des malades. J’ai assisté à des amputations sans anesthésie, suivi les travaux à la morgue... Très tôt, à cause de cela, j’ai été confronté à ce qui me semble le plus important chez l’homme : la maladie et la mort.

La direction d’entreprise, c’est un autre monde...

Robert Frémont : Je suis resté très profondément médecin. Lorsque, pour des raisons familiales, j’ai pris la direction de Gault et Frémont, j’ai dû, là aussi, intervenir auprès des gens : les ouvriers étaient alors payés à la semaine ; j’ai été le premier en Touraine à les payer au mois. Pour leur permettre d’ouvrir un compte en banque, afin qu’ils ne transportent plus sur eux autant d’argent liquide, je leur ai fait cadeau de leur premier dépôt. Je suis souvent intervenu pour obtenir des logements pour les salariés de l’entreprise, ainsi que pour sortir de situations particulièrement délicates dans lesquelles certains s’étaient mis. A cette époque, les dirigeants étaient dans l’obligation de faire du paternalisme !

Mais un jour, vous vous êtes retrouvé face aux “jeunes loups” de la société Jacques Borel International, concessionnaire de la restauration sur les aires d’autouroutes. Une autre forme de relations s’annonçait.

Robert Frémont : En prévision de l’arrivée de l’autoroute, nous avions créé une association avec la Chambre de commerce régionale, la Soproceval. Elle avait pour vocation d’assurer la promotion des produits locaux sur les aires de services autoroutières de la région au sein de boutiques gérées par l’association. C’était un mode de gestion nouveau. Il fallait savoir qui faisait quoi, gérer les soucis financiers, et faire accepter par Jacques Borel, roi des premiers “fast food”, la présence de boutiques où l’on vendrait du vin, de la charcuterie et où l’on présenterait l’activité industrielle de la région. Je découvrais une autre manière de travailler. J’avais en face de moi une équipe de jeunes hommes de grande qualité, pleins d’idées et de dynamisme. Il fallait réfléchir vite ! J’ai appris d’eux beaucoup de choses ! Finalement, nous avons réussi puisque, lorsque Borel a été repris par le groupe Accor, un certain nombre de fournisseurs ont suivi.

Vous avez été, en Touraine, Président du tribunal de commerce, de l’UIP - aujourd’hui le Medef - de la CCI, du Comité d’expansion, de la Banque Populaire et, au plan régional, de l’ADEC, entre autres responsabilités. Boulimique ?

Robert Frémont : J’aime apprendre, j’étais bien entouré et bien organisé. J’ai en effet été un responsable durant un certain temps, successivement, jamais tout en même temps. Un jour, j’ai cessé volontairement tous mes mandats. Cela n’a été ni facile ni agréable : du jour au lendemain, vous n’êtes plus rien et je comprends que les hommes s’accrochent à leur siège ! J’ai cependant conservé des relations privilégiées avec tous les organismes dont j’ai été le responsable un certain temps, je rends encore des services pour certains d’entre eux et je suis toujours membre associé de la Chambre, grâce à la gentillesse du Président qui m’accueille. Ce qui me permet d’observer qu’il est toujours aussi difficile de faire prendre conscience aux adhérents de tout ce que la CCI peut leur apporter. En cela, rien n’a changé !

Propos recueillis par Odile Ménard

1971-1976
Quand Robert Frémont était président

1974-1975 : construction de l'extension de la CCI, rue Berthelot à Tours.

1971
• Robert Frémont est élu président de la CCI. Chaque soir à 17 heures, il arrive à la CCI et gare sa Matra rouge dans la cour d’honneur.
• La CCI emploie 15 salariés. Alfred de Giry est alors secrétaire général.

1972
• Création du magazine Touraine Economique.
• Organisation d’une réunion sur la nouvelle réglementation de l’étiquetage des prix.
• Création de l’IFCIL, institut de formation continue.
• La CCI émet “un avis très favorable au projet d’autoroute Tours-Angers. Elle en souhaite la réalisation rapide, ainsi qu’elle en a toujours soutenu le principe depuis plusieurs années.”
• Intervention pour que l’ANPE d’Indre-et-Loire soit dotée des structures suffisantes.
•Participation à la réalisation de la brochure éditée par l’Union patronale : “Trouver un emploi en Touraine”.
• Création d’un service de documentation et de la “revue de presse”.
•Participation à l’organisation de l’exposition “Dynatouraine”.

1973
•Le marché de gros quitte les halles de Tours pour Rochepinard.
• Septembre : création de “La Touraine au jardin des chiffres”, sous la responsabilité de Philippe Verbe.
• Edition d’une plaquette “Pour vivre mieux, Touraine !”
• Mise au point avec une agence de voyage anglaise de vols charters, qui amèneront au printemps 1 500 touristes anglais en Touraine transportés par 36 avions.
• Aménagements à l’aérogare civile de Tours-Saint-Symphorien.
• Intervention auprès de la direction des Télécommunications pour améliorer le fonctionnement défectueux du téléphone.
• Poursuite de la réalisation de la deuxième zone industrielle sur les communes de Saint-Pierre-des-Corps et la Ville-aux-Dames.

Cette année-là :
• Avril : mise en service de la “déviation autoroutière” de Tours.
• Juillet : Jean Royer, maire de Tours, est nommé ministre du commerce et de l’artisanat.
• 1er octobre : naissance de la région Centre.

1974
• 11 février : élections consulaires. Instauration d’un groupe “services”. Le nombre de membres de la CCI passe de 20 à 30.
• 18 avril : TAT inaugure une liaison quotidienne Tours-Londres.
• 26 septembre : inauguration des nouveaux aménagements de l’aéroport. L’équipement ILS permet un atterrissage par tous les temps.

Cette année-là en Touraine :
• Jean Royer est candidat à la présidence de la République.
• 18 juillet : ouverture de l’autoroute Paris-Tours.

1975
• 15 mai : un airbus amène à Tours 250 directeurs d’offices de tourisme de 25 pays.
• 15 novembre : l’ICIL s’installe dans la nouvelle extension de la CCI, rue Berthelot.

1976
• Début des travaux place des Halles à Tours.
• Robert Frémont succède à Etienne Dufour à la présidence du Comité d’expansion économique.
• Septembre : ouverture à la CCI d’un service social pour les commerçants et les industriels non salariés.
• 25 octobre : Alain Barbier succède à Robert Frémont à la présidence de la CCI.
• 31 décembre : Didier Majau devient secrétaire général de la CCI et responsable de Touraine Economique en remplacement d’Alfred de Giry, qui prend sa retraite.
• La CCI emploie 40 salariés.

2002
• Robert Frémont roule toujours en Matra.


C’ETAIT EN 1976
“Les chefs d’entreprise sont amers”

En 1976, à Loches, Robert Frémont prononce un discours mémorable devant les délégués consulaires et les représentants de l’Etat, les acteurs politiques et économiques. Il note une légère reprise mais s’inquiète de la situation de l’emploi qui demeure préoccupante, “malgré les efforts déployés par les chefs d’entreprise et les milieux patronaux qui ont veillé à réduire les horaires plutôt que procéder à des licenciements. Ainsi, les chefs d’entreprise ont conscience d’avoir rempli leur devoir et assumé leurs responsabilités. Et cependant ils ressentent un profond malaise, car ils ont l’impression d’être considérés à la fois comme des vaches à lait et de dangereux suspects. De toutes parts jaillissent des mesures tendant à faire supporter à l’entreprise le coût de nouvelles réformes. A cela s’ajoutent un climat de suspicion et de dénigrement et des contrôles permanents à l’égard des entreprises. Des textes affluent de tous côtés venant entraver les initiatives et contraindre les dirigeants d’entreprise à limiter leur liberté d’action... Si un chef d’entreprise fait des bénéfices, c’est un forban ; s’il fait des pertes, c’est un incapable ! Il est grand temps que la France prenne conscience que les entreprises sont sa richesse et qu’elle doit leur donner la juste place qui leur revient”.