Des marchés et des hommes
![]()
Imprimerie :
il faut sadapter pour survivre
Cyberespaces
Gutenberg passe au numérique
Le secteur de limprimerie est passé en trois décennies des caractères en plomb au tout numérique. Pour continuer dexister, les imprimeurs ont dû évoluer sans cesse, investir dans des machines très coûteuses et se mettre au service de clients de plus en plus exigeants. La Touraine est riche dune tradition graphique qui remonte au XVIIIème siècle. Un seul nom suffit à lévoquer : Mame. Fondée en 1796, cette entreprise familiale dimprimeurs-libraires doit beaucoup au petit-fils du fondateur, Alfred Mame, qui consacra sa vie à sa passion du livre. En 1845, il conçoit le projet ambitieux dintégrer en une filière complète tous les stades et procédés de fabrication du livre, de larbre à la diffusion des ouvrages, en passant par la fabrication du papier et la mise au point des encres. En 1986, la maison Mame rejoint le groupe Serge Laski, qui comporte au total cinq établissements, dont Gibert Clarey SA. Spécialisée dans lédition publicitaire, cette société compte parmi ses clients des noms de la grande distribution (les Galeries Lafayette), des banques (la Société Générale)... Avec un chiffre daffaires supérieur à 600 MF et un effectif de près de 700 salariés, le groupe Serge Laski se classe parmi les dix premiers imprimeurs nationaux.
La tradition de limprimerie demeure en Touraine, où les industries graphiques occupent le cinquième rang des activités industrielles. Le Centre constitue ainsi la deuxième région graphique après lIle-de-France. Avec 80 entreprises employant plus de 6 000 salariés, le tonnage imprimé - estimé à 500 000 tonnes - représente 15 % du total national.
Bâtisseurs dans lâme
Parmi les dirigeants des entreprises graphiques, nombreux sont ceux qui sont partis de rien et ont fondé la réussite de leur entreprise sur leur passion pour le métier dimprimeur. Fuite en avant
Fort de quinze ans dexpérience dans le domaine du cartonnage, Bernard Plat fonde en 1986 lentreprise Etiqroll, spécialisée dans limpression détiquettes adhésives en rouleaux. Il débute sur 150 m2 et avec un seul et unique collaborateur. Aujourdhui, Etiqroll sétend sur 2 900 m2, emploie 50 salariés et réalise un chiffre daffaires de 40 millions de francs. Cette réussite sappuie sur des choix audacieux. En 1990, Bernard Plat est le premier, dans le secteur de létiquette adhésive, à se lancer dans une technologie importée du Japon : loffset waterless U. V. (offset sans mouillage). Ce procédé permet dobtenir une meilleure définition de limage. Pour Etiqroll, qui a été la première entreprise à développer létiquette adhésive dans le Val de Loire dans le domaine viticole, cétait un avantage supplémentaire. B. Plat continue dinnover en introduisant en 1998 dans ses ateliers le procédé de la sérigraphie, grâce auquel il est possible dimprimer sur des matériaux transparents...
![]()
Limprimerie Baugé est présente en Touraine depuis près dun siècle. Cest une entreprise familiale dont les activités génèrent un chiffre daffaires de 169 MF et qui emploie 130 personnes. Elle est restée artisanale jusquen 1962, date à laquelle a été créée la société actuelle. Elle a connu lévolution technologique des métiers de lindustrie graphique. Cinq rotatives sont aujourdhui en production dans des locaux qui couvrent 14 000 m2. Des lignes de finition complexes, installées derrière chaque rotative, ont permis de satisfaire une clientèle orientée vers la publicité et le marketing direct. Les plus grand annonceurs sont ses clients : banques, organismes de crédit, grands magasins, compagnies dassurances, fabricants de produits cosmétiques, secteur public, entreprises de VPC, etc.
Nous sommes des artisans industriels.
Ils étaient trois à lorigine : Edmond Vincent et deux compagnons, dont Jean-Claude Jallot. Il y a quarante ans, à la suite du décès de son cousin et mentor, J.-C. Jallot prend la tête de limprimerie quEdmond avait montée. Vincent Imprimeries emploie à ce jour 380 personnes, réparties en plusieurs établissements, et réalise un chiffre daffaires de 430 millions de francs. Erick Broquerie, directeur des imprimeries Vincent, revient sur le parcours de leur actuel PDG. Dès le début de sa carrière, J.-C. Jallot a misé sur les créatifs des agences de publicité parisiennes, qui faisaient timidement leur apparition dans les années 60... La tradition voulait que lon vienne à limprimeur ; lui, a fait la démarche inverse. Il avait en tête ce quil voulait pour son imprimerie et il a tout mis en oeuvre pour créer loutil adapté à ses ambitions. Aujourdhui, lentreprise dispose dun parc de machines feuilles et rotatives qui la classe parmi les vingt premières en France. Ce qui nous fait avancer, cest dêtre imprimeurs. Nous sommes des artisans industriels.
Depuis une dizaine dannées, ces bâtisseurs se trouvent entraînés dans une véritable fuite en avant technologique.
Il est en fait tout proche le temps où lon composait les textes destinés à être imprimés en alignant des caractères en plomb... Les années 70 marquent dabord le passage à la photocomposition. Les imprimeries séquipent peu à peu de rotatives offset dans les années 80, puis cest larrivée du numérique, que le secteur est encore loin de maîtriser. Daniel Jourdain, président du directoire du groupe Serge Laski, constate ainsi que les fichiers fournis par les clients sont très souvent sources derreurs, et quil est indispensable den vérifier dabord la qualité avant de les traiter par des procédés numériques. Pour Erick Broquerie, le secteur a fait 60 % du chemin. Reste, dans les prochaines années, à trouver des standards numériques pour limprimerie.
![]()
Larrivée de la PAO, il y a quinze ans, a provoqué maints bouleversements, en particulier du côté des petites entreprises de compogravure, comme celle de Jean-Claude Lagoutte. Grâce à la PAO, les imprimeries ont peu à peu assuré elles-mêmes le travail de compogravure qui était le coeur de notre activité. Il est arrivé un moment où je nai pas eu le choix : je devais mettre sur pied une imprimerie ou changer de métier... ! explique-t-il. Cest ainsi quen janvier 1999, il crée sa propre imprimerie. Elle réalise aujourdhui un chiffre daffaires de 5,5 millions de francs.
De moins en moins cher
La pression technologique se répercute logiquement sur les prix. Si lon me demande quel est le souci N° 1 dun imprimeur aujourdhui, cest incontestablement la baisse des marges, due à la pression des prix - ce qui a pour conséquence de freiner les investissements affirme Gilles Le Goff, directeur de lunité Europe du Sud de Systémédia. Cette division de la société dinformatique américaine NCR, premier fabricant mondial de rouleaux - pour caisses enregistreuses, guichets automatiques bancaires, etc. - annonce un chiffre daffaires de 177 millions de francs pour la partie imprimerie de son activité. Le souci majeur des imprimeries Vincent : vivre et survivre !, ajoute E. Broquerie. Cest la même préoccupation quen une assertion Daniel Jourdain résume : Nous sommes des prestataires de services....
Cela signifie quil ny a pas plus impérieuse nécessité pour un imprimeur aujourdhui que de répondre au plus près à la demande de ses clients, sous peine de les perdre au profit dun concurrent. Cette logique de marché oblige les entreprises à investir dans du matériel extrêmement performant, quil faut de plus renouveler sans cesse. La profession doit donc recourir massivement à de nouveaux capitaux, quil est ensuite indispensable de rentabiliser en faisant tourner les rotatives au maximum.
De plus en plus vite
Chez Standard Forms, N°1 de la VPC dimprimés professionnels (23 millions de francs de chiffre daffaires), il ny a pas une minute à perdre pour satisfaire les clients : Nous travaillons constamment en flux tendus, commente Christophe Cheneau, responsable marketing de cette filiale de la société américaine Nebs, qui vient de fêter ses 50 ans. Le travail est organisé de façon très minutieuse. Tous les imprimés que nous proposons dans nos six catalogues (factures, bons de commande, etc.) sont stockés, prêts à être expédiés, tels quels ou personnalisés (au nom du garage, du restaurant, du camping qui en fait la demande) sur nos machines offset de bureau. Aujourdhui, les exigences des clients en termes de qualité et de rapidité se sont réellement accrues, ajoute-t-il. Pour nous, la notion de service est centrale. Cest une manière de procéder qui nous vient en droite ligne de la culture américaine.
Renaissance : le réveil lochois Presse et impression
Le premier numéro de lhebdomadaire La Renaissance Lochoise est paru en 1926. Véritable institution, le journal veut aujourdhui évoluer. Sous limpulsion de la famille dOcagne, principal actionnaire de la SA Le Réveil Lochois (15 personnes, CA 6 MF dont 40 % proviennent du journal) et de Bénédicte de Chivré, directrice, la conquête de nouveaux marchés de création graphique et dimprimerie est lancée : la clientèle est aujourdhui parisienne et tourangelle. Quant au journal, actuellement tiré à 6 000 exemplaires, il est vendu à 60 % par abonnement et lu par 25 000 personnes. Linformation couvre le Lochois, la Touraine du Sud et les vallées de lIndre et de lIndrois. Bénédicte de Chivré annonce clairement ses projets : Continuer denrichir de nouveaux matériels numériques le studio graphique, déjà à la pointe de la technologie, investir dans un équipement de photogravure qui rendra lentreprise autonome, compléter loffre de services de la boutique et donner à La Renaissance Lochoise un positionnement Touraine. Un personnel en mutationCette évolution entre dans les compétences de Bénédicte de Chivré, aux commandes depuis un an : son diplôme HEC et son expérience parisienne de dix années en agence de communication lamènent à exiger la qualité totale et une gestion de production pointue. Lentreprise va poursuivre en 2002 les investissements lancés en 2001, représentant sur deux ans plus dun million de francs.
Contact : 02 47 91 30 60
E-mail : renaissance.chivre@wanadoo.fr
OM
Dans les ateliers dimprimerie, le personnel sest continuellement formé aux nouvelles techniques mais linformatisation constante du secteur conduit à le renouveler en partie.
Dans les ateliers dimprimerie, le personnel sest continuellement formé aux nouvelles techniques mais linformatisation constante du secteur conduit à le renouveler en partie. Cest avec lensemble de ses collaborateurs (8 salariés aujourdhui) que Jean-Claude Lagoutte a pris la décision de monter une imprimerie. Tous connaissaient le métier - même si lentreprise sétait spécialisée dans le pré-presse. Restait quand même à se familiariser avec des outils de travail informati-sés... Comme dans toutes les imprimeries, le personnel sest donc formé, faisant preuve de grandes capacités dadaptation.
Chez NumériScann 37, PME également passée de la photogravure à limprimerie (en 1997), dont le chiffre daffaires atteint 14 millions de francs, le personnel est très polyvalent, témoigne Michel Bodinier, directeur. Nous allons bientôt mettre en place le procédé du CTP (Computer To Plate). Il permet de supprimer létape de confection des films, en passant directement du support numérique fourni par le client à la mise au point des plaques daluminium, prêtes à être introduites dans les rotatives. Il faudra, une fois de plus, redéfinir la répartition du travail, se former au nouveau matériel...
Les imprimeries Vincent nont jamais eu à recourir aux licenciements, en dépit de la modernisation constante de leurs unités de production. Il y a dans lentreprise très peu de turn over mais beaucoup de formation et de promotion internes, constate Erick Broquerie. Bien sûr, nos plus jeunes recrues sont incomparablement plus à laise avec les procédures informatiques que les personnes ayant vingt ans dâge dans la maison. Mais le brassage des générations est positif : un excellent informaticien qui ne sait rien du métier dimprimeur est très vite bloqué dans son travail. Cest là que les compétences de ses aînés savèrent très précieuses.
Dompter les machines
Il nempêche que le personnel du secteur a dores et déjà besoin dêtre largement renouvelé, dabord parce quil est âgé, pour une grande part, ensuite parce quil ne peut, à lui seul, prendre en charge tous les bouleversements technologiques en cours. On estime que 25 % de la main-doeuvre dans limprimerie devrait prochainement disparaître, souligne Pierre Baugé.
Le secteur recrutera donc de plus en plus dinformaticiens ; de moins en moins de manuels. On le voit déjà dans les ateliers du groupe Serge Laski, où la salle dédiée au CTP est entièrement occupée par dimposantes machines quasi silencieuses. Quelques personnes seulement sont présentes, qui assurent, par écran dordinateur interposé, une surveillance permanente du processus de fabrication. Aujourdhui cependant, le recrutement de personnel compétent ne se fait pas sans mal, constate Pierre Baugé. Cest pourquoi nous avons développé une véritable politique de formation, à laquelle lentreprise consacre chaque année un budget très important. Quoi quil en soit, chaque imprimerie a son propre mode de fonctionnement et rien ne remplace la formation par alternance.
Dossier réalisé par Maï-Anne TRAN
Une fausse rivalité Internet et papier
Il y a dix ans, on a beaucoup entendu dire que le déferlement dInternet et de la communication virtuelle signerait bientôt la mort du papier. Or, on na jamais utilisé plus de papier quaujourdhui ! constate Gilles Le Goff (Systémédia). Dans le secteur de limprimerie, on affiche une grande sérénité quant à lavenir du support papier face aux nouvelles technologies de linformation et de la communication. Le recours au papier croît en effet de 3 % par an actuellement. Ainsi, les chiffres enregistrés en lan 2000 dépassent en volume produit et en nombre de titres ceux des dix années précédentes. Pour Daniel Jourdain (groupe Serge Laski), les supports papier et numérique sont en fait complémentaires. Ce nest pas parce quon imprimera, par exemple, moins dannuaires à lavenir que le secteur va dépérir. Les nouveaux moyens de communication sont au contraire générateurs de nouveaux marchés pour limprimerie... Contacts :
Groupe Serge Laski : 02 47 36 34 34 - www.groupe-serge-laski.com
Etiqroll : 02 47 52 56 52 - info@etiqroll.fr
Vincent Imprimeries : 02 47 39 39 52 - dir@imp-vincent.fr
Baugé Imprimeur : 02 47 91 81 81 - nicolas.bauge@wanadoo.fr
Lagoutte Imprimeur : 02 47 85 15 15 - lagoutte2@wanadoo.fr
NCR France -
Division Systémédia : 02 47 23 38 00 - www.ncr.com/ncr-france
Standard Forms : 02 47 29 80 40 - SFL@NEBS.COM
Numériscann 37 : 02 47 37 53 54 - numeriscann-37@wanadoo.fr
Dossier réalisé par Maï-Anne TRAN