Un marché en pleine croissance mais fragile

Cultivons
notre jardin

Les jardineries et les jardins connaissent un succès sans précédent auprès d’une clientèle large et passionnée. Partout le succès tient à l’imagination, à condition que la météo, les 35 heures et la pénurie de personnel ne conduisent tout droit du coin de paradis à l’enfer !

Les années quatre-vingt dix ont fait du jardin un lieu d’expression du mode de vie, des aspirations de chacun, un espace de loisir naturel et pourtant très sophistiqué. Bref, un thème porteur en Touraine, tant en termes d’attractivité touristique que de marché économique. Résultat : une alternative au tourisme des châteaux, un nombre croissant d’ouverture ou d’extension de jardineries, de rayons consacrés au végétal dans les grandes surfaces alimentaires ou de bricolage, et de plus en plus de jeunes en formation.

Le potager fait recette

“Aujourd’hui, ce secteur compte pléthore de diplômés en BTS séduits par le côté “environnement et nature” du métier. Mais il n’y a pas assez de chefs d’équipe ou d’ouvriers hautement qualifiés, ce qui crée une réelle difficulté d’emploi” estime Michel Bordessoul, directeur de l’agence Stenuit à Chambray-lès-Tours. Parallèlement, les châteaux se sont aussi orientés vers l’ouverture de leurs jardins et déploient de gros efforts financiers, rentables rapidement, pour attirer une clientèle qui a tendance à bouder les sites historiques. Faire visiter un jardin, un parc ou un potager est actuellement un atout considérable qui peut augmenter la fréquentation. Henri Carvallo, propriétaire du château de Villandry, considère que “s’il n’y avait pas les jardins à visiter, le monument compterait environ 55 000 entrées par an au lieu des 363 000 billets vendus”.

Les terres inondables rendent créatif

La Touraine compte plus de cent quarante entreprises paysagistes, des marchés aux fleurs exhubérants, de nombreux jardins et parcs étonnants dont certains constituent des entreprises privées. Les jardins publics ne sont pas en reste : le Conseil général cultive avec bonheur les roses au Prieuré Saint-Cosme ou les herbes au jardin médiéval du donjon de Loches, une ville qui se lance avec Perrusson et Beaulieu-lès-Loches dans un vaste programme d’espace ludique et pédagogique en aménageant les prairies inondables de l’Indre. A Tours, la Gloriette livre aussi aux visiteurs ses cinq hectares inondables, agrémentés d’aménagements légers, les cabanes, et d’un parcours ludique autour de thématiques rurales, écologiques ou techniques.

La Touraine mérite plus que jamais son titre envié de Jardin de la France. Nous sommes allés vérifier sur le terrain comment il pousse cette année et, auprès de plusieurs entreprises qui cultivent le genre, comment croît le marché qui a souffert des pluies abondantes, ces derniers mois, aussi pénalisantes pour les paysagistes que pour les producteurs et les surfaces de vente. Mais déjà le soleil a ravivé la ferveur des consommateurs et des visiteurs....

Horticulture et TPE
Marché aux fleurs :
un baromètre

Arie Van Delft est président du syndicat national horticole UNIFLOR auquel adhèrent plus de trois mille entreprises : pépiniéristes, horticulteurs, fleuristes et paysagistes. Il a le sourire car “au niveau national, ce sont plus de dix mille emplois qui ont été créés l’an passé. C’est un secteur en hausse qui va continuer à se développer, à se spécialiser et les trente-cinq heures vont augmenter les perspectives d’emploi.” Témoignage vivant, le marché aux fleurs de Tours, bi-hebdomadaire (2000 m2/ 480 mètres linéaires), compte soixante exposants, tous installés en entreprise individuelle de deux ou trois personnes. Ces TPE sont en général implantées dans des communes rurales et leur zone de chalandise est très locale. Le marché, quant à lui, draîne des chalands de tous les départements limitrophes, soit cinq à sept mille clients par jour de marché. Comme l’explique Alain Peytour, vice-président des commerçants non sédentaires, “le jardinage est devenu une détente festive, ce n’est plus un moyen de subsistance. Les gens viennent au marché aux fleurs faire leurs achats pour le jardin, se promener, flâner, demander conseil. A chaque étal ils ont un sourire et un bonjour. Quant à la qualité, elle n’est plus à démontrer !”

Les jardineries s’agrandissent
La campagne à dix minutes de Tours :
un atout

Pépiniériste de métier, Jacky Faichaud a longtemps été propriétaire d’une jardinerie à Loches. Il a repris l’enseigne “Les amis verts” (six personnes) à Fondettes, il y a sept ans. Il s’agit presque d’une création puisque le magasin avait été fermé durant deux ans. Depuis l’ouverture, le nombre de clients a doublé (42 000 l’an dernier) et la surface de vente a été portée à 2500 m2. Les clients sont principalement des particuliers : “L’expansion des ventes en jardinerie correspond à un besoin de se sentir bien dans son jardin. Le passage aux trente-cinq heures hebdomadaires est aussi un facteur important : les gens ont plus de temps libre, ils jardinent et profitent des bienfaits de la vie au grand air. En plus des massifs fleuris, ils créent souvent un petit potager-plaisir”. Le rayon décoration est incontournable même s’il ne représente pas un chiffre d’affaires important : cache-pots, fleurs artificielles, bougies parfumées. Jacky Faichaud projette de doubler sa surface de vente en 2002 mais avec le passage à l’euro, les élections qui vont ralentir la consommation et la mise en place des trente-cinq heures... il attend de voir !

Pinguet :
artisan de la nature

Installés depuis 1840 en production de pépinière, la famille Pinguet a commencé par vendre uniquement aux horticulteurs, paysagistes, jardinerie. Depuis 1972, les efforts de la Sarl Pinguet (CA 41 MF, 45 personnes) se sont concentrés sur le développement de la vente aux particuliers. C’est en 1992 que l’entreprise s’est déplacée à Tours-Nord pour agrandir sa surface de vente, actuellement de 6 000 m2 dont 3 000 m2 en ex-térieur, et offrir 350 places de parking à la clientèle. Elle a pris alors l’enseigne Jardiland, un groupement auquel elle adhérait depuis vingt ans. Jacques Pinguet, actuel directeur, explique sa façon de travailler : “Nous vivons dans un environnement agréable mais il ne faut pas oublier que le végétal est vivant et nous subissons directement les variations climatiques : notre commerce est donc fragile. On le voit cette année où les plantations de bulbes, de pensées n’ont pas eu lieu en raison de la pluie. La concurrence et la saisonnalité de l’activité rendent le métier difficile. Nous sommes des professionnels du végétal et non des distributeurs de produits de jardin, nous vendons notre savoir-faire, nos conseils et notre compétence d’artisans de la nature.”

Jean-Pierre Meunier :
“mousquetaire” depuis quinze ans

Propriétaire de trois magasins Bricomarché à Pocé-sur-Cisse, Château-Renault et Bléré, Jean-Pierre Meunier gère 5 400 m2 de surface de vente (112 MF, 84 personnes) : “Il n’y a pas de relation directe entre la surface de vente et le chiffre d’affaires ; les jeux de plein air, la motoculture, le mobilier et le végétal ne peuvent pas s’empiler et il faut de la place pour présenter les produits !” Ses grandes surfaces de bricolage regroupent cinq secteurs d’activités : décoration, matériaux, bricolage, animalerie et jardinerie. Ce dernier rayon représente en moyenne 25 % du chiffre d’affaires global. Jean-Pierre Meunier emploie uniquement du personnel diplômé d’un B.E.P pépiniériste, fleuriste ou horticulture “car le consommateur a besoin de conseils, de prendre des idées et d’avoir un contact avant d’acheter. Il vient ici pour trouver un produit et un prix pour un panier moyen d’environ 150 francs”. Le réseau Bricomarché appartient à tous les adhérents qui consacrent un tiers de leur temps au groupement des Mousquetaires et sont partie prenante dans toutes les décisions, achats, orientations. “Ce système nous permet de connaître les clients et de prendre des décisions au niveau de nos structures, en amont et en adéquation avec le terrain : nous agissons immédiatement.”

Jardins privés : trois tendances

La Bourdaisière :
500 variétés de tomates

Sur un coup de coeur, les deux princes de Broglie ont acquis en 1991 le château de la Bourdaisière, inexploité de-puis de nombreuses années.” Aujourd’hui, le CA atteint 5MF, l’effectif salarié 10 à 20 personnes selon la saison, l’on accueille 25 000 visiteurs par an et le château dispose de vingt chambres d’hôtes ouvertes à l’année. L’hectare de potager, en friche il y a cinq ans, s’est transformé en Conservatoire de la tomate. Plus de cinq cents variétés sont répertoriées ainsi que deux cents plantes aromatiques. Des sponsors comme Le Creuset, Sidosol et Algoflash ont contribué à l’aventure, participant entre autres à la fête des plantes à Pâques et au lancement de l’atelier de dégustation” explique la directrice, Martine De Roquefeuil. Le groupement Saveol et Tomates de France sont partenaires du Festival de la tomate en septembre. Le Centre international du bulbe de Hollande a offert des milliers de bulbes de jacinthes, narcisses et tulipes et permis la création d’un Conservatoire du lys. Ce développement est possible grâce à un nouveau type de sponsoring sur un thème à succès : le jardin biologique et la conservation d’espèces rares.

Contact : 02 47 45 16 31
http://www.chateaux-France. com/-bourdaisière

Villandry :
les jardins au secours du château

Le château de Villandry (CA 12MF, 12 personnes) a vu sa fréquentation augmenter de 25 % en quatre ans, alors que celle des monuments historiques semble avoir stagné en raison de la diversification de l’offre et de l’ouverture de plusieurs parcs de loisirs. A Villandry, le jardin et la boutique d’articles sur le thème du végétal - vente des plants de Villandry, accessoires griffés “Le Prince jardinier”, décoration... - sont des vitrines prestigieuses pour le public qui vient chercher des idées... et des souvenirs ! Les entrées financent la totalité des salaires des dix jardiniers ainsi que les 4 MF annuels de gros travaux de restauration du site. Cette année, ce ne sont pas moins de deux cent-dix tilleuls qui ont été remplacés, à 7 000 FHT pièce. Depuis avril, Henri Carvallo a repris la gestion du restaurant et propose des repas sur le thème du légume : sandwiches, soupes, assiettes complètes... Si le jardin est un thème porteur, l’alimentation naturelle aussi.

Contact : 02 47 50 02 09
E-mail villandry@wanadoo.fr

Labyrinthus :
aux couleurs de l’Amazonie

Chaque été depuis six ans, maïs, sorgho, fleurs et végétaux insolites dessinent des labyrinthes géants. De 85 000 visiteurs en 1996 à Reignac-sur-Indre, Labyrinthus attend plus de 200 000 visiteurs cette année qui se promèneront à Reignac et à Cravans, dans le dédale des labyrinthes de l’Amazonie. Le concept développé se veut complet et les sponsors sont là : Univers Céréales entreprend une démarche d’information auprès du public sur l’enjeu agro-alimentaire, la fondation Yves Rocher contribue à la protection de la forêt amazonienne, Maïsadour sélectionne les semences pour un “maïs artistiquement modifié” et Nestlé parraine les livrets-jeux, distribue des goûters, des cadeaux aux enfants. Cinq autres sites existent en France, d’autres sont en projet comme au château de Valençay, l’an prochain.

Contact : 02 47 42 63 62
http://www.labyrinthus.fr

Dossier réalisé par Hedwige PFISTER

Technique
Stenuit, de l’intergreen à l’hydro-seeding

“Nous sommes plus proches du marché des travaux publics, voirie et réseaux divers que du métier de paysagiste mais il nous faut autant de connaissances en travaux publics qu’en botanique, en phytosanitaire...” Michel Bordessoul est directeur de l’agence Stenuit S.A. à Chambray-lès Tours (CA 13 MF, 30 salariés). La spécificité de Stenuit est la conception et l’entretien de terrains de football : ce sont des réalisations pointues où nous appliquons notre procédé “intergreen”, reconnu par la F.F.F. Une autre spécialisation de l’agence est l’engazonnement par projection au canon d’un mélange eau, graines et engrais, appelé “hydro-seeding”. Cette technique permet de “végétaliser” des talus inaccessibles aux engins habituels. Nos clients sont à 90 % les DDE, DDA, syndics, offices d’HLM, Conseil général, mairies.” Le passage aux 35 heures est en place depuis novembre 1999 : “Dans notre activité de prestation de service, les heures supplémentaires nous permettaient une certaine souplesse de travail et apportaient une amélioration des salaires du personnel de production... Cette année les précipitations répétées ont retardé l’exécution des chantiers. La nécessité d’embaucher du personnel intérimaire pour rattraper le travail urgent entraîne un surcoût très important sur des marchés à marges faibles.”

Contact : 02 47 28 08 52