Le Medef face à l’actualité

Le Président national du Medef, Ernest-Antoine Seillière, a bien voulu pour Touraine Economique expliquer la position de son mouvement sur les grands sujets qui préoccupent actuellement les PME : système social, euro, 35 heures et conjoncture.

Touraine Economique : Quels sont les grands chantiers du MEDEF pour les prochains mois ?

Ernest-Antoine Seillière : Comme vous le savez, nous avons initié il y a dix-huit mois, avec nos partenaires, une démarche très novatrice. Le vaste chantier de la Refondation Sociale vise à moderniser notre système social et à endiguer l’interventionnisme incessant de l’Etat dans ce domaine. La Refondation Sociale, aujourd’hui, et je m’en félicite, domine le débat public. Elle s’est déjà traduite par trois accords novateurs sur l’assurance chômage avec la création du PARE, sur la santé au travail et sur les retraites. Nous comptons mener à bien (avec le syndicalisme réformateur), dans les prochaines semaines, les chantiers engagés de la formation professionnelle et du dialogue social. Nous venons en outre de convier nos partenaires syndicaux à réfléchir avec nous à une nouvelle architecture du système d’assurance maladie. Et comme nous comptons à l’automne aborder les deux derniers chantiers de la Refondation Sociale, la place de l’encadrement et l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, vous m’accorderez que le MEDEF et les partenaires sociaux ont du pain sur la planche ! Je constate d’ailleurs, qu’hormis la Refondation Sociale, l’esprit de réforme ne souffle guère en France. Celui-ci souffle dans la plupart des pays européens : en Allemagne, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne et en Italie, mais en France les réformes structurelles sont sans cesse repoussées.

Avez-vous le sentiment que les entreprises se préparent bien au passage à l’euro ?

Ernest-Antoine Seillière : Nous avons fait réaliser par IPSOS, en mai dernier, un sondage auprès de quatre cents chefs d’entreprise de 10 à 500 salariés. A lecture de ce sondage, il apparaît nettement que la mobilisation est désormais bien engagée. A près de deux cents jours du passage à l’euro, les entrepreneurs de petites et moyennes entreprises intègrent bien l’euro dans les tâches à venir, même si l’ampleur du travail à accomplir et le délai pour y parvenir sont encore sous-estimés.

  • 91 % déclarent avoir com-mencé à planifier le processus de préparation,

  • 98 % ont fait ou prévu de réaliser des tests,

  • et 44 % des entreprises interrogées ont nommé un responsable euro.

Sur les douze mesures principales de passage à l’euro testées dans l’enquête, six sont préparées et organisées par une majorité des entreprises interrogées : elles concernent essentiellement la comptabilité. En revanche, des retards sont enregistrés en ce qui concerne la politique commerciale et la formation des salariés en contact avec la clientèle. Nous allons donc redoubler d’efforts avec l’ensemble des acteurs concernés - CCI, IFEC (Institut Français des Experts-Comptables et Commissaires aux Comptes), FBF (Fédération Bancaire Française) - pour que le passage à l’euro s’effectue dans les meilleures conditions possibles. Nous ne pouvons pas nous permettre, même si le changement de monnaie est une mission régalienne par excellence, de ne pas tout faire pour éviter que la bascule à l’euro se traduise par un “bug monétaire”.

Que peut apporter le MEDEF aux PME ?

Ernest-Antoine Seillière : La vocation du Mouvement des Entreprises de France est, comme son nom l’indique, de représenter l’ensemble des entreprises de notre pays, quels que soient leur taille, leur région ou leur secteur d’activité. Pour autant, il est clair que les grands groupes internationalisés ont moins besoin du MEDEF que les PME. Ils réalisent en effet souvent 80 % de leur chiffre d’affaires à l’étranger. Les conditions d’une croissance durable sur le site français ne sont donc pas leur priorité même si ces groupes sont logiquement très attachés à la préservation et au développement de l’attractivité du site France. La tâche prioritaire du MEDEF est donc de défendre toutes ces entreprises de terrain qui constituent l’essentiel de notre tissu économique. Pour cela, par l’intermédiaire des MEDEF territoriaux, nous interrogeons en permanence, grâce notamment à un réseau intranet et de nombreuses réunions d’information et de consultation, les entreprises petites et moyennes pour vérifier auprès d’elles que le point de vue exprimé publiquement par le MEDEF traduit bien leurs préoccupations, par exemple en matière fiscale ou en matière sociale.

Les 35 heures demeurent-elles la principale préoccupation des PME ?

Ernest-Antoine Seillière : Elles nous le disent toutes. L’application des 35 heures dans les entreprises pose des problèmes insolubles aux PME. Les salariés ne comprennent pas la limitation des gains de pouvoir d’achat, les clients ne comprennent pas les délais, les dirigeants ne comprennent pas le rationnement des heures supplémentaires. Dans les petites structures, les problèmes d’organisation, avec les jours de congé de RTT de la main d’oeuvre qualifiée et des cadres, sont de véritables casse-têtes. Tout ceci s’accompagne souvent d’une dégradation des rapports sociaux et des relations dans l’entreprise ainsi que d’un changement de l’attitude au travail. Il y a déjà de longs mois que nous avons attiré l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité d’assouplir les dispositions de la loi pour les PME. On feint d’en être conscient mais le Gouvernement ne fait rien. Ainsi le MEDEF demande :

  • que l’on laisse la liberté aux partenaires sociaux dans les branches professionnelles et dans les entreprises de fixer, par la né-gociation, le contingent d’heures supplémentaires,

  • que l’on laisse les bran-ches et les entreprises définir le régime s’appliquant aux cadres,

  • et que l’on laisse la liberté aux entreprises de moins de 21 salariés de passer ou non aux 35 heures au 1er janvier 2002 pour éviter des difficultés insurmontables.

Ces mesures d’assouplissement sont absolument nécessaires sinon le début de 2002, avec le passage aux 35 heures, la mise en place de l’euro et sans doute un ralentissement sensible de l’activité, risque d’être très tendu.