L’euro c’est facile... si tout le monde s’y met

Pionniers de l’euro : chapeau !

Des chefs d’entreprise de Touraine ont bien voulu raconter comment s’est effectué leur passage à l’euro : un moment historique qui ne fut pas une partie de plaisir, pour des raisons auxquelles ils ne s’attendaient pas.
Ils étaient volontaires. Leur système informatique était prêt, permettant de payer en euro les salaires, les factures, de faire les déclarations, etc. Globalement, tout se passe bien aujourd’hui. La technique suit et il s’avère que la perception des valeurs en euro n’est qu’une question de mois et même de semaines comme en témoigne Emmanuelle Maurey, comptable dans la société Saphir, fabricant de pompes à eau pour l’automobile à Saint-Cyr : “Francis Claude a créé la société en avril 2000 : il a choisi le “tout euro”. Les deux premiers mois, il m’était difficile d’avoir une notion des chiffres et des valeurs corres-pondantes. Après douze mois d’activité en euros, j’ai trouvé mes repères : je me suis fait un barême sur ce que valent dix, vingt, trente euros... Je n’ai plus besoin de convertir mes chiffres en francs, plus besoin de calculette. Et quand je fais mes courses, je repère aussitôt comment ont été traités les arrondis, souvent au-dessus pour le troisième chiffre...”
Mais cet optimisme ne cache pas certaines évidences : “Contrôler une facture en euro, surtout quand l’équivalent en franc est affi-ché, prend huit minutes, contre cinq pour une facture en francs”. Denis Bouveau, responsable administratif et financier du site Farman à Tours, l’a vérifié. L’appréciation est différente, le risque d’erreur sur les chiffres est important. En cas d’erreur, une fois identifiée, qu’elle ait été faite par un client, le personnel de l’entreprise ou une administration - errare humanum est ! - elle engendre une perte de temps non négligeable, parfois considérable, pour être corrigée. “Au début, on nous renvoyait même notre facture !” se souvient Denis Bouveau. “Et pour payer nos vignettes auto, il nous a fallu présenter le texte de loi pour rappeler à l’administration que l’on pouvait régler en euro !”

Un passage semé d’embûches

Il n’est toujours pas facile de faire aujourd’hui rembourser par une caisse maladie des indemnités en euro. Chez Farman, comme chez Saphir, la première employant 113 personnes à Tours et la seconde, cinq, on en sait quelque chose ! Et c’est avec agacement que ces entreprises pionnières du passage à l’euro doivent commander spécialement certains formulaires de déclaration administrative dans la nouvelle monnaie et payer pour les obtenir ! Elles s’attendaient à ce qu’on déroule devant elles le tapis rouge...
Des problèmes apparaissent également lorsqu’il s’agit de négocier une affaire : ceux qui avaient l’habitude de répondre “banco” à une offre commerciale et de signer dans la foulée un contrat ou une commande à un fournisseur ou à un représentant de commerce prennent aujourd’hui le temps de la réflexion : ils veulent vérifier qu’ils ne se sont pas trompés sur les chiffres, évaluer les marges, s’assurer qu’on ne les roule pas dans la farine en profitant du changement de monnaie pour augmenter les tarifs... “A cause de l’euro, on vérifie tous les prix. Lors d’une négociation, l’acheteur prend en effet un temps de recul parce qu’il a peur de se tromper. Chacun est ainsi moins réactif lors des négociations,” confirme Denis Bouveau. Ce qui n’est pas pour rassurer ceux qui achètent chaque jour des pommes de terre, la société Estivin à Tours, par exemple, en négociant des prix au kilo déjà tout petits en francs et quasiment impalpables lorsqu’ils sont divisés par 6,55957 ! Chez Stern France à Tours, une filiale de Beghin Say, M. de Metz a dû changer son fusil d’épaule : “Au lieu de vendre au kilo, on a changé d’échelle et on vend aux 100 kg.”

Une occasion de communiquer

Conscient des difficultés qui surviendraient, M. Godefroy, directeur financier, le “monsieur euro” chez Dusolier Calberson (620 personnes), avait lancé dès 1998 une vaste campagne d’information auprès des collaborateurs et des clients : formations en cascade, du cadre au chauffeur, petits déjeuners formation pour les clients... “Cette opération s’est avérée très efficace. De grande ampleur, elle a permis à chacun de se familiariser avec l’euro, dans tous les aspects de notre métier. C’était aussi une volonté d’aider nos collaborateurs, dans leur vie personnelle, à passer sereine-ment le cap” raconte Jean-Pierre Moreau, directeur commercial. “J’ai récemment ressenti le besoin de relancer l’opération : c’est pour nous l’occasion de coupler une opération de communication sur l’euro avec une opération commerciale !”

Rien ne sert de courir...

... il faut partir à point. Remarquées actuellement à petite échelle, étant donné le faible nombre d’entreprises et commerces passés à l’euro, les difficultés prendront obligatoirement une autre ampleur - c’est mathématique - dès le 1er janvier 2002. D’où le ralentissement annoncé du rythme des affaires durant quelques mois. Raison de plus pour préparer dès maintenant le personnel de chaque entreprise, comme on l’a fait chez Dusolier à Tours, ou chez Sogéor : concepteur de logiciels pour la gestion d’entreprises de presse, en particulier, M. Cadu a souhaité faire former par la CCI ses équipes informatiques, afin qu’elles soient bien en phase avec les attentes des clients.
Il est nécessaire, plus que jamais, de se créer des repères en s’exerçant à lire un pied de facture, à rendre la monnaie en euro, à connaître et exprimer en euro le prix des produits courants, à répondre aux questions des acheteurs, autant d’éléments qui rassureront la clientèle et minimiseront autant que faire se peut la crise de confiance qui risque de se produire dans... neuf mois.

Odile MENARD

Passage à l’euro
Suivez le guide...

Vous vous posez une question sur l’euro ? Vous trouverez la réponse sur les différents espaces et numéros suivants :

Internet

  • Site CCI : www.touraine.cci.fr
  • Correspondant Euro à la CCI de Touraine : mbottemine@touraine.cci.fr
  • Minitel

  • 3615 Euro 2002
  • Téléphone

  • Numéro Vert : 08 00 01 2002
  • Comptoir de l’Euro : 02 47 47 2002
  • Correspondant Euro à la Trésorerie générale d’Indre-et-Loire : 02 47 31 76 06
  • Documentation

  • Euro-guide Entreprises : “Réussir l’Euro, c’est maintenant que ça se décide”. Disponible auprès du correspondant Euro à la Trésorerie générale d’Indre-et-Loire.
  • Recommandations

  • N’attendez surtout pas le 1er janvier 2002 pour procéder aux réflexions et à l’action qui s’imposent. Réglez le maximum de problèmes avant le 30 juin 2001 ; ; après, vos prestataires seront débordés.
  • Faites le point avec la trésorerie générale

    Pointez ci-dessous votre memento des 8 principales actions à entreprendre ou à valider :

    - Votre politique commerciale sera-t-elle adaptée au nouveau marché ?

  • oui
  • non
  • - Votre politique d’achat est-elle au point pour 2002 ?

  • oui
  • non
  • - Avez-vous choisi la date de basculement de votre comptabilité générale ?

  • oui
  • non
  • - Le dialogue avec les partenaires sociaux (pour les fiches de paie en euro, la formation, etc.) est-il engagé ?

  • oui
  • non
  • - Etes-vous sûr de la parfaite continuité de tous vos contrats ?

  • oui
  • non
  • - Quand allez-vous convertir votre capital social ?

    - Votre système informatique est-il compatible euro ?

  • oui
  • non
  • - Sinon, que devez-vous faire pour l’adapter avant le 30 juin 2001 ?

    - Avez-vous choisi une date de basculement bancaire cohérente ?

  • oui
  • non
  • Ils sont déjà passés à l’euro : Saphir, Dusolier, Farman.

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