Les petites banques ne le sont pas autant qu’on le dit

Mouvements bancaires

Trois banques spécialisées dans le service aux entreprises se trouvent actuellement sous les feux de l’actualité : Tarneaud vient de s’implanter, le CCF a intégré le groupe HSBC... qui vient de racheter Hervet, désormais privatisée. Que doivent attendre les entreprises tourangelles de ces changements ? Enquête à Tours.

“Si nous ne proposions pas un “plus”, nous n’existerions plus depuis longtemps !” estime Dominique Gromas, directeur adjoint de la Banque Hervet à Tours. Dans le paysage bancaire actuel, en effet, face aux grands réseaux, les “vieilles”, comme on les nomme (BNP, Crédit Lyonnais, Société Générale), et aux mutualistes (Crédit Agricole, Banque Populaire, Crédit Mutuel, Caisse d’Epargne, etc.), comment pourraient exister des établissements régionaux d’origine familiale tels que les banques Tarneaud ou Hervet, si le service apporté ne correspondait pas à des attentes spécifiques ?

Difficile de rester seul

Au début du XIXème siècle, la révolution industrielle a favorisé une formidable explosion des établissements bancaires. Au fil des années, disparitions, fusions, rachats, nationalisations, privatisations se sont succédés. Le mouvement se poursuit, l’indépendance se conjuguant désormais au passé. De toutes façons, “il est difficile de rester indépendant”, reconnaît Joël Lesur, directeur de l’agence Tarneaud à Tours, “et il y aura de moins en moins de banques locales à cause des contraintes de sécurité, d’informatique, également des contraintes réglementaires en matière de distribution de crédits”. Leur pouvoir de décision, a priori local et donc quasi immédiat, en pâtirait-il ? “Tout dépend sur quoi porte la décision et quels sont les risques encourus. Toutefois, s’adosser à un grand groupe ne peut que sécuriser les clients et leur ouvrir des portes” assure Joël Lesur. Selon Christian Lafitte, directeur de la succursale tourangelle du Crédit Commercial de France, “que la décision soit locale ou pas, cela ne porte pas préjudice au client. Il est même rassurant que la décision prise soit collégiale, qu’un dossier soit apprécié à différents niveaux surtout depuis que le CCF bénéficie d’une représentation mondiale après son rachat par la Hong-Kong and Shanghai Banking Corporation.”

Choisir ses clients

Ces trois banques d’entreprises ont en commun de n’avoir qu’un seul pignon sur rue en Touraine, un effectif local identique, un nombre limité d’agences en France et une politique commerciale spécifique. Sans complexes, elles avouent choisir leurs clients, selon des critères qui leur sont propres mais pas forcément élitistes : tous les secteurs les intéres-sent, une bonne part de fonds propres dans les entreprises les encourage ; certaines ne font pas dans la start up, d’autres, si ; elles sont souvent la seconde banque d’une PME ; elles gèrent également des comptes de particuliers, plutôt sélectionnés dans le haut de gamme. Bien intégrées au paysage tourangeau constitué de quatorze établissements commerciaux, y compris les banques mutualistes, elles sont membres de la nouvelle Fédération des banques françaises et sont donc concernées par tous les problèmes du moment, sécurité en tête.

Evénements


  • 1982 : nationalisation de nombreuses banques privées dont Tarneaud, le CCF et Hervet.
  • 1987 : retour à la privatisation pour nombre d’entre elles, dont Tarneaud et le CCF.
  • Mai 2000 : Tarneaud, une banque familiale créée à Limoges en 1809 et très bien implantée dans sa région, s’installe à Tours, dans les locaux du Crédit du Nord qui vient de lui apporter ses onze agences du “Grand Ouest”.
  • Juillet 2000 : le CCF est racheté par la Hong-Kong and Shanghai Banking Corporation, dont le siège est à Londres.
  • Février 2001 : privatisation de la Banque Hervet (la dernière des banques nationalisées en 1982) qui rejoint également le groupe HSBC.


  • Groupe Crédit du Nord
    Tarneaud : la famille s’enracine



    Elle reste attachée au terroir. Née en 1809 et toujours basée à Limoges, fondée par Jean-Baptiste Tarneaud, elle est aujourd’hui à nouveau dirigée par l’un des membres du clan, Jean-Loup Tarneaud. Entre-temps, elle a ouvert son capital en 1951 à la Banque de l’Union Parisienne devenue le Crédit du Nord, lui-même filiale à 80 % de la Société Générale. Elle a été introduite au Second Marché en 1988 après avoir été nationalisée en 1982 puis privatisée en 1987, comme nombre de banques. Jusqu’en mai 2000, la Banque Tarneaud s’est développée autour de Limoges, devenant une banque tout public, surtout depuis 1990. Elle jouit également d’un positionnement particulier avec une forte tradition de gestion patrimoniale depuis 1960. Son implantation à Tours date de mai 2000, lorsque le Crédit du Nord lui a apporté ses onze agences régionales. La Banque Tarneaud est aujourd’hui présente dans treize départements du Centre-Ouest, également à Paris, soit quarante-quatre agences.
    Dirigée par Joël Lesur, l’agence tourangelle emploie quinze personnes, la moitié des commerciaux étant affectée à la clientèle des entreprises : “Nous allons monter en puissance” annonce le directeur, arrivé en septembre dernier. “Le Crédit du Nord a entrepris une restructuration de son réseau commercial et accentué son aspect régional”. Le Groupe est déjà une fédération de banques régionales : Crédit du Nord, Banque Courtois, Banque Kolb, Banque Laydernier, Banque Lenoir et Bernard, Banque Nuger, Banque Rhône-Alpes, Banque Tarneaud.


    Repères
    Toujours des circuits courts


    Qui décide ?
    Il existe deux niveaux de décision : l’agence ou la direction générale. “Mais toujours des circuits courts. Aucun secteur n’est exclu, les critères de décision ne sont pas liés à un marché ni à une activité mais à des clignotants “risques”. Ce qui minore le niveau de délégation, ce sont des pertes répétées, des fonds propres négatifs...”
    Quant au délai, “pour un dossier qui n’est pas en délégation agence, la décision arrive en 48 heures.” Une réponse qui tient à l’organisation interne : “Nos chargés de clientèle ne gèrent pas de portefeuille lourd. Pour bien connaître nos clients, nous les voyons environ trois fois par an. Nos assistants commerciaux (bac + 4 ou 5), eux-mêmes futurs commerciaux, assurent le suivi. Pour s’implanter quelque part, il faut à la banque une capacité à conseiller et donc des commerciaux disponibles, ayant une grande capacité technique et un degré de connaissance qui permet de réagir. Pour pouvoir fonctionner, il faut une délégation décisionnelle importante, ce dont nous bénéficions.”

    Quelle prise de risque ?
    “Le risque que nous prenons dépend de la qualité de la relation avec le client. Evidemment, il nous faut en prendre le moins possible, car nous faisons des crédits avec... les dépôts des clients. “Nous sommes prudents sur la promotion immobilière, sauf s’il s’agit de l’accompagnement d’un client de longue date.”

    Qui sont vos clients ?
    “La Banque Tarneaud s’intéresse particulièrement aux créateurs d’entreprise, aux start up, à l’immobilier d’investissement ou d’habitation.”
    www.tarneaud.fr



    Groupe HSBC
    Crédit Commercial de France : l’esprit français


    Racheté par le géant HSBC, le Crédit Commercial de France ne se sent pas menacé, pas plus que l’établissement de Tours : “Tout d’abord, nous faisons partie des succursales qui marchent bien !” assure Jean de Bellegarde, directeur adjoint. “Nous allons être plus que jamais présents en Touraine et en Loir-et-Cher”, renchérit le directeur, Christian Lafitte : “Le CCF est devenu la principale plate-forme du Groupe HSBC dans la zone euro. Pas de changement dans notre politique : le CCF a toujours été partenaire d’un réseau international. Mais avec HSBC, nous devenons une banque de référence pour les grandes sociétés. Pour les petites, cela nous donne du poids et des moyens financiers plus puissants. Nous pouvons ainsi être la tête de pont d’une relation et apporter de la valeur à cette relation.”
    Créé en 1894 sous le nom de Banque Suisse et Française et implanté à Paris dès 1912, le CCF est présent depuis 1975 à Tours où vingt personnes travaillent. Près de six cents agences et succursales en France adhèrent au réseau bancaire du CCF, sous sa marque ou celles de banques régionales affiliées, auxquelles s’ajoutent les filiales spécialisées pour l’affacturage, le leasing immobilier, le crédit à la consommation sur internet, etc. Quant au Groupe HSBC, dont le siège est à Londres, il compte 6000 implantations dans 81 pays et emploie 170 000 personnes. Depuis l’acquisition du CCF, la France est le sixième des grands centres d’activités de la banque (chacun attirant plus d’un million de clients) après le Royaume-Uni, Hong-Kong, la Chine continentale, le Brésil, les Etats-Unis. “Avec HSBC, nous apportons un plus pour l’import export dans toutes les sociétés, quelle qu’en soit l’origine, pour l’entreprise de Touraine comme pour le groupe français qui cherche une référence mondiale.”
    Banque chic, le CCF ne fait jamais de publicité, si l’on excepte son partenariat avec la Fédération française d’équitation. La gestion de patrimoine se fait dans la plus grande discrétion. Quant à faire d’un bon prospect un nouveau client... “c’est le plus difficile !” explique Christian Lafitte. “Pour vendre à une personne ou à une entreprise qui va bien et qui n’a pas besoin de banque, il faut avoir de bons commerciaux !”


    Repères
    Des pouvoirs étendus


    Qui décide ?
    “Nous avons des pouvoirs étendus en matière de crédit. Cependant, les décisions sont prises collégialement. Mais 90 % du nombre de dossiers sont en notre pouvoir de décision pour des montants importants en court et moyen terme.”

    Quelle prise de risque ?
    “Quand on est banquier, on prend toujours des risques. Il faut croire à l’entreprise. Pour cela, le chef d’entreprise doit proposer un projet bien ficelé. Mais le banquier est également attentif à l’homme.”

    Qui sont vos clients ?
    “Nous couvrons les besoins des PME, principalement celles qui ont un CA de 20 à 200 MF. Nous faisons du sur-mesure pour des clients bien définis, des PME-PMI, avec une approche très personnalisée et dans tous les secteurs. Nous sommes particulièrement présents dans le rachat d’entreprises, leur développement, la gestion de patrimoine et de grandes fortunes.”
    www.ccf.fr



    Hervet :
    régionale dans l’âme


    Elle a été créée à Bourges en 1830. Nationalisée en 1982, elle vient d’être privatisée, entrant dans le groupe HSBC. La Banque Hervet compte aujourd’hui quatre-vingt sept agences en France dont quarante-huit en région Centre. Elle est présente à Tours depuis 25 ans où la succursale emploie quinze personnes sous la direction de Laurent Renard. “La PME constitue le métier historique de la Banque Hervet” explique Dominique Gromas, directeur adjoint. “Nous réalisons les deux tiers de notre activité avec les PME-PMI. Nos relations avec la clientèle privée contribuent à hauteur d’un tiers de notre produit net bancaire (le chiffre d’affaires des banques). Nous sommes une banque à taille humaine.
    Chez nous, les mots “interlocuteurs” et “accueil personnalisé” prennent toute leur dimension. En effet, nos chargés d’affaires n’ont pas des milliers de comptes à gérer et ils restent en poste pour des durées supérieures à celles que l’on peut constater par ailleurs. De fait, nous abordons nos relations avec la clientèle sous l’angle de la durée. C’est très important, notamment pour la clientèle privée, car nos conseils ne sont pas motivés par des campagnes “coup de poing”. D’ailleurs, lors de mon arrivée à la Banque Hervet, j’ai été surpris par la très grande fidélité que nous témoigne la clientèle”.


    Repères
    Une autonomie suffisante


    Que va changer votre privatisation ?
    “L’adossement de notre établissement à l’un des premiers groupes bancaires mondiaux va nous permettre d’offrir une gamme de produits et de services élargie. La place de la Banque Hervet dans le Berry constitue un attrait pour un établissement désireux de s’implanter dans la région Centre. Au plan national, un réseau de quatre-vingt sept agences n’est pas négligeable, notamment à Paris. De plus, notre clientèle de PME et de particuliers moyen et haut de gamme constitue un atout indéniable. Enfin, notre situation est solide et nous affichons de bons résultats. Nous allons conserver notre enseigne et notre autonomie.”

    Qui décide ?
    “Nous disposons localement de suffisamment d’autonomie pour décider de la majorité des dossiers. Nous intervenons surtout sur des crédits à court terme (besoin de trésorerie) et sur du crédit moyen terme lié à l’investissement.”

    Qui sont vos clients ?
    “Nous travaillons pour les deux-tiers avec des entreprises dont la plupart ont un CA compris entre 5 et 50 MF. Près de 25 000 entreprises ont un compte à la Banque Hervet. Historiquement, nos clients “privés” étaient les dirigeants des entreprises avec lesquelles nous travaillons. Nous développons depuis plusieurs années nos relations avec une clientèle de particuliers qui compte plus de 75 000 clients.”
    www.banque-hervet.fr



    Association
    De l’AFB à la FBF


    “L’Association Française des Banques devait bouger : il est en effet difficile aujourd’hui de différencier les banques mutualistes des autres” reconnaît M. Charrieau, président départemental de l’AFB et directeur du Crédit Lyonnais à Tours. Tandis que l’AFB disparaît, la Fédération Bancaire Française s’installe : elle existe depuis le 1er février 2001 et regroupe toutes les banques commerciales et établissements de crédit mutualistes que sont le Crédit Agricole, la Banque Populaire, la Caisse d’Epargne, etc. Dans la pratique, les AFB vont adhérer à la FBF qui rassemblera 512 banques françaises sous la présidence nationale de Jean Laurent, alors que l’AFB n’en rassemblait que 361.
    Pourquoi ce changement ? “Nous avons ressenti le besoin de nous regrouper, de régler ensemble nos problèmes communs et d’être plus forts auprès des différentes organisations. Actuellement, le problème numéro un, c’est la sécurité des convoyeurs de fonds. La FBF participe d’ailleurs à la commission préfectorale départementale créée autour de cette question. Elle est aussi présente dans les différentes instances économiques ou socio-professionnelles (Entreprendre en Touraine, l’Observatoire Euro, le MEDEF, par exemple) devenant l’interlocuteur des entreprises sur les grands sujets économiques ou de société du moment .”

    Contact : 02 47 31 34 56

    Dossier réalisé par Odile MENARD