2000-2003 : l’ouverture

Elu pour trois ans, le nouveau Bureau de la CCI de Touraine s’est prononcé pour une politique dynamique au service des entreprises et de la Touraine. Trois axes de travail ont été définis et quatorze objectifs fixés.

Roger Mahoudeau : “Des signaux forts pour la Touraine”

Il est le créateur et le président du Groupe STP Dépannage (400 personnes) à Tours. Il a été élu président de la CCI de Touraine le 15 décembre dernier. Roger Mahoudeau est un homme qui conjugue au quotidien service, efficacité et convivialité. Il veut mobiliser la Touraine autour de projets fédérateurs, porteurs d’une image forte.

Comment s’annonce cette nouvelle mandature ?

- Roger Mahoudeau : J’entends poursuivre les grandes orientations données par Michel Marchais, mon prédécesseur, en particulier sur la mission qui revient aux élus, c’est-à-dire aux chefs d’entreprise, d’élaborer la politique de la Chambre. Les axes de travail que nous avons définis lors d’un récent séminaire illustrent à la fois la continuité de l’action, le nécessaire renouvellement des hommes et des idées et la volonté de fédérer les initiatives porteuses pour la Touraine et les entrepreneurs.

Les élus vont-ils travailler de la même façon qu’auparavant ?

- Le Bureau a été renouvelé à plus de la moitié. Cinq nouveaux membres sur neuf y font leur entrée. Je tenais à ce que tous, nous soyons des chefs d’entreprise en activité, ce qui est le cas. J’ai également souhaité faire participer davantage l’ensemble des membres à la réflexion et à la mise en oeuvre de notre politique. C’est une manière de préparer la relève. Nous avons donc établi un programme d’actions autour de quatorze commissions de travail, nous engageant sur des objectifs précis.

La CCI va devoir évoluer dans un paysage différemment organisé...

- En effet. Nous assistons à un bouleversement de la gestion du territoire : notre action aux côtés des Pays, des Communautés de communes et de la communauté d’agglomération Tours-Plus sera donc prioritaire. La création d’un poste de vice-président spécialement chargé de l’action sur ces territoires en est la preuve. Nous voulons mieux coller au terrain pour irriguer la Touraine des idées auxquelles nous croyons. Concrètement, nous organiserons plus souvent qu’auparavant des réunions décentralisées dans les différents cantons et nous nous appuierons sur notre réseau de délégués consulaires pour bâtir nos propositions au sein des conseils de développement et des Communautés de communes. Mais surtout, nous avons la volonté de promouvoir la Touraine et d’intégrer notre réflexion et nos actions à celles qui sont déjà menées par les différents acteurs tourangeaux. Nous avons en particulier la chance d’entamer cette mandature alors même que le Val de Loire vient d’être classé par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité. Initié par Yves Dauge, maire de Chinon, ce classement devient un atout extraordinaire !

Un atout pour le tourisme, certes ! Qu’imaginez-vous d’autre ?

- C’est une occasion unique de faire de la Loire un thème porteur pour assurer le développement économique et touristique de la Touraine. C’est même sous l’idée d’une Loire vivante que je souhaite placer ma mandature, aux côtés de tous ceux qui travaillent déjà sur ce thème. Notre idée consiste à prendre une part active à toutes les initiatives soutenues par les uns et les autres. La Loire, c’est un thème transversal, mobilisateur et fédérateur. Elle n’a pas de couleur politique... Autour de l’eau, il est possible de monter des opérations avec des scientifiques, par exemple. Nous pourrons aussi travailler sur le développement de la navigabilité de la Loire, dans la ligne des heureuses initiatives de Jean Germain, de l’exploit des “Vikings” avec Yannick Favro, de l’accueil possible de bateaux à Saint-Cyr, de l’Observaloire à Rochecorbon, de la Maison de la Loire à Montlouis et des actions de diverses associations. L’eau, c’est aussi le vin et le tourisme vinicole à développer...

Et au quotidien, quelle sera votre action auprès des entreprises et des commerces ?

- Une nouvelle génération de consommateurs est née et il ne faut pas que nos entreprises fassent les frais de ces changements ! C’est pourquoi nous allons relancer un rapprochement entre les consommateurs, la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, et les entreprises - on se souvient des problèmes qu’ont connus certaines d’entre elles - également entre les producteurs et les donneurs d’ordres de la grande distribution : il vaudrait mieux vendre des pommes tourangelles que d’autres venues d’ailleurs...

D’autres problèmes surgissent aujourd’hui : celui, par exemple, du recrutement de personnel dans les entreprises...

- Nous sommes passés de la gestion de la crise du chômage à la gestion de la crise de l’emploi : à nous de savoir développer des partenariats avec les intervenants en matière de formation pour mettre en place, de l’école à l’université, celles qui manquent : sur les 9 % de demandeurs d’emploi restés au bord du chemin, 5 % doivent retrouver un emploi stable. Il faut les former et les adapter aux nouveaux métiers. Or nous disposons à la CCI du meilleur observatoire qui soit sur l’évolution des postes de travail et les attentes des entreprises, ainsi que des services compétents pour la formation, la qualification du personnel, le montage de dossier de demande d’aides à l’embauche, etc.

Le traitement des déchets industriels est également un sérieux problème...

- A ce propos, nous avons le sentiment qu’on ne prend pas en compte le grand chambardement du 1er janvier 2002, lorsqu’il ne faudra plus enfouir que les déchets ultimes. Tout a été prévu pour les ordures ménagères et rien pour les déchets industriels, alors que ces DIB représentent un volume quasiment identique ! Leur gestion va coûter de plus en plus cher. Certains départements voisins ont pris des dispositions, mais pas la Touraine. On peut imaginer que des entreprises pourraient s’installer auprès des sites de traitements existants... Il nous faut donc concrétiser en Touraine, avec le nouveau Conseil général, le projet initié et mené par Jean Delaneau sur des zones d’activités à haute qualité environnementale, qui permettraient d’attirer des entreprises demandeuses de services spécifiques en matière de traitements des rejets ou des déchets.

La croissance est là, qui n’empêche pas des PME de rencontrer des difficultés financières. Que peuvent-elles attendre de la CCI ?

- Nous sommes en mesure de leur apporter des conseils lors de la création, d’une reprise ou d’une phase de développement. Mais souvent, c’est d’un soutien dont elles ont seulement besoin pour obtenir la confiance des banques. J’ai connu cela il y a dix ans et j’ai aujourd’hui particulièrement à coeur d’aider les entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires de moins de 10 MF, souvent isolées et qui rencontrent des difficultés passagères. A l’image du Point D qui, dans la discrétion, fonctionne bien, nous organisons une commission qui tiendra le rôle d’un tour de table permanent, avec des élus de la CCI, des banquiers, etc., afin de trouver des solutions. Nous pourrons aussi réveiller les projets dormants qui, soutenus, pourraient faire décoller une entreprise ou apporter de nouveaux atouts de réussite, facilitant ainsi une transmission.

La période vous semble-t-elle favorable à une telle mobilisation de tous les acteurs économiques ?

- Je me sens une capacité à mobiliser, au delà des clivages politiques et de la conjoncture, des gens avec lesquels j’ai déjà travaillé dans une bonne entente. Je poursuis un vieux projet de marin dénommé en son temps “Force 7”, le vent idéal pour la voile ; nous pourrions dans cet esprit mettre autour d’une table toutes les forces vives de la Touraine : les trois chambres, qui ont déjà l’habitude de travailler ensemble, et les autres partenaires comme le MEDEF, la CGPME, l’UPA et la FUC, afin de nous engager sur un certain nombre de projets fédérateurs qui pourraient être des signaux forts des forces économiques locales. Il est plus que jamais nécessaire de communiquer sur une image porteuse et de tirer la Touraine par le haut !

Propos recueillis par Odile MENARD


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