L’environnement : un marché à explorer

L’environnement
donne des idées

Le marché de l’environnement est tiré par la réglementation. Il a de beaux jours devant lui si l’on considère les craintes qui gagnent les Français sur la sécurité alimentaire, la pollution de l’eau, de l’air, le bruit ou le volume des déchets à éliminer. En Touraine, de nombreuses entreprises ont déjà réagi.

 
C’est une mine ! L’environnement constitue en effet un axe de diversification ou de développement secondaire des activités des entreprises. L’eau, l’air et les déchets y sont prépondérants, selon l’enquête SESSI réalisée pour l’Ademe en 1997 qui répartit les éco-activités de l’industrie en fabrication (38,5 %), récupération (40 %) et collecte (21,5 %). En 1998, l’Institut français de l’environnement estimait le chiffre d’affaires des éco-industries (production des biens et services spécifiques par des entreprises spécialisées) à 160 milliards de francs, en hausse de 14 % pour les équipements (mais en stagnation pour les installations), grâce au développement du traitement des déchets et de leur valorisation. Dans ce domaine, ce sont les matériels d’élimination et de transport, comprenant les véhicules, qui prédominent. Dans celui de l’air, les fabrications concernent essentiellement les équipements d’épuration destinés à l’industrie. Suivent loin derrière les activités concernant les sols et le bruit. Il existe donc de gros marchés et de petites niches : en France, 25 % des entreprises intervenant dans ce secteur y réalisent moins de 20 % de leur CA et 40 %, la totalité.
Au plan local, le paysage ne semble pas différent : il existe, à côté des entreprises spécialisées dont c’est l’activité principale, des PME, voire TPE, qui ont trouvé dans le secteur de l’environnement un créneau de diversification à partir de leur savoir-faire et en fonction de leurs moyens de production. On le remarquera : cette diversification passe par des investissements conséquents qui obligent à anticiper une évolution de la réglementation pour assurer une rentabilité à moyen terme. Mais, comme le souligne le rapport de l’Ademe, “les entreprises craignent de ne plus pouvoir suivre l’évolution de la réglementation : elles estiment que la solvabilité de leurs clients n’est pas insondable et que le perfectionnisme risque de discréditer leur activité, donc de tuer leur marché”. Lequel, pourtant, est donné comme dynamique dans les prochaines années, surtout dans les métiers de services où les Français sont leaders alors que les pays d’Europe du Nord bénéficient d’une avance technologique qui devrait favoriser leurs exportations de matériel. En réponse, les pouvoirs publics ont multiplié les aides à la recherche, à l’investissement, au fonctionnement, à la formation, au recrutement, à la commercialisation via les salons, en plus des aides classiques à la création et au développement des entreprises. Parmi les PME tourangelles rencontrées, plusieurs ont, en effet, bénéficié de ces dispositifs, sans lesquels rien n’aurait été possible.
 
Protection de l’air

Mapar vend des filtres secs pour les cabines de peinture

“Désormais, dans les cabines de peinture nous utilisons des filtres secs en papier kraft, que nous importons des Etats-Unis” explique Jacques Aumaréchal, directeur de la société Mapar à Esvres (7 personnes, CA : 7,2 MF). Ces filtres secs se composent de plusieurs couches de papier kraft autoextinguible, fendu, qui captent 95 % des brouillards de peintures. Le dépôt des peintures se fait uniformément sur le filtre et permet l’évaporation des solvants. Après utilisation, les filtres sont stockés à l’abri de la lumière ou arrosés régulièrement pour éviter le développement de bactéries inflammables. Une entreprise spécialisée se charge de la destruction.
La société Mapar commercialise des équipements de cabines de peinture et des consommables. Auparavant, les particules de peinture étaient filtrées en fond de ca-bine par un rideau d’eau. Il fallait ensuite assainir l’eau, opération longue et coûteuse pour l’entreprise. De plus, l’efficacité du filtrage périclitait avec les années. Ce nouveau type de filtres devient donc un produit consommable, facile d’utilisation en hauteur ou en largeur et d’une efficacité constante.
Après avoir réalisé une étude de marché sur tout l’Ouest, Jacques Aumaréchal a commencé à importer les filtres secs en février 2000. Il vendait à peine vingt rouleaux par mois il y a un an, aujourd’hui ce sont au minimum cent rouleaux qui partent durant la même période.
Contact : 02.47.26.05.13


Déchets et recyclage

Compatibles fait recycler les cartouches d’imprimantes

“Les entreprises et les collectivités ne savent plus que faire de leurs cartouches d’imprimantes et toners vides. Qu’elles m’appellent, je suis collecteur !” Patrick Goujon est un chef d’entreprise heureux : il y a quinze mois, il a créé C.Compatibles à Tours (CA : 400 000 francs, deux personnes), une société de négoce de cartouches compatibles d’imprimantes laser, ruban et jet d’encre. Il s’est ensuite diversifié vers le recyclage des produits.
Tout commence par la collecte des cartouches vides qui sont ensuite répertoriées par référence et envoyées chez un sous-traitant qui transforme les cartouches et les réexpédie à C.Compatibles. La transformation consiste à réutiliser la cartouche d’origine, changer l’éponge encrée et les contacteurs.
Patrick Goujon se positionne sur le marché national, grâce à son site internet et aux divers moyens de paiement sécurisés. Il s’adresse également aux particuliers. Son entreprise est référencée au catalogue national des produits recyclés, édité par la DRIRE, sur le site de La Poste, Itinéris... Son objectif : “Devenir l’entreprise de référence en la matière en Touraine.”
Contact : 02.47.21.91.00
www.c-compatibles.com


Protection des paysages

L’osier protecteur et utile

Depuis la préhistoire, l’osier (autrement dit le saule) est utilisé pour la fabrication des paniers. “Nous développons cette plante fabuleuse dans des domaines différents et très variés”. Joël Rouillé, qui emploie deux personnes à Villaines-les-Rochers, perpétue la tradition des osiericulteurs-producteurs et ouvre le mar-ché dans d’autres directions, en particulier pour consolider les berges de rivières en fascine (osier vivant) plantée horizontalement. “L’osier remplace avantageusement le béton, dont les plaques se fissurent avec le temps. La plante maintient naturellement les berges par les racines, recrée l’écosystème tout en filtrant l’eau”. En effet, le saule a la propriété de fixer les nitrates et les métaux lourds qui ne polluent donc pas les nappes phréatiques. Cette technique est très utilisée dans le nord de la France pour le filtrage des boues d’épandage des stations d’épuration. Des parcours ludiques, des haies en fascine, des murs anti-bruit sont plantés dans des zones artisanales, des campings, en remplacement de grillages ou de barrières en plastique.
Autre avantage : le saule est également une énergie biomasse. Un hectare de saule produit l’équivalent d’énergie de plus de 5 m3 de pétrole.
Avec Valagro, Joël Rouillé étudie aussi l’utilisation et l’application de fibres de saule et de colles en substitution des matériaux composites. Un développement à suivre... Contact : 02.47.45.33.14
http://perso.club-internet.fr/jrouille


Emballage

Tolim compresse les boîtes de conserves

“Avoir un produit propre, c’est intéres-sant : nous avons un renouvellement de commandes mensuel et nous ne sommes pas soumis à la concurrence”. Depuis trois ans, Joël de Boudemange ne ménage pas ses efforts : études de marché et techniques, plans, salons professionnels... Ca y est, le compacteur manuel de boîtes de conserves sort des usines Tolim, à Nazelles, ce mois-ci. Destiné dans un premier temps aux collectivités (restaurants d’entreprises, cantines, hôpitaux, etc.) le compacteur “réduit de 80 % le volume des déchets et il est utilisable par le personnel féminin sans effort particulier”. Adapté aux normes techniques et d’hygiène, il se fixe sur un mur ou un support. L’idée initiale était un compacteur de canettes mais la complexité du lieu d’implantation du produit a dirigé les études vers le marché des professionnels. Ce nouveau produit a obligé Tolim à investir 1,8 MF dans l’achat d’un laser de découpe pour les tôles très épaisses. La production prévue de trois cents compacteurs par an devrait rentabiliser l’investissement. La commercialisation du compacteur est confiée à Villiger, en Bretagne. Tolim pense déjà à “des compacteurs familiaux que chacun aurait dans sa cuisine”. La société emploie actuellement 15 personnes et réalise un CA de 7,6 MF. Contact : 02.47.23.68.20
www.tolim.fr


Oudin recycle

le papier pour fabriquer du carton

“Notre marché est européen. Le point fort de notre société, c’est notre gamme multiproduits alors que nos concurrents sont monoproduits.” Catherine de Colbert a succédé à son père Aymar de Tudert à la tête de l’entreprise familiale qui emploie 83 personnes et réalise un CA de 70 MF. Depuis 1870, la cartonnerie Oudin est installée à Truyes et la direction assurée de père en fils ou en fille. Ces deux dernières années, de gros efforts ont été réalisés en matière de protection de l’environnement : le carton plat est fabriqué à partir de vieux journaux, cartons collectés par des récupérateurs et recyclés. La fabrication de la pâte se fait dans un pulpeur en mélangeant ces papiers recyclés déchiquetés avec de l’eau provenant de la source du site. La consommation d’eau de la cartonnerie a été revue à la baisse et le traitement des eaux rejetées passe maintenant par une lagune artificielle. Ce sont 25 000 tonnes de carton qui sont usinées annuellement. Les différents cartons plats fabriqués sont destinés à l’emballage, qu’il s’agisse de couvertures de livres, boîtes à chaussures ou conditionnement de produits alimentaires secs ou gras, livrés sur palette, en bobines ou en feuilles.
Contact : 02 47 73 40 00


Agro-alimentaire

Les yaourts bio de La Croix-Morin

“Nous travaillons le plus écologiquement possible” annonce Didier Poupard, directeur de la laiterie de la Croix-Morin à Champigny-sur-Veude (20 employés, CA : 25 MF). L’entreprise créée en 1963 s’est reconvertie dès 1983 dans la filière biologique. Si la reconversion n’a pas engendré de grands changements sur le site de transformation des produits laitiers, c’est sur l’unité de production que tout a été revu. En effet, les cinq cents vaches de l’exploitation sont désormais nourries en respectant le cahier des charges de l’agriculture biologique. Aucun traitement chimique, pesticide, herbicide, n’est employé : “Chez nous, le travail de la vie du sol ne se fait qu’avec du fumier composté. Nous préservons autant la vie des plantes que celle des animaux” déclare Didier Poupard. La production de l’exploitation est uniquement destinée à l’alimentation du bétail, et répond au procédé de rotation des cultures et du recyclage des matières organiques naturelles. D’autre part, le cheptel est élevé sans claustration : de cette vie en pâturages et de l’alimentation naturelle, les vaches produisent le lait biologique transformé sur place en yaourts, fromage blanc et à pâte molle, lait fermenté, soja agrobiologique aux fruits, etc.
Contact : 02.47.95.73.02
E-mail : Laiterie.Croix-Morin@ wanadoo.fr


Protection de l’eau

Delalande-Pêche fabrique des leurres biodégradables

“Nous sommes les seuls fabricants de leurres souples en Europe. Ce qui nous préoccupait, c’était de connaître leur biodégradabilité dans l’eau”. C’est pour cette raison qu’Alain Delalande a fait analyser les produits durant un an et demi. Résultat : il fabrique désormais des leurres biodégradables à 45 %, utilisant des matières végétales telles que l’amidon de soja pour remplacer les matières plastiques. Il ne compte pas s’arrêter là : avec l’aide de l’Anvar, les études se poursuivent et, dans quelques mois, les leurres fabriqués seront biodégradables à 70 %. Quand on sait que les leurres américains sont toxiques voire mortels pour les poissons, on réalise l’importance de l’avancée. Tout cet investissement en recherche est à la charge de l’entreprise qui emploie 10 personnes et réalise un CA de 8,5 MF : “Les acheteurs ne sont pas prêts à payer plus cher un produit, même s’il est biodégradable et protège l’environnement. Nos prix doi-vent rester identiques. C’est plus une question de choix et de notoriété qu’une solution pour augmenter notre marge. Si nous sommes trop chers à la vente, nous serons hors marché”.
Contact : 02.47.73.65.65
www.delalande.fr


Les entreprises qui souhaitent développer un produit favorisant la protection de l’environnement dans les domaines de l’eau,


de l’air, des déchets, du sol, ont accès à différentes aides à la recherche, à l’investissement et au fonctionnement : aides de l’ANVAR, aides européennes (Eurêka), FRATT (fonds d’aide au transfert de technologie), Crédit d’impôt Recherche, technologies-clés, sauts technologiques, conventions de formation, de recherche pour l’embauche de techniciens supérieurs (CORTECHS), ATOUT (diffusion des techniques), aides des agences de l’eau, de l’ADEME, etc.
Contacts CCI, e-mails : mbottemine@touraine.cci.fr ou ebentz@touraine.cci.fr