Importer des produits européens est plus facile qu’avant 1993, mais on attend l’euro de pied ferme.

Made
in Europe

L’Europe sans se déplacer ? C’est possible dans certains magasins tourangeaux qui ont importé entre quatre murs un peu d’Autriche, de Grande-Bretagne ou de Portugal.

 
“Quand je suis en manque d’Angleterre, je vais faire un tour chez British” lance une jeune femme. Comptoir irlandais, British, la Brocante anglaise, Edelweiss, Aux Délices du Portugal, etc., que ce soit par leur nom, par leur décoration, par leurs produits ou par tout à la fois, ces boutiques évoquent, sans erreur possible, les pays dont elles sont le porte-drapeau.
 

Impératif :
renvoyer une image claire

 
Au Comptoir irlandais, place de la Victoire à Tours, on a poussé le détail jusqu’à installer une boîte aux lettres irlandaise pour y glisser ses cartes postales. Partout, le souci est le même : créer et maintenir une image claire et cohérente. “Chez nous, on ne vend que des produits importés de Grande-Bretagne, et nous nous y tenons. Les produits qui “font anglais” mais qui n’en sont pas, sont bannis” affirment Maryse et Yves Marcel qui ont ouvert British, rue Néricault-Destouches, en 1994 : vaisselle, vêtements, pas une étiquette ne déroge à la règle. Le client sait ce qu’il vient chercher et le trouve : ce sera, par exemple, un style à la Brocante anglaise à Tours, plutôt spécialisée dans les meubles anglais XIXème, ou bien des articles précis Aux Délices du Portugal, à Bléré. Dans cette épicerie, l’habitué est assuré de pouvoir se procurer le même fil à crocheter que celui acheté au Portugal, pendant ses vacances. Il s’y approvisionne surtout en denrées exclusivement portugaises, introuvables autrement : tête de porc fumée et morue séchée bien sûr, mais également des produits aussi courants que le miel ou les jus de fruits, à ceci près qu’ils sont de marque lusitanienne.
Certains magasins collent tellement à leur pays fournisseur qu’ils ont réussi à “l’importer” en France : il est arrivé que des Anglais imprévoyants viennent réparer chez British leur négligence en y choisissant des cadeaux “so british” pour leurs hôtes français : “Nous nous sommes contentés de faire un emballage simple sans y apposer le nom de la boutique” se souvient Maryse Marcel, en riant encore.
 
Des liens forts
avec le pays
 
Cette image cohérente découle des liens qui unissent les créateurs de ces commerces au pays dont ils importent les produits. Franz Weber, à la tête du magasin Edelweiss à Tours, est moitié autrichien par son père ; Valérie Quintela, qui tient Aux Délices du Portugal, a épousé un Portugais, tandis que Gloria Batista, des Saveurs du Portugal, à Amboise, est elle-même portugaise ; Richard Ireson et son frère Nicholas, créateurs de la Brocante anglaise, sont citoyens de Sa Majesté britannique. Quant à Vanessa Faou, employée au Comptoir Irlandais, elle est bretonne : “Tout ce qui a trait à l’esprit celtique m’attire !” Pour ceux qui, comme British, la Brocante anglaise ou Edelweiss, importent directement leurs produits, parler la langue est non seulement un atout mais une obligation. “C’est vrai que mes origines autrichiennes, associées à une bonne pratique de la langue, me servent dans les relations commerciales : mes fournisseurs ont confiance d’emblée”, reconnaît Franz Weber. “Parler la langue est essentiel pour bâtir de bons rapports avec ses fournisseurs ”, confirme Maryse Marcel qui, pour l’approvisionnement de British, en compte quatre-vingts, rencontrés pour la plupart dans les salons de décoration. De par leur nationalité, la question de la langue et de la culture ne s’est évidemment pas posée pour Richard et Nicholas Ireson. En revanche, ils ont dû s’adapter à leur pays d’accueil : “La définition du mot “antiquités” est très différente en France et en Angleterre. Beaucoup plus stricte dans votre pays que dans le nôtre. C’est pourquoi nous avons choisi la dénomination “brocante anglaise”. A l’extérieur, rue du Cygne, une autre enseigne se balance doucement : on y lit “english antiques”.
Les magasins qui ont affaire à un importateur, comme c’est le cas des magasins portugais de Bléré et d’Amboise, n’ont pas à se déplacer mais n’ont pas d’autres choix que ceux qu’on leur propose : “Les agents et les importateurs n’ont pas tous les produits”, affirme Maryse Marcel. Vanessa Faou, salariée du Comptoir Irlandais de Tours, n’en a cure. Elle est loin, de toutes façons, d’avoir fait le tour des articles proposés par la maison mère, à Brest. “Pratiquer l’importation directe nous permet d’offrir des prix plus intéressants” poursuit Maryse Marcel, qui avoue toutefois que la gestion des stocks et l’inventaire sont plus compliqués.
Avant 1993, se lancer dans pareille aventure était autrement ardu. Richard et Nicholas Ireson, qui ont ou-vert la Brocante anglaise au début des années 80, peuvent en témoigner.
 

Merci
le marché unique !

 
“Le passage à la douane, c’était un cauchemar”, se souvient Richard Ireson : “On pouvait y passer plusieurs jours quand, par malheur, on nous demandait de tout sortir du camion, depuis le service de vaisselle jusqu’à l’armoire qu’on avait mis tant de temps à charger”. Ce n’est plus qu’un mauvais souvenir depuis janvier 1993, date à laquelle sont tombées les frontières intérieures de la Communauté, de manière à garantir la libre circulation des marchandises.
Cependant, lorqu’on importe depuis la France, on est tenu, chaque mois, de déclarer au service des douanes, la liste des marchandises ac-quises dans un pays de l’Union européenne : “Quand je raconte ça à mes collègues anglais, ils n’en croient pas leurs oreilles. Ce n’est pas pour rien que les Français sont à l’origine du mot bureaucratie !” L’instauration du marché unique a aussi simplifié l’installation des citoyens de la communauté, dans un autre état membre que le leur : “Il y a vingt ans, fonder ma société s’est avéré très compliqué pour le sujet britannique que j’étais et que je suis toujours” rappelle Richard Ireson avec son charmant accent, “ce serait beaucoup plus facile maintenant”. Et surtout, la réalisation du marché intérieur a supprimé la taxe sur le chiffre d’affaires à l’importation lors du passage des frontières intracommunautaires. L’entreprise importatrice n’est redevable que de la TVA de son pays d’origine. Franz Weber relativise : “Du fait d’un coût de main d’oeuvre moindre et de l’absence de certains frais de douane, importer de la verrerie depuis la Tchécoslovaquie ne me coûte pas plus cher que depuis l’Autriche. En revanche, je suis obligé d’avancer la TVA, ce qui n’est pas avantageux, question trésorerie”, reconnaît-il.
Alors
Euro ?
 
La monnaie unique, c’est pour janvier 2002, du moins pour les pays de l’Union européenne qui ont dit oui. Ce qui n’est pas encore le cas de la Grande-Bretagne, malgré les encouragements de Tony Blair. En attendant, la livre est au plus haut, au grand dam de British qui regrette le temps des débuts du magasin, où la monnaie anglaise était inférieure à 8 F. “L’euro simplifierait tout, mais on n’y est pas”. Plus philosophe, Richard Ireson estime que les à-coups du taux de change s’équilibrent à long terme. Il est plus gêné en revanche par des chiffres d’affaires en dents de scie - “dans le temps, c’était plus régulier”- qui n’ont rien à voir avec l’absence de monnaie unique. Franz Weber espère, de son côté, que l’euro supprimera les coûts de transfert d’argent. Plus qu’un an ?

Anne-Christine BECARD

* Pays membres de l’Union européenne : Allemagne - Autriche - Belgique - Danemark - Espagne - Finlande - France - Grèce - Irlande - Italie - Luxembourg - Pays-Bas - Portugal - Royaume-Uni - Suède

Pour acheter à des fournisseurs de l’Union européenne :


1 - Transmettre son numéro d’identification TVA (attribué par les services fiscaux français) à son fournisseur qui facture hors TVA locale.
2 - Payer la TVA française : s’effectue en indiquant le montant de la TVA exigible sur sa déclaration fiscale CA3. En fait, c’est un jeu d’écritures : la TVA ne sort pas de la trésorerie de l’entreprise.
3 - En fin de mois, établir une déclaration d’échanges de biens qui reprend les acquisitions du mois et la retourner à l’un des centres de saisie des données de douane.
L’Autriche à Tours

Franz Weber : “Je connais tous mes produits”

“Activé par des séjours réguliers dans ma famille autrichienne, ce projet me trottait dans la tête depuis longtemps”. Descendant par son père de plusieurs générations d’artisans verriers autrichiens, Franz Weber, pour moitié français, rêvait au cristal de Bohême que travaillent encore aujourd’hui ses cousins, installés dans le nord de l’Autriche. “J’ai profité d’un tournant dans ma vie professionnelle pour sauter le pas et ouvrir Edelweiss à Tours au printemps 2000”. Le décor de la chaleureuse petite boutique de la rue Néricault-Destouches évoque, comme son nom, la montagne et les grandes forêts nordiques. “J’ai vite compris que je ne devais pas me cantonner à la vente de verres en cristal, mais proposer d’autres produits pour élargir l’éventail de ma clientèle”. Jouets en bois, linge de maison, vaisselle, etc., Franz Weber a choisi l’essentiel en Autriche et une petite part en Allemagne et en Tchéquie. “Ce qui m’intéresse c’est faire découvrir des produits introuvables en France, sans tomber dans le folklore”. Son atout ? “Je connais tous mes produits, qui les a faits et comment ils sont faits”.