Moneo s’impose en France mais n’est pas encore entré dans les moeurs
 
Moneo :
quoi de neuf ?
 
Le déploiement du porte-monnaie électronique en Touraine et à d’autres grandes villes françaises s’appuie sur la phase-test du pilote de Tours, qui poursuit sa progression.
 
 
Après le bon démarrage au printemps, puis l’accalmie de l’été, Moneo reprend son élan. Depuis septembre, les indicateurs sont en progression. Et pourtant, depuis l’automne, on entend d’un côté les consommateurs regretter le nombre insuffisant de commerçants acceptant Moneo, et de l’autre les commerçants constater que les paiements en Moneo demeurent trop discrets. Il apparaît en fait que les habitudes sont plus difficiles à changer qu’on ne pouvait à priori le penser, tant du côté des porteurs que du côté des commerçants. En tout cas, le constat est général chez les commerçants adhérents Moneo : si une partie de la clientèle s’avère d’ores et déjà acquise au porte-monnaie électronique, le nombre de ceux qui s’en servent en dépannage n’augmente pas comme les commerçants le souhaiteraient. “Les clients qui paient avec Moneo sont des clients convertis au porte-monnaie électronique, explique Emmanuel Husson (le Balto, à Tours) : nous en avons qui ne nous paient plus leur journal qu’avec ça, mais ils sont encore trop peu nombreux.”
 
La nouveauté
perturbe
 
Moneo touche des choses profondes.
Il faudra du temps...”
estime Isabelle Desbois.
Quand on touche à leur porte-monnaie, les consommateurs sont sur la défensive. Moneo l’a prouvé une fois de plus et les commerçants sont les premiers observateurs du phénomène. “Les gens sont perturbés dès qu’on change leurs habitudes : Moneo, oui, mais il faudra du temps” résume-t-on chez Photocom, rue des Halles à Tours. Selon M. Jean, responsable de Cinémagie, rue du Commerce à Tours, “les clients ont du mal à gérer quatre moyens de paiement : carte bancaire, chèque, monnaie fiduciaire plus Moneo. Ils s’y perdent”. Peut-être parce qu’ils ne savent pas se servir de ce nouvel outil ? “Ils n’ont pas tous compris l’utilité de l’étui de lecture. Moralité : ils ne savent pas combien il leur reste et s’en servent encore assez peu” dit-on à la pâtisserie Desbois, rue du Commerce à Tours. Certains clients redoutent le côté virtuel du PME et craignent de ne plus pouvoir maîtriser leurs dépenses. D’autres ont peur que le porte-monnaie ne devienne un instrument de contrôle de leurs dépenses. Big Brother n’est pas loin... Ou même, que le commerçant n’intervienne dans leurs finances. “Pour certains consommateurs, c’est compliqué. Ils redoutent vaguement la proposition de rechargement express chez le commerçant : ils ont l’impression que ce dernier interfère dans leur compte bancaire” remarque-t-on à la quincaillerie Weldom à Tours. C’est que, résume Isabelle Desbois, “cela touche des choses profondes. C’est d’ailleurs incroyable de voir comment cela a été perçu différemment selon les personnes”. L’adoption de Moneo par le plus grand nombre prendra donc du temps. Elle passera obligatoirement par l’instauration d’une confiance entre le consommateur, le commerçant et le banquier.
 
Moneo avance
ses pions
 
C’est bien connu : la valeur d’usage d’un produit augmente avec les occasions de s’en servir. Et là, il y a tout lieu d’être optimiste. Au niveau local, d’abord. L’arrivée de trois établissements bancaires va permettre à Moneo d’étoffer son réseau : de commerçants bien sûr, mais surtout de porteurs. Début 2001, les clients de La Poste, de la Société Générale et de la Caisse d’Epargne pourront eux aussi adopter le porte-monnaie électronique. Ce qui représente un potentiel de nouveaux clients de l’ordre de 30 %. Parallèlement, c’est décidé, les banques locales vont jouer la carte départementale : elles s’apprêtent en 2001 à déployer Moneo dans une quinzaine de villes de Touraine. L’objectif est clair : augmenter le nombre de porteurs et de commerçants et donc multiplier les occasions d’utiliser le porte-monnaie électronique.
Au niveau national, l’actualité donne également raison au PME. Depuis le 6 novembre, trois villes du Finistère - Brest, Quimper et Morlaix - ont rejoint le club Moneo. En 2001, ce sera au tour de Poitiers, Montpellier, Lyon, Bordeaux. Mais surtout, la signature, l’été dernier, d’un accord entre Moneo et Modeus, deux des trois porte-monnaie expérimentés en France, ouvre des perspectives de déploiement importantes au porte-monnaie électronique sur l’ensemble du territoire français.
 
Une réponse
à l’euro
 
Chacun en est persuadé : le PME constitue un outil idéal pour faciliter le passage à l’euro : surtout lors de la période transitoire, lorsque francs et euros cohabiteront dans les porte-monnaie. Tant pour les particuliers (le PME fonctionne à la fois en francs et en euros et son étui sert de convertisseur) que pour les commerçants à qui il évite le rendu de monnaie, limitant donc la quantité de pièces en circulation.
A compter du 18 février 2002, l’euro deviendra la seule monnaie légale. Entre le 1er janvier et le 17 février, sept semaines vont donc s’écouler pendant lesquelles les consommateurs pourront régler leurs achats en euros ou en francs. Sept semaines qui pourraient être éprouvantes. Les banques et les commerçants - et, avec eux, les organismes consulaires - ont un peu plus de douze mois devant eux pour convertir les Français à l’euro. Moneo est là pour les y aider.

Catherine GEFFROY

Entendu en ville


  • “Cela nous sera utile avec l’euro : ce sera un gain de temps par rapport à l’encaissement et un moyen de gagner la confiance du consommateur. Et puis, ce n’est déjà pas facile d’apprendre à rendre la monnaie en francs aux apprentis, alors quand ce sera en euros ! “(Isabelle Desbois, pâtisserie)
  • “Cela ne se fait qu’à Tours : c’est trop local. Les gens bougent, que ce soit en week-end ou en vacances . Et puis, il y a tous ceux qui travaillent à Tours et vivent en périphérie . Ils ne peuvent pas se servir de leur Moneo ailleurs qu’à Tours. Il est sûr que si cela s’étend, cela va marcher”. (Cinémagie)
  • “Il est vrai que j’ai encore peu de clients qui paient avec Moneo mais ce sont des clients fidélisés. Le porte-monnaie électronique, c’est une image de modernité pour le commerce traditionnel, c’est un service au client par rapport à l’euro”. (Michel Lefevre, La ferme des vignes)