| Transmission dentreprise : un dosage de préparation, dhumilité et daudace | |
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Repreneur
cherche entreprise... |
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| Entre le cédant et le repreneur dune entreprise, la passation des pouvoirs a pour enjeu la pérennité de la société. Aucune entreprise ne ressemblant à une autre, il ny a pas de recette pour réussir ce passage délicat. | |
Si ça a été long, cest que cétait beau. Jack Aumaréchal évoque la reprise de lentreprise Mapar à Saint-Avertin en avril 2000 comme une belle histoire : Les produits - équipements pour la mise en oeuvre des produits liquides, pâteux et visqueux - mintéressaient, lactivité était bonne avec un fort potentiel et le courant passait entre lancien dirigeant et moi. Lex-directeur de la qualité dun grand groupe navait pas pensé a priori à la reprise dune entreprise, mais la perspective de diriger une petite structure comptant sept personnes la séduit. Son cas correspond bien aux résultats tirés de lanalyse exhaustive des 3200 opérations de transmissions dentreprises garanties par Sofaris entre 1986 et les premiers mois de 1997 : il ressort quenviron 70 % des entreprises cédées sont de taille modeste et quà 76 % elles sont reprises par des personnes physiques. Mise à part cette forme de transmission, il en existe une seconde - en augmentation - qui résulte des opérations de croissance externe, cest-à-dire des reprises réalisées par des entreprises.
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Le risque
transmission reste élevé |
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Toujours daprès létude Sofaris, le risque transmission est élevé : près de 30 % des opérations échouent dans les sept ans qui suivent la transmission et plus de 20 % dans les cinq premières années. Une valorisation trop élevée de lentreprise ou un endettement trop lourd sont les principaux facteurs déchec : Le montage financier doit être cohérent, cela pour assurer la viabilité de lentreprise insiste Stéphane Michel, responsable Ingénierie financière à la Banque Populaire Val de France. Toutefois une transmission ne se résume pas à des problèmes dordre technique, quils soient financiers ou juridiques. Le facteur humain est également déterminant quant à la bonne issue dun projet de transmission dentreprise. |
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Bien définir
son projet |
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| Le sérieux du projet de reprise est lune des conditions de réussite les plus importantes de la transmission estime Maître Maïques, notaire : Le repreneur doit avoir un plan réaliste par rapport à son environnement. Cétait vrai dAlexandre Marionnet qui, à 31 ans, était depuis deux ans à la recherche dune société à vendre. Il est passé à lacte en juillet 2000. Je voulais trouver une entreprise dont la direction était vieillissante, qui bénéficiait dun produit à forte notoriété mais sans démarche commerciale importante et qui, enfin, était en bonne santé financière. Critères quil a trouvés réunis chez Cléopâtre à Ballan-Miré, entreprise connue pour son petit pot de colle, dont le parfum damande ravive délicieuse-ment nos souvenirs décolier. Jean-Marie Brillanceau, anciennement directeur du marketing dun groupe important, avait mûri son projet de longue date. Une restructuration dans son entreprise la mis le dos au mur et lui a fait sauter le pas : Globalement, Loire Etanchéité (bardage, étanchéité, isolation, couverture), à Fondettes, correspondait à la sil-houette de ma cible : une entreprise qui offrait une bonne base de développement à condition dy mettre les moyens, qui bénéficiait dune image positive sur son marché local, dune équipe douvriers de bon niveau et dune implantation géographique favorable. | |
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Créer
son réseau |
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Quand on est candidat à la reprise, un bon carnet dadresses est un outil indispensable. Ne serait-ce que pour trouver les candidats à la cession. Près de 58 % des transmissions sont provoquées par le départ à la retraite des dirigeants. 9 % sont imprévisibles, dues à la maladie ou au décès du cédant, 16 % sont liées à la redistribution du capital entre les actionnaires. Dans ce contexte, rien nest plus discret quun cédant dentreprise qui, dans certains cas, ne sait pas lui même quil est vendeur ou encore ne veut pas lavouer : Il faut percer le mur du silence. Le handicap le plus sévère pour le repreneur potentiel consiste à trouver le fil dAriane. Comme il nexiste pas de voie royale pour y accéder il faut passer par des réseaux assure Jean-Marie Brillanceau, qui propose que la CCI fédère et officialise des fichiers dans ce domaine. Cétait lidée et le rôle de las-sociation Bourse dentreprises de Touraine, créée il y a un peu plus de dix ans, et maintenant en sommeil : Du fait de la crise, les entreprises ne valaient plus rien. Cest lune des causes pour lesquelles lassociation a périclité. A mon avis, elle aurait toute sa raison dêtre aujourdhui, à condition quon puisse y introduire également les conseils dun intermédiaire au même titre que ceux des professions juridiques ou comptables suggère Maître Maïques, président de Bourse dentreprises de Touraine. Autant de candidats à la reprise, autant de chemins pour trouver lentreprise idoine. Jack Aumaréchal a rencontré Mapar en passant par les services de la CCI : Je leur tire un grand coup de chapeau. Jean-Marie Brillanceau a mis en pratique sa théorie des réseaux en cherchant les interlocuteurs du chef dentreprise, susceptibles de connaître ses velléités de vendre : réseau bancaire, experts comptables, notaires, etc. Il est ainsi entré en contact avec Stéphane Michel de la Banque Populaire. En matière de transmission, cette banque a pour originalité de proposer les services dun intermédiaire, mandaté par un chef dentreprise qui souhaite vendre sa société. Elle a ainsi un portefeuille de clients qui la chargent de trouver des acheteurs. A vocation régionale, elle bénéficie néanmoins de sa couverture nationale pour alimenter sa banque de données : Régionalement nous traitons les affaires comprises entre 2 MF et 50 MF. Au-delà nous faisons appel au réseau précise Stéphane Michel. Un bon carnet dadresses est aussi utile pour sentourer de conseils, y compris amicaux, dès lors quils sont fondés sur des compétences réelles : Alexandre Marionnet a bénéficié ainsi des services dune amie expert-comptable, de ceux dun ami avocat et de lavis dun ami cadre dirigeant chez Plastivaloire venu, à sa demande, inspecter les presses à injection de Cléopâtre. |
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Bien
sentourer
pour bien négocier |
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Un audit technique pour connaître la valeur des matériels est indispensable assure Maître Maïques, comme lanalyse de lentreprise au plan comptable et juridique. De même, considérer létat des stocks et le carnet des clients et des fournisseurs est également pertinent. Jai voulu mentourer de toutes les compétences possibles : jai pris un avocat, un expert-comptable, jai fait réaliser un audit financier et, sur les conseils de ma banque, le Crédit Agricole, et de la CCI, un audit stratégique dont je me sers encore maintenant énumère Jack Aumaréchal qui confirme aujourdhui lintérêt de cette démarche. Alexandre Marionnet a préféré auditer Cléopâtre lui-même, par mesure déconomie : Je reconnais quil vaut mieux faire appel à un conseil extérieur, on risque moins de passer à côté de certaines choses. Précisons quil était spécialement bien armé pour ce genre dexercice : cinq années en tant quauditeur dans un cabinet conseil en reprise dentreprises en difficulté et cinq autres comme directeur de Salva France (anciennement Ragain) ly avaient préparé. A ce stade dintrospection en profondeur le repreneur a déjà pris sa décision. Pour des questions de coût et de temps il serait impossible danalyser de cette façon toutes les entreprises visitées. Réunir autant dinformations permet de se donner les moyens de négocier : Même si le courant passe entre le vendeur et lacquéreur, le fait est que leurs intérêts sont divergents au moins sur la valeur de lentreprise et sur son prix. Cependant il faut bien avancer, résume Stéphane Michel qui voit dans son rôle dintermédiaire le moyen dy parvenir sans rupture : Lintermédiaire est également là pour prendre des coups, évitant au cédant et au cessionnaire de confronter - en direct - leurs propres analyses. |
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Bien
chausser
les bottes du cédant |
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Dans le protocole daccord sont prévues les modalités de cession et daccompagnement. En effet, le succès de la transmission semble favorisé quand le cédant assure une transition. Rien détonnant ainsi, de constater que les transmissions familiales sont six fois moins risquées que les reprises par des personnes extérieures à lentreprise. Le cas de Mapar qui produit des équipements destinés à mettre en oeuvre des produits liquides, pâteux et visqueux est à cet égard remarquable : Entre monsieur Beauval et moi-même le courant est tout de suite passé. Jai senti quil voulait quon fasse un bout de chemin ensemble. Sans lettre dintention ni précaution daucune sorte, Marcel Beauval a ouvert son entreprise à Jack Au-maréchal pendant les cinq mois qui ont précédé la vente : Jai eu le temps de découvrir le métier, dêtre présenté aux fournisseurs et aux clients. Mon épouse est rentrée elle aussi, peu après, aux côtés de madame Beauval. La transmission sest faite ainsi progressivement. Mieux, la coopération se poursuit : Jai vite compris que mon prédécesseur, créateur de Mapar, était techniquement très fort, ce qui nétait pas mon cas. Aussi lui ai-je proposé de créer son cabinet de consultant et de faire appel à lui. Il peut ainsi mettre en application les projets quil avait en tête sans avoir eu le temps de les développer auparavant. Cest un atout formidable pour Mapar ! Le bon repreneur est celui qui est suffisamment humble pour bien chausser les bottes du cédant estime Maître Maïques et dans un deuxième temps à même dapporter ses propres méthodes : comme celle dinstaurer une nouvelle méthode de management basée sur la confiance (Mapar), dintroduire un système de fonctionnement industriel et structuré (Loire Etanchéité) ou de développer une politique de communication plus dynamique (Cléopâtre). Pour Loire Etanchéité, dont la reprise remonte à octobre 1999, lévolution est en marche : de 16 personnes, lentreprise est passée à 35. De local, le marché devient national puisquil sétend déjà à dix départements. Anne-Christine BECARD |
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| Sur lensemble des 2 400 000 entreprises que compte la France, 2,5% (60 000) ont été cédées entre 1995 et 2000. Si pour la même période, on sintéresse maintenant aux 160 000 entreprises comprenant de dix à cinq cents salariés, le pourcentage atteint alors 3,1 %. Les patrons de 50 à 75 ans interrogés considèrent que la transmission est un enjeu important : deux-tiers dentre eux sy préparent. 30 % souhaitent transmettre dans les cinq ans à venir : 50 % sous forme de transmission directe, 50 % par cession à un tiers. Source : Louis Harris 1998 | |