L’avenir est au cumul des compétences

Nouveaux métiers,
nouveaux marchés

Plusieurs facteurs influencent l’évolution des métiers et des marchés. Polyvalence et réseau de compétences sont le credo de plusieurs entreprises qui se sont déjà adaptées.

 
   “Network” disent les Américains. Le travail en réseau, c’est le dénominateur commun aux entreprises qui exercent un métier dit nouveau ou qui ont donné, en travaillant de la sorte, une nouvelle orientation à leur activité. Des marchés ont ainsi émergé, sans doute liés aux nouvelles technologies de l’information et de la communication et à l’internet, qui commencent à être perçus comme de vrais outils de stratégie. Dans l’esprit même du fameux réseau des réseaux, une autre manière de travailler s’impose également : de plus en plus, les entreprises appuient leur dévelop-pement sur des compétences extérieures ; d’autres créent une nouvelle activité à partir de connaissances et d’expériences personnelles accumulées au fil des ans, sans lien entre elles, apparemment, jusqu’à ce que, de leur croisement, naisse un nouveau produit ou une solution qu’elles n’imaginaient pas ; d’autres encore misent sur du personnel polyvalent et qualifié, seul capable de s’adapter à la nouvelle organisation du travail dictée par le besoin de souplesse. Cette attente est largement exprimée dans les entreprises, ainsi qu’en témoignent deux rapports récemment parus sur les métiers dans l’industrie et le secteur agroalimentaire. Cette aptitude à mettre en scène des compétences variées et à capter, pour en tirer profit, ce que véhiculent l’air du temps et les réseaux divers, se révèle être la clé du développement d’un certain nombre d’entreprises. Ce qui ne les empêche pas de se concentrer sur leur coeur de métier. Six d’entre elles, dans le secteur du commerce, de la sécurité alimentaire, de l’environnement ou de l’informatique témoignent d’une nouvelle approche d’un métier et des marchés qu’elles ont pu aborder.
 

Environnement
SDEC France concentre le tritium

 

Il y a près de dix ans, en produisant et négociant à tour de bras des pin’s et autres cadeaux d’affaires, Denis Sicamois, directeur de SDEC France à Reignac-sur-Indre, et Claire Pelissier, gérante, savaient où ils allaient : pour mettre en oeuvre leurs projets de détecteurs de tritium et de carbone 14 à destination des centrales nu-cléaires, ils avaient besoin d’argent. Le pin’s alors faisait rage et en deux ans les fonds nécessaires étaient réunis, tandis que le travail de recherche sur les capteurs avançait. “Quatre ans d’études, raconte Denis Sicamois, sans commande, et dans l’attente d’une loi parue en 1997 qui obligeait à mesurer le tritium ! L’Anvar nous a beaucoup aidés. Nous avons monté quatre projets ensemble et nous avons toujours remboursé les fonds.” Aujourd’hui, l’environnement est devenu l’unique préoccupation de SDEC France qui travaille dans deux directions : le nucléaire avec la fabrication du fameux matériel capable de concentrer le tritium et le carbone 14, afin d’en mesurer les rejets dans l’air, et l’agro-environnement, le métier d’origine de Denis Sicamois : SDEC fabrique des appareils de mesure et de comportement de l’eau dans les sols, humidimètres, tensiomètres. L’INRA, le BRGM, le Cemagref, le CEA, le CNRS, la Cogema, EDF, comptent parmi les quatre cents clients réguliers répartis dans le monde entier. SDEC réalise un CA de 6,5 MF dont 45 % à l’export et emploie onze personnes dont deux ingénieurs. Avec vingt agents exclusifs dans le monde et des relations quotidiennes avec les centres de recherche, internet est depuis longtemps un outil incontournable. Un poste informatique y est dédié.
Contact : 02 47 94 10 00
Deux sites :
www.sdec-france.com
www.tensiometer.com
e-mail : info@sdec-france.com

 
Santé - sécurité :
Sesame analyse et prévient les risques
 
“Monter cette agence, je ne l’aurais pas fait il y a dix ans”, assure Joël Guillemain, créateur de Sesame, Société d’Expertise sur la Sécurité Aliments, Médicaments, Environnement. Ce pharmacien de formation, enseignant à la faculté des sciences et de pharmacie de Tours, ancien responsable du site IMT Pharmatox (groupe Pierre Fabre) à Saint-Pierre-des-Corps, a quitté le groupe il y a huit mois pour créer son cabinet de consultants : “Je l’ai fait par envie d’opérer une synthèse de mes compétences. Mon métier de base, c’est le médicament, la cosmétique et l’hygiène corporelle. Au cours de ma carrière, j’ai été appelé à participer à diverses commissions ministérielles, en particulier à la commission “Novel Food”, qui étudie les risques de toxicité des nouveaux produits d’alimentation et où je suis toujours présent à titre d’expert toxicologue, et à la commission “Biotechnologie” qui se préoccupe des organismes génétiquement modifiés. Dans tout cela, une logique m’est apparue : le type de service que je propose existait déjà mais de manière très fragmentée. J’ai senti l’opportunité de pouvoir concilier mon expérience passée avec la demande des industriels en matière d’aide à la décision sous l’angle de la sécurité.” Joël Guillemain a donc créé Sesame en mars dernier. Pas une aventure, car il démarre avec des clients, mais un grand pas dans le statut libéral, “et qui n’aurait pas été possible sans les outils technologiques nouveaux d’information et de communication”. Pour ses clients, Joël Guillemain fait de la veille, analyse les risques, met en place les réflexions et les méthodes qui permettront d’anticiper tout problème. “C’est un métier qui ne peut se faire à la sortie de l’école. Et les règles de l’industrie - compétence, confidentialité, respect des délais, qualité - sont incontournables. Je travaillerai donc avec des équipes qui intègrent ces quatre éléments.”
Contact : 02 47 27 33 23 ou 06 15 41 41 53
e-mail : sesame.jg@wanadoo.fr
 
Internet :
Web Industrie va plus loin
 
Passée l’émotion des premiers clics, les entreprises perçoivent que le web n’est qu’un outil mis à la disposition de l’intelligence des hommes. Mais ce qu’en fait Web Industrie est franchement décoiffant ! Ce ne sont ni l’offre de création de site ni l’hébergement de serveur de PME de la région qui étonnent : “Nous avons une approche différente de la gestion d’un site internet”, explique Boris Gramond, directeur marketing de Web Industrie. “Nous prenons en charge le développement complet du site en allant chercher en ligne des consommateurs pour les faire venir sur les sites de nos clients et acheter leurs produits. Nous nous rémunérons par un pourcentage sur les ventes. C’est du marketing en ligne”.
Cette société implantée à Tours est née en juillet dernier de toutes les compétences qui l’entourent : le groupe Soreco emploie 84 personnes à Tours, réalise un CA de 45 MF, dispose d’un équipement de centre d’appels, de développeurs de programmes... Il est spécialisé dans le recouvrement de créances (1 100 000 reçues et traitées en 1999). Son pdg, Roger Renard, est aussi le gérant de Web Industrie, filiale à 50-50 de Soreco ; et NetGiro, une société scandinave créée en 1997, est devenue filiale de Web Industrie qui détient 25 % des parts. “Plate-forme de paiement électronique multi paiement - multi devises, présente sur vingt pays, NetGiro compte parmi ses clients les Chemins de fer suédois, Boxman (leader européen de vente de CD en ligne), Anderson Consulting, etc.”, indique Boris Gramond.
Web Industrie va donc prochainement commercialiser les services NetGiro et devenir fournisseur de paiement électronique (sécurisé), à partir de l’impressionnante plate-forme installée au siège de Soreco, rue de la Préfecture. De là à proposer aux clients de Soreco et à d’autres de la “e-facture”, il n’y avait qu’un pas : depuis le mois de mars, certains consommateurs peu-vent payer via internet leurs propres factures et mettre en même temps leur compte à jour chez les fournisseurs. Pour ce faire, Web Industrie est connecté avec les banques de ces fournisseurs. Dans la foulée, en utilisant le system Wap, la société va pouvoir offrir un bouquet de services sur le web, accessible sur les téléphones portables. Des métiers façon “e”.
Contact : 02 47 20 88 38
www.webindustrie.com
 

Centre d’appels :
Arcatel-Arcaphone réinvente le coup de fil

 
Répondre à un appel constitue l’une des activités des centres d’appels. Appeler les clients d’une société pour une enquête de satisfaction ou pour vendre des produits en est une autre. Mais pour rentabiliser un équipement de centre d’appels, il faut davantage. Patrick Rubel, créateur d’Arcatel-Arcaphone à Saint-Avertin le sait bien. Outre la conception maison d’un logiciel permettant de gérer en direct les appels et leur contenu et d’en stocker les résultats, c’est à un autre niveau d’intervention qu’est destiné le nouvel équipement capable de gérer 1000 appels par jour, le double si nécessaire.
Spécialiste de l’informatique, Patrick Rubel en est à sa troisième entreprise, démarrée sur un business plan qu’il a voulu solide : “Etablir une véritable relation client, devenir la vitrine commerciale de nos donneurs d’ordres, telle est notre vocation, dès maintenant. Demain, les produits vedettes seront liés aux téléservices : conseil, réponses à des questions, numéro vert, azur, surveillance alarme, etc. Mais nous pensons déjà à l’avenir, à trois ou quatre ans, et nous avons dans nos tiroirs des produits novateurs liés à l’externalisation de services encore plus proches de la production d’une PME. Ce que je veux développer, c’est un centre d’appels au service des PME de la région, différent de ceux des gros centres, grâce à des téléopératrices spécialement formées, compétentes, douées d’une vraie qualité d’écoute, et qui seront intéressées aux résultats de l’entreprise.”
C’est au télémarketing que pense Patrick Rubel : “Le meilleur outil qui fasse évoluer le produit d’une entreprise ! C’est complètement différent de la publicité, car on a une remontée d’information permettant de mesurer en temps réel l’efficacité d’une mission, offrant ainsi la possibilité d’affiner les produits futurs.”
Arcatel-Arcaphone, sarl créée en novembre dernier et opérationnelle ce mois-ci, prévoit un effectif de quinze emplois à mi-temps en juillet prochain, essentiellement pour des missions “business to business”, menées aux heures ouvrables.
Contact : 02 47 25 81 80
e-mail : arcatel@voilà.fr
 
Conditionnement :
Solupack dose juste
 
“Je viens de la grande distribution. Je savais que les produits vendus en doses à usage unique avaient de l’avenir !” C’est en 1995 que Gilbert Thouveny rachète la société Planchard (devenue Solu-pack) à Saint-Pierre-des-Corps, spécialisée dans le conditionnement à façon et dans le gros conditionnement. Il acquiert alors des machines spécialisées dans le thermoformage pour des sachets souples et hydrosolubles de produits chimiques, phytosanitaires, également alimentaires via Sparta, un établissement créé en 1997 à Veigné. Aujourd’hui, c’est vers deux secteurs porteurs qu’il spécialise l’entreprise : le “bio”, avec la fabrication et le conditionnement d’engrais, et le conditionne-ment en dose unique qui retient les faveurs des consommateurs. Dans les deux cas, on y trouve son compte : le “bio”, c’est naturel. Quant à la dose unique, elle a tout pour plaire : d’une part, l’environnement est plus sain quand on li-mite au juste nécessaire la quantité de détergent dans une eau de lavage, par exemple, dosée, qui plus est, dans un sachet hydrosoluble ; d’autre part, pouvoir mettre une dose personnelle de pralin dans sa crème dessert, ou napper son gâteau d’un coulis de fraise alors que le voisin de table préfère le coulis de framboise, c’est aller dans le sens de la personnalisation des produits, très en vogue actuellement. De plus, le goût reste intact. Même l’Ukraine s’est mise à la dose unique : Solupack a conditionné en deux mois pour Aventis huit millions de sachets de liquide de traite-ment contre les doriphores, dosés à 12,8 ml qui, mélangés à quatre litres d’eau dans un pulvérisateur, donnent de quoi traiter 200 m2 de pommes de terre, ce qui correspond... à la superficie du lopin de terre de chaque Ukrainien. Un marché qui va doubler l’an prochain. Ce sont autant de travaux de recherche, de mise au point avec les fabricants, et d’immo-bilisation de machines, certaines ne travaillant pas six mois de l’année.
14 000 tonnes de produits sont conditionnés chaque année pour des clients tels Vilmorin, Bayer, Algoflash, des marques de distribution (Continent, System U, Carrefour) et, dans le secteur du bricolage, Bostik, Ato Findley, Perfax, etc. Solupack emploie 40 personnes et prévoit de réaliser un CA de 35 MF.
Contact : 02 47 32 54 54
www.solupack.com
e-mail : solupack@club-internet.fr
 
Informatique :
SVSI vers le Virtual Private Network
 
“La demande est aujourd’hui de plus en plus forte en accès distant et en liaison inter-sites,” explique Stéphane Jarry, directeur de la société informatique SVSI à Saint-Pierre-des-Corps (effectif : 7 personnes, CA : 6 MF). Cette demande croissante conduit les entreprises à rechercher des solutions d’accès distants et de routage basées sur la technologie Citrix : “Cette technologie consiste à centraliser à la fois les applications et les données sur un même lieu, tout en les rendant disponibles aux autres sites de l’entreprise. C’est possible grâce à une architecture multi-utilisateurs et ce, dans un environnement hétérogène (Windows, Unix, Macintosh). En utilisant une très faible bande passante, nous arrivons à des performances identiques à celles des réseaux LAN (lo-caux), malgré l’éloignement géographique. L’intérêt pour l’entreprise réside dans la facilité d’administration du réseau”. Plusieurs sociétés font confiance au savoir-faire de cette SSII, créée en 1994, en intégrant ces technologies dans leurs structures : Bénard SA, La Nouvelle République, Clen SA, etc.
Dans ce domaine, de nouveaux métiers se profilent, telle la location d’applications ASP (Application Service Provider), un nouveau concept qui permettra de centraliser les traitements applicatifs sur des serveurs hébergés auxquels se connectera l’utilisateur. “C’est la tendance du marché pour les années à venir”, estime Stéphane Jarry. “Notre évolution suit celle de l’informatique des réseaux : nous sommes leader sur la région Centre dans le secteur de la CAO/DAO (produit Autodesk). Nous nous sommes spécialisés dans le réseau et la communication à la demande pressante de nos clients. Nous sommes, de ce fait, à la pointe des nouvelles technologies de l’information et de la commu-nication”. Une position qui tient peut-être à une démarche rassurante : “Nous ne voulons vendre une solution informatique que si nous sommes sûrs qu’elle fonctionnera bien : lorsque nous sommes sur un projet, avant même d’avoir le marché, nous faisons toujours un test avec une phase de prototypage et un contrôle qualité.”
Contact : 02 47 44 22 74
www.Svsi.fr

Odile MEnard

 
Observatoire des métiers
Savoir-faire et savoir-être
 
Le récent rapport de l’Observatoire régional des métiers, réalisé en partenariat avec la CRCI sur la base d’une enquête auprès des entreprises de la région Centre, met en évidence les attentes en personnel des chefs d’entreprise : en de nombreux secteurs, ils apprécient les multiples compétences voire la polyvalence des hommes dans des postes de tout niveau, afin de gagner en souplesse dans l’organisation du travail. On demande à chacun de plus en plus de responsabilité et d’autonomie, de polyvalence, de capacité à être l’interlocuteur unique d’un client tout au long d’une affaire, on décloisonne les services, on réduit les niveaux hiérarchiques, on constitue des équipes pluridisciplinaires autour d’un projet. Communication, management et animation de groupes de travail deviennent des priorités de formation, sans que soient négligés les apprentissages de base. Un rapport de même nature a également été rédigé par divers partenaires régionaux sur l’emploi dans les industries agroalimentaires : on y témoigne également “des besoins en personnel de plus en plus qualifié, la mécanisation des tâches diminuant les postes les moins qualifiés de fabrication et de conditionnement au profit de postes de surveillance exigeant une plus grande indépendance et une responsabilisation accrue”. Une meilleure coordination école-entreprise est, par ailleurs, vivement souhaitée par les professionnels. Ainsi, dans chaque secteur, la tendance va-t-elle vers une plus grande qualification des emplois basée sur une capacité à appréhender une fonction dans toutes ses implications, quels que soient la taille de l’entreprise et le niveau du poste.