Recherche et développement se conjuguent souvent en Touraine au sein de partenariats originaux.

Recherche
active

Végétale, humaine, animale, technologique : la recherche privée, en Touraine, est particulièrement active. Fondamentale ou appliquée, prestigieuse ou menée dans l’ombre, elle est poursuivie par des entreprises qui ont fixé la barre très haut.

 
   Les laboratoires et centres de recherche privés ainsi que les entreprises, grandes et petites, qui poursuivent des travaux de recherche et développement, bénéficient d’un nouveau souffle : en effet, tous ont pris conscience de l’intérêt et des enjeux du transfert de technologie. Les passerelles entre recherche publique et privée se multiplient, en particulier en Touraine où les liens se sont resserrés.
 
Domaines
d’excellence
 
   “Alimentation, santé - pharmacie et matériel médical - et électronique : en Touraine, la recherche industrielle privée a ses domaines d’excellence et constitue aujourd’hui un réseau local réellement interactif” : c’est ce que révèle une enquête menée par l’Observatoire économique et la CCI auprès d’une vingtaine d’entreprises qui disposent de moyens permanents consacrés à la recherche-développement, personnel scientifique, techniciens et laboratoires. “Le potentiel scientifique privé se répartit entre de grandes entreprises qui associent recherche et production industrielle - Pfizer, Indéna, Algochimie, STMicroelectronics... - et des établissements de taille plus modeste mais entièrement dédiés aux activités de R & D - Nestlé, Cébiphar, IMT Pharmatox... Quant aux spécialistes de la recherche agroalimentaire, ils s’y consacrent totalement. Leur domaine de prédilection est la biotechnologie, la mise au point de nouvelles espèces végétales, l’amélioration et le contrôle de qualité : café et cacao chez Nestlé à Notre-Dame d’Oé, palmier-dattier chez Palmdat à Genillé, céréales chez Panam France à Reugny”, indique Claude Chéron, directrice de l’Observatoire économique de Touraine. La pharmacie est un autre domaine d’excellence de la recherche privée locale. “L’Américain Pfizer, qui compte à Pocé-sur-Cisse cent soixante chercheurs et techniciens sur un effectif total de 690 salariés, en est le pôle le plus important. Il est dédié à la toxicologie et à la sécurité des médicaments. Contrôle et sécurité sont aussi les savoir-faire d’IMT Pharmatox à Saint-Pierre-des-Corps et de Cébiphar à Fondettes qui, à l’instar d’Indéna à Tours, spécialisé dans la phytothérapie, travaille sur des applications à la fois alimentaires, pharmaceutiques et cosmétologiques”. Cet axe fort, autour de l’hygiène et de la santé, est renforcé par les travaux sur le matériel médical menés par des entreprises telles Médipréma ou Poirier-Invacare. La recherche privée tourangelle est également très en phase avec la recherche publique locale, développée à l’INRA ou, au sein de l’Université François-Rabelais, par l’INSERM et le CNRS.
L’étendue du champ disciplinaire de la recherche constitue une mine pour le développement économique et la renommée de la Touraine. Nouveaux produits, nouveaux marchés : des innovations vont bientôt trouver leur place dans le monde entier.
 

Agroalimentaire :
On améliore

Protection du patrimoine végétal, conservation et amélioration des espèces, revalorisation des produits issus du terroir... la Touraine constitue, en matière de recherche végétale, un pôle important qui rayonne sur l’Europe et le monde.

 

Le Centre de Recherche Nestlé à Notre-Dame d’Oé est spécialisé dans la biotechnologie végétale. “Protéger les espèces pour les populations à venir et assurer la qualité et la sécurité des approvisionnements du groupe en matières premières, tels sont nos objectifs”, explique Vincent Pétiard, responsable du centre. Il s’agit aussi bien “de mieux connaître les caractéristiques du café, du cacao ou de la chicorée, que d’améliorer leur qualité ou leur rendement, de développer de nouvelles variétés, de les protéger des maladies ou d’assurer la conservation des ressources génétiques et la biodiversité de certaines espèces d’origine tropicale”. Le centre a en effet mis au point une technique par congélation des embryons dans l’azote liquide, ce qui évite la conservation de ces espèces dans des collections “au champ”, méthode beaucoup plus incertaine et lourde à ap-pliquer. La cryogénisation existe depuis plusieurs années dans le monde animal et humain, mais balbutie encore dans le domaine végétal. “L’idée, à terme, est de créer des banques mondiales de ressources génétiques du cacaoyer, par exemple, qui permettront à tous les chercheurs d’accéder à ces ressources”. Toutes ces recherches doivent bien sûr profiter aux agriculteurs : rendement, résistance aux maladies ou aux insectes, mais aussi aux transformateurs et aux consommateurs : rendement industriel, qualité organoleptique des produits finis. Pour être valorisés, ces progrès doivent en effet bénéficier à chacun des acteurs de la chaîne agro-alimentaire. “Les semences ou les plants élaborés à partir de nos recherches partent dans le monde entier”. Vingt-cinq scientifiques et autant de personnels techniques et ad-ministratifs travaillent au centre de recherche qui accueille également des chercheurs étrangers et des étudiants qui viennent faire leur thèse avant de repartir exercer leurs compétences dans leur pays.
Si les gros industriels de l’alimentaire ont compris l’intérêt majeur d’investir dans un centre de recherches tel que celui de Nestlé, les PME intègrent de plus en plus un département recherche et développement, voire un véritable laboratoire, comme c’est le cas pour le groupe Algoflash.

 
Un géranium
de 3,92 m.
 
   A Château-Renault, sur le site de production des engrais du groupe, le laboratoire Algochimie emploie soixante-dix personnes dont cinq pour l’équipe recherche et développement. “Tous nos travaux portent sur l’amélioration de la nutrition des plantes,” explique Tanguy Delamarre, directeur technique d’Algochimie. “On y réalise un travail de formulation : il s’agit de donner à nos engrais de nouvelles formes, physiques par exemple. Nous venons notamment de commercialiser sur notre marché professionnel (les horticulteurs) des engrais sous forme de gel. Nos innovations passent par ce marché avant d’arriver sur celui des amateurs, partout en Europe. La recherche fondamentale, quant à elle, fonctionne grâce au transfert de technologie. Depuis dix ans déjà, nous sommes en contrat avec des écoles d’agronomie et des stations d’expérimentation, structures professionnelles privées, qui nous permettent de montrer le fruit de nos recherches. Nous finançons des programmes sur les substances qui favoriseraient la croissance des plantes. Actuellement, nous travaillons également sur le recyclage des solutions nutritives pour une production sous serre. Si nous voulons rester leader sur le marché du jardin, nous devons innover chaque année”. Dans ses serres d’expérimentation, le laboratoire Algochimie cultive aussi les records : parmi les plus impres-sionnants, un géranium zonal de 3,92 m, enregistré dans le Guiness !
 
La vigne et le vin
au microscope
 
   On ne le sait pas assez : le Val de Loire est aussi le deuxième grand pôle géographique français de recherche sur la vigne et le vin, derrière la région Rhône-Méditerranée. Trois des unités d’ITV France, le Centre technique interprofessionnel de la vigne et du vin, sont implantées à Nantes, Angers et Tours. Entre recherche fondamentale et développement, ces structures sont chargées de mener des expérimentations de terrain. “Nous testons les résultats de la recherche fondamentale sur les techniques viticoles ou oenologiques pour améliorer la qualité des produits. Nous travaillons également sur le terrain en situation réelle, à même la cave ou la parcelle,” commente Claude Cuinier, qui dirige l’unité de Tours (six personnes). “Ici, nous sommes spécialisés dans les vinifications de la Touraine et du Centre-Loire. Il s’agit, notamment, de caractériser les vins en fonction de leur origine. Au niveau national, Tours fait référence en matière d’assurance qualité : l’analyse des risques sanitaires à tous les niveaux de la filière, et les contaminants, sont parmi les sujets récurrents d’investigation. L’unité de Tours, qui travaille aussi sur la maîtrise de la fermentation alcoolique et la sélection des levures, se voit confier des missions par les viticulteurs, les négociants, les caves coopératives de la filière vin, les fournisseurs de produits phytosa-nitaires, etc. “Les principaux programmes d’ITV France, menés à Tours ces deux dernières années, portent sur l’élevage des vins blancs et rouges et le mutage des vins blancs destiné à obtenir l’équilibre optimal sucre-alcool,” précise Claude Cuinier.
 

Santé :
les partenariats s’affirment

L’industrie pharmaceutique humaine et vétérinaire s’appuie de plus en plus sur de nombreux laboratoires privés tourangeaux qui proposent une gamme étendue de services et deviennent de véritables partenaires.

 
Médicament :
avant, après
 
   Découvrir une nouvelle molécule thérapeutique, mettre au point une formulation, réaliser des études de tolérance et d’efficacité, évaluer la stabilité du médi-cament, faire évoluer sa présentation, sont autant d’étapes obligées pour la mise sur le marché d’un nouveau médicament.
“Aujourd’hui, si l’industrie pharmaceutique assure l’essentiel de la recherche innovante, elle établit de plus en plus de relations de partenariat avec des laboratoires privés, prestataires de services offrant une grande souplesse et une réactivité importante pour le développement de ses produits, explique Alain Peyrot, pdg de Cebiphar. Partenaire de l’industrie pharmaceutique humaine et vétérinaire depuis vingt ans, Cebiphar, installé à Fondettes, propose toute une gamme de services liés au développement, au contrôle et à l’enregistrement des médicaments. L’entreprise est constituée d’une équipe pluridisciplinaire de pharmaciens, vétérinaires et ingénieurs chimistes. Elle dispose de nombreux moyens techniques pour répondre aux exigences des grands laboratoires internationaux, ses principaux clients. Cebiphar possède également une ferme expérimentale, seule unité de ce type existant en France, qui lui permet de conduire des études sur les médicaments vétérinaires. “Avec un tissu industriel régional important dans le domaine pharmaceutique, nous pouvons créer facilement des synergies et répondre rapidement aux besoins croissants de services. Par l’élaboration de nouveaux produits, à la demande de l’industrie, nous nous sentons aussi impliqués dans la recherche permanente d’amélioration de la santé publique.”
 
Développement des
produits hormonaux
 
   Dans le secteur de la santé, la chaîne “recherche-production-développement” s’allonge : largement sollicités par l’industrie pharmaceutique, les laboratoires privés “ont de plus en plus tendance à déléguer la production pour se recentrer sur les activités de marketing ; c’est la tendance”, explique Dominique Chemineau, pdg des Laboratoires Chemineau à Vouvray. “Les grands groupes pharmaceutiques ne seront bientôt plus que des propriétaires d’AMM” (Autorisations de Mise sur le Marché). Ils ont donc besoin de faire appel à d’autres structures, notamment pour la production ou le développement de leurs articles secondaires. Les Laboratoires Chemineau se sont spécialisés dans les produits pâteux (pommades), aérosols et liquides. Ils ont également ouvert en 1993 un département de recherche et développement sous contrat. “Parmi les axes d’investigation actuels, nous travaillons sur des systèmes de distribution par doses de produits hormonaux, sur des produits moussants et antiseptiques et sur des méthodes de stérilisation par des plasmas”. Aujourd’hui, les Laboratoires Chemineau comptent près de 200 personnes dont 10 % affectées à l’activité recherche et développement. Ils réalisent un CA de 170 MF avec une croissance moyenne de 20 % par an. “La recherche concernant la santé humaine se porte plutôt bien : la classe thérapeutique des produits hormonaux est amenée à se développer fortement. En effet, la population vieillit et doit apprendre à gérer les pathologies, liées notamment à la ménopause.”
La renommée du pôle “recherche santé” en Touraine est, bien sûr, également liée à la présence et à l’activité recherche des très grands laboratoires tels que Pfizer, qui occupent une place prépondérante dans l’économie locale.
 
Renaisciences
Une passerelle utile
 
   Selon le rapport 1998 de l’Observatoire des sciences et des techniques (OST), la part mondiale des publications scientifiques des laboratoires français a progressé de 16 % en douze ans. En revanche, entre 1987 et 1996, la part de la France dans le système du brevet européen a diminué de 17 % (passant de 8,5 % à 7 %). Si ce décalage entre la production scientifique et la position technologique n’est pas spécifique à notre pays, “l’absence de structuration de la recherche technologique peut constituer un handicap, car nous n’avons pas su mettre sur pied un véritable système d’institution relais entre la recherche et l’économie”. Il faut absolument privilégier les passerelles entre public et privé via le transfert de technologie. En Touraine, le message est bien passé et les initiatives se multiplient. Citons, à titre d’exemple, la deuxième édition des rencontres “Recherches et sciences en Touraine” les 29 et 30 novembre au Vinci, qui a remporté un vif succès. Le salon RenaiSciences, organisé par le Conseil général, a en effet invité les chercheurs de la France entière sur le thème des transferts de technologies, des échanges de compétences entre le chercheur et les entreprises, et sur la création d’entreprise par les chercheurs. Notons que la loi sur l’innovation du 12 juillet 1999 introduit de nouvelles possibilités de coopération avec les entreprises.
Au cours de cette manifestation, des exemples concrets de collaboration entre des laboratoires ou établissements d’enseignement et des PME ont également été présentés.
 

Technologies :
on miniaturise !

La recherche est particulièrement dynamique dans les domaines de l’électronique et micro-électronique de puissance, de l’appareillage médical (imagerie) et de la mécanique. Tendances.

 
   “Tom est le fruit de vingt-cinq ans de recherche et de développement au sein de la division électronique de Faiveley. Précision : Tom n’est pas un petit garçon mais un enregistreur de données de route sur un support indestructible capable de résister à un crash”, explique Edouard Ballerin, responsable de la communication. “C’est un système dont la technologie avancée nous vient en ligne droite de l’aéronautique. Cet équipement ferroviaire résiste à 700 degrés, survit à deux tonnes d’écrasement et supporte les chocs les plus violents. Tom est capable de collecter, de traiter, de mémoriser et d’extraire toutes les données numériques de contrôle d’un train”. Au total, quatre-vingts paramètres relatifs à la vitesse, à l’état des portes, à la pression des freins, voire à la sécurité sont ainsi analysés et stockés. Actuellement, quatre cents Tom équipent le réseau britannique. L’efficacité du suivi des conducteurs, de l’exploitation commerciale ou de la maintenance du parc s’en trouve considérablement améliorée. Autre fruit des efforts de recherche de l’entreprise Faiveley : Sirene, un système de surveillance destiné aux véhicules de transport en commun (train, métro, bus, tramway). Entièrement numérique, ce produit assure l’enregistrement audio-vidéo en continu des images de l’intérieur du véhicule sur un disque dur interne. Le système se compose d’un matériel embarqué, comprenant des caméras de taille réduite et une station d’enregistrement montées à bord du véhicule. La visualisation et l’exploitation des données sont réalisées au sol, via un simple ordinateur. Aujourd’hui, les réseaux de la plupart des grandes villes de France en sont équipés. “Sirene devrait trouver de nombreuses applications dans les transports, notamment frigorifiques, et dans d’autres domaines”, commente Edmond Ballerin.
 
Les systèmes d’imagerie
médicale évoluent
 
   Créée en 1984, l’entreprise Vermon produit et commercialise des transducteurs ultrasons à usage médical (90 % de son activité) et industriel. Sur le site de Tours, où travaillent soixante-dix personnes dont quinze ingénieurs et scientifiques, Vermon assure la production d’environ dix mille sondes échographiques par an. “Notre clientèle est constituée de gros fabricants de systèmes d’imagerie médicale, de laboratoires de recherche médicale ou spatiale, d’industriels du contrôle non destructif”, explique Rémi Dufait, directeur des opérations. Un professionnalisme qui a propulsé cette PME innovante au-devant de la scène européenne : “L’entreprise a été choisie comme maître d’oeuvre de deux programmes de recherche européens en 1999. D’autre part, pour pouvoir continuer à concevoir des sondes de plus en plus performantes, nous accordons beaucoup d’importance à nos projets de recherche et développement. Ces efforts portent notamment sur les technologies de fabrication et sur les différents matériaux constitutifs de la barrette. La miniaturisation des sondes, liée aux applications endocavitaires et transoesophagiennes, par exemple, ne cesse de progresser”. Enfin, les recherches poursuivies actuellement ont pour objectif l’obtention d’image en volume (3D) et en temps réel, notamment pour des applications cardiaques. Un progrès technologique dont pourraient bénéficier les patients dans quelques années.

Laurence DREANO

Université - STMicroelectronics
Un brevet déposé en commun
 
   Carrefour scientifique, la Touraine s’impose dans le monde de la science : plus de 1 500 chercheurs y travaillent chaque jour au sein de 80 équipes de recherche rattachées à l’université François-Rabelais à Tours, au CNRS, à l’INRA, à l’INSERM ou au CEA. Cet environnement est à la source du raisonnement suivi par STMicroelectronics : il y a deux ans est né à Tours un laboratoire de microélectronique de puissance. Dépendant de l’université François-Rabelais, mais hébergé sur le site de l’entreprise, ce laboratoire d’un genre nouveau a séduit les collectivités, en particulier le Conseil général. Elles ont ainsi aidé l’université à acquérir les équipements nécessaires, dont un implanteur ionique de 18,3 MF. Première réussite de cette coopération : un brevet a été déposé conjointement par STM et l’université.