Pollution et livraison en ville : même combat !
 
Livrer
propre
 
Lors de la journée sans voiture, le 22 septembre dans l’hyper-centre de Tours, les livraisons de marchandises ont été effectuées dans des véhicules propres à partir d’une plate-forme de fret organisée pour l’occasion. Expérience ponctuelle ou solution d’avenir ?
Tours a expérimenté, avec 80 autres villes françaises, la formule d’un centre-ville moins pollué et moins encombré. En effet, pour la deuxième année consécutive, Tours a participé à l’opération “Une journée en ville sans ma voiture”, le 22 septembre dernier. Afin d’éviter une rupture dans le cheminement des marchandises, une plate-forme relais, située place Saint-Paul, a géré en exclusivité l’ensemble des mouvements de livraison et d’enlèvement des colis, se substituant ainsi aux tournées réalisées d’habitude par chacun des transporteurs. En partenariat, l’asso-ciation 100 Véhicules électriques en Touraine, Primagaz, la CCI de Touraine et la Ville de Tours ont mis des véhicules propres (électriques, GPL) à la disposition des transporteurs. Pour la plupart, ceux-ci ont joué le jeu. Toutes leurs marchandises ont été transférées dans des véhicules utilitaires propres d’une contenance de 3 m3 ou 10 m3 pour assurer les tournées dans le centre sans créer de pollution. Les livreurs qui ont utilisé la plate-forme ont accompagné les chauffeurs de véhicules pour effectuer toute la manutention. Pour mieux connaître la traçabilité des livraisons, les chauffeurs ont rempli un document de suivi de la tournée, établi par l’association 100 VE en Touraine. L’exploitation de ces renseignements par la ville de Tours a constitué le premier volet d’une réflexion sur la livraison de marchandises en ville.
 
Un caractère
expérimental
 
    Dix véhicules propres avec chauffeur ont été mis à la dis-position des transporteurs. Cinq personnes sur la plate-forme organisée par 100 VE en Touraine, dont deux régulateurs-coordinateurs, ont géré les allers-retours de chacun. Le temps de charger les cargaisons d’un véhicule dans un autre moins polluant et les livraisons se sont succédées à un rythme soutenu. L’expérience n’a pas laissé indifférent puisqu’une délégation d’étrangers s’est montrée curieuse de voir fonctionner “la plus grande plate-forme de fret de France” déclare Thierry Brossier, représentant l’association 100 VE en Touraine. Si l’objectif de cette journée était de “repenser la mobilité urbaine, c’était également l’occasion de lancer quelques initiatives à caractère expérimental comme cette plate-forme,” explique-t-il. Pollution, saturation de véhicules, congestion du dépla-cement en centre-ville... Comment lutter efficacement contre cette tendance ? Pas de solution miracle. Les transporteurs, en première ligne de ce débat, doivent pouvoir faire leur travail dans des conditions déjà difficiles (problème d’ouverture des commerçants à des heures différentes notamment). Six transporteurs ont été associés au projet (Jet Services, Théry, Arcatime, Dusolier, UPS et Ducros). Qu’ont-ils retenu de cette journée ?
 
Un débat
ouvert
 
    “Cette expérience a eu le mérite d’associer et de réunir autour d’une table tous les interlocuteurs concernés” affirme Jean-Pierre Nonet, res-ponsable d’exploitation des Transports Théry à Tours (messagerie, lots, entrepôts), “même si la préparation de la journée nous a donné du travail supplémentaire. Le véhicule électrique est une idée séduisante sur une journée mais on perd du temps à charger et à décharger. De plus, au regard de la configuration des véhicules propres, les colis palettisés n’ont pas pu être livrés”. Des plate-formes semblables pourraient-elles devenir permanentes ? Les transporteurs devraient-ils directement s’équiper de véhicules électriques ?
 
Pas encore
convertis !
 
    “Les tournées en centre-ville font entre 20 et 30 kilomètres, ce qui est compatible avec l’autonomie d’un véhicule électrique, qui a l’avantage d’être non polluant et silencieux”, commente Thierry Brossier. J.-P. Nonet, aimerait, pour sa part, disposer de véhicules de gros gabarits : “Nous sommes déjà des plate-formes, nous, les transporteurs ! A quoi bon en créer de nouvelles ! Quant à se doter de ces véhicules... Pour l’instant, les constructeurs ne se sont pas lancés dans une fabrication adaptée aux gros volumes. Il nous faudrait des engins de 40 m3, pouvant supporter sept tonnes de poids total en charge. Plus les véhicules sont petits, plus on doit multiplier les tournées, plus on encombre la ville...” Des doutes partagés par Stéphane Dardenne, superviseur Trafic Jet Services à Rochecorbon : “Nous étions volontaires pour participer à cette initiative expérimentale. Nous avons livré 62 clients ce jour-là, mais les tournées ont été préparées minutieusement. Nous avons fait un tri par secteur et distribué uniquement les colis de moins de 30 kilos. A cinq minutes de Tours-Centre, nous n’avons pas besoin d’autre plate-forme de fret. Si les transporteurs ne semblent pas encore tout à fait prêts à se convertir aux voitures électriques, ils sont satisfaits de se trouver au coeur d’une véritable réflexion : quelle est la meilleure solution pour libérer le centre-ville de la pollution, fluidifier la circulation en assurant la livraison des marchandises ? Quel centre-ville voulons-nous pour demain et quels types de déplacements ?
“Lors d’une nouvelle opération de ce genre, il sera nécessaire d’associer les donneurs d’ordres tels la Fnac, C&A, les Galeries Lafayette. Ils sont d’autant plus concernés qu’ils n’ont pu être livrés ce 22 septembre,” fait remarquer Michel Lenfant, responsable du Petit Paris, rue Nationale#. “Un débat se déroule actuellement sur les modes les plus efficaces de livraison : gros ou petits porteurs ? Il semble que, dans certains cas, il sera préférable d’accepter un gros porteur plutôt que quarante camionnettes, moins polluant et moins encombrant ! Mais qui paiera le surcoût de transport, si ce système est appelé à se pérenniser : le transporteur ou le client ? C’est un vrai débat, en cours au niveau local et national.
Laurence DREANO

Cette opération “En ville sans ma voiture” a été menée en partenariat avec l’association 100 véhicules électriques en Touraine, la Ville de Tours, l’ADEME, la CCI, EDF/GDF, Primagaz.

 
Plate-forme de fret : les chiffres

  • 10 véhicules électriques et 2 au GPL.
  • 100 m3 de marchandises ont été transportés.
  • 25 tournées de livraisons effectuées.
  • 2 tournées d’enlèvement.
  • 185 commerçants livrés (493 colis).
  • 40 % des livraisons habituelles n’ont pu être effectuées en raison des contraintes de poids, de palettisation ou de risque de rupture de la chaîne du froid.