Le bois a de l’avenir.

Le bois
dans le bon sens

Les tempêtes hivernales ont rappelé combien les Français étaient sensibles au bois de leurs forêts. Ses qualités sont indéniables mais insuffisamment exploitées. Professionnels et institutionnels se mobilisent.

 
   On touche du bois à longueur de journée : depuis le pied posé de bon matin sur un parquet ciré, jusqu’au dos calé le soir, dans un canapé confortable, les yeux rivés sur un feu crépitant. Entre-temps, pas une heure ne s’est écoulée sans la compagnie du bois : papier, emballage, tonnellerie, bâtiment et construction, bricolage, ameublement, outils, ses débouchés sont multiples autant que variés.
 
Un potentiel
sous-exploité
 
   Sylviculture, première transformation, seconde transformation : de bout en bout la filière française du bois est pourtant encore insuffisamment organisée. Elle a pour acteurs principaux la forêt, détenue majoritairement par des propriétaires privés (en région Centre, 85 % de la surface forestière appartient à des particuliers) et des entreprises dont 70 % ont moins de cinquante salariés. Petites, elles manquent de standardisation et de normalisation. “Je fais venir de Vendée du pin traité autoclave, provenant de la forêt de Chinon. En Indre-et-Loire il n’y a pas de scieries équipées pour les traiter de cette façon”, déplore Jean-Vincent Boussiquet, responsable de l’entreprise de construction bois du même nom, à... Chinon. On est loin de l’organisation intégrée et verticale des pays scandinaves ou nord-américains. Et pourtant les ressources ne manquent pas, sauf en bois résineux qu’on importe : contrairement aux idées reçues, la forêt française est en expansion et sous-exploitée : “Il faut sortir le bois de nos forêts et industrialiser toute la filière” assure François Chaffange, le délégué permanent d’Arbocentre - association interprofessionnelle de la filière forêt-bois en région Centre.
 
Des enjeux économiques
et environnementaux
 

Matériau renouvelable, le bois consomme peu d’énergie pour sa production et sa transformation industrielle. Bon pour l’environnement - il contribue à la réduction de l’effet de serre - il est, avec la forêt et les activités qui en découlent, un pourvoyeur d’emplois d’autant plus appréciables qu’ils s’exercent en milieu rural. Depuis la loi sur l’air de 1996, l’Etat a pris la mesure des intérêts économique et écologique représentés par une rationnalisation de la filière du bois. Le décret d’application de la loi sur l’air préconisant une augmentation de l’utilisation du matériau bois dans la construction de certains établissements publics devrait enfin paraître, assorti d’une charte “construction-environnement-bois”.
Comme l’Etat, la Région et le Département sont également mobilisés par ces enjeux. L’organisation de la filière est inscrite comme sujet prioritaire dans plusieurs contrats de Pays, dont celui du Pays de Loches et de la Touraine du sud. Une étude de faisabilité actuellement en cours révèlera bientôt quel débouché de deuxième transformation est le plus apte à la valoriser et à moderniser le travail de première transformation des trois scieries du canton. En effet, la filière bois n’est pas linéaire : les activités qui en découlent sont en constante interaction.
“Les appareils de manutention ont supprimé le travail de l’homme” reconnaît Henri Paquignon à Saint-Laurent-en-Gâtines. Avec 12 salariés, la scierie familiale, spécialisée dans le chêne et créée voilà trente ans, n’a pas reculé devant les investissements lourds : “Grâce à la performance des machines, on scie quatre fois plus avec autant de personnel”. Chez Paquignon, les débouchés du sciage sont les palettes et les produits de calage (11 %), les traverses de chemin de fer destinées à l’export (11 %), la charpente (25 %) et l’ameublement (44 %).

 
TEMPETES

Bois chablis et autres dommages

Avec 200 000 m3 de bois chablis et volis (à terre), majoritairement des résineux, l’Indre-et-Loire est l’un des départements les moins touchés de la région Centre, qui déplore au total plus d’un million de m3 de bois abattu par les deux coups de vent successifs des 26 et 27 décembre 1999. Ce cubage représente 70 % de la récolte annuelle commercialisée. Comparativement, les 23 millions de m3 de bois tombés en Lorraine équivalent à 5,7 fois la récolte annuelle de cette région... Le Limousin, plus proche de nous, a payé également un lourd tribut : 5,3 fois sa récolte annuelle mise à terre une nuit. La France compte environ 93 millions de m3 de bois tombés lors de ces tempêtes. Pour pallier l’afflux massif de bois sur le marché et, ce faisant, un effondrement des cours, un dispositif (dont les moyens ne sont pas définis à l’heure où nous mettons sous presse) prévoit de stocker le bois dans des conditions de conservation telles qu’on puisse l’écouler au fur et à mesure. La partie n’est pas gagnée car il s’agit, dans un premier temps, de pouvoir compter sur un nombre suffisant de bûcherons pour débiter le bois chablis.

Source : Direction départementale de l’agriculture et de la forêt, janvier 2000.

 

Repères boisés

La France possède l’un des plus grands massifs forestiers européens :

  • 14 millions d’ha soit le quart du pays. Depuis la Révolution, la surface boisée a doublé et elle continue d’augmenter de 30 000 ha par an.
  • 25 millions de m3 de bois utilisés par an (la récolte française est inférieure à la production biologique de la forêt).
  • CA : de l’ordre de 66 milliards d’euros (435 Mds de F.).
  • 500 000 emplois pour l’ensemble de la filière.

    Avec 850 000 ha de forêt (2000 ha supplémentaires plantés chaque année) dont 520 000 ha de chênaie, la forêt de la région Centre est feuillue aux trois-quarts. La région Centre est la première région productrice de chêne de haute qualité : le chêne de merrain, destiné à la tonnellerie.
    En volume, elle occupe le second rang derrière la Bourgogne.
    C’est le troisième producteur national pour le pin et le quatrième pour le peuplier.

  • CA : de l’ordre de 1,5 milliard d’euros (9,9 Mds de F).
  • 25 000 emplois.
  •  

    Construction :
    à bâtir !

    60 % des débouchés du bois vont à la construction. Et pourtant la part du bois dans la construction est faible en France au regard de ses pays voisins. En Indre-et-Loire cette activité de deuxième transformation est très peu représentée : la porte est ouverte !

     
       En France, 4 % seulement des constructions individuelles sont fabriquées à partir d’une ossature en bois, contre 80 % aux Etats-Unis et 90 % dans les pays scandinaves. Et pourtant, le bois dispose de nombreux atouts : matériau sain qui se prête à l’habitat, le bois est doué d’une grande résistance mécanique : chez Boussiquet à Chinon on fabrique des IPN en bois ! C’est aussi un bon isolant qui résiste bien au feu car il se consume lentement.
    L’industrie de fabrication de charpente et de menuiserie est composée, en France, de petites entreprises puisque 80 % d’entre elles ont moins de cent salariés. En Indre-et-Loire, l’activité dépend de l’artisanat avec des effectifs en moyenne inférieurs à dix personnes. L’entreprise Boussiquet est l’une des plus importantes avec vingt-huit salariés (dont le quart sont des compagnons) et un chiffre d’affaires de 12 MF dans lequel la maison à ossature bois n’entre que pour 15 %.
     
    L’artisanat n’exclut pas
    la modernité
     
       “Un projet associant l’Etat, via cinq ministères, et les principales organisations professionnelles concernées par la construction devrait déboucher prochainement sur une charte “construction-environnement-bois”. Le but est de développer l’usage du bois dans la construction en s’engageant à atteindre dix objectifs à travers cinq grands thèmes d’action : communication, marché, compétitivité, recherche, for-mation, réglementation et normalisation”, explique Jean-Vincent Boussiquet, qui est président de l’Union nationale artisanale des métiers du bois. Egalement président de la Chambre des Métiers, il défend les racines de l’artisanat confondues à tort avec un certain passéisme : “C’est la faute des entreprises qui n’ouvrent pas assez leur atelier pour montrer ce qu’elles font. Le métier a évolué, mais on ne sait pas le faire savoir. Aujourd’hui on recherche des charpentiers sachant moins manier la bizègue et l’herminette que l’outil informatique”. Plus apparentés à l’ingénierie qu’à la menuiserie, ils matérialisent techniquement la conception de l’architecte aussi bien pour des charpentes traditionnelles ou en lamellé-collé, que pour des ouvrages extérieurs (passerelles, aménagements urbains, etc.).
     
     

    Ameublement :
    s’adapter, c’est vital

    Après avoir subi la crise de plein fouet, le secteur de l’ameublement se remet doucement et entre dans une phase de redynamisation.

     
       “L’époque où l’on achetait le salon complet depuis le canapé jusqu’au pouf en passant par les deux fauteuils est révolu. Le consommateur est devenu zappeur dans un intérieur nomade”, analyse Jean-Jacques Minet, respon-sable de Rosyl à Luynes. Les changements des habitudes de consommation, associés à la concurrence étrangère, ont imposé aux entreprises de l’ameublement de s’adapter.
    La chaleur du bois, ap-précié dans l’habitat, a gagné l’environnement professionnel : l’introduction du bois chez Clen, spécialisé à l’origine dans le matériel de classement métallique, date seulement de 1990. L’entreprise a investi, en 1998, 2,5 MF dans une machine numérique de découpe des plateaux en bois de ses bureaux. Elle mise sur l’alliance du bois avec d’autres matériaux comme le polyuréthane.
    “La baisse du marché entre 1995 et 1997 nous a fait prendre un virage important”, estime Dominique Ensarguet, directeur général de l’entreprise familiale du même nom à St-Benoît-la-Forêt, créée en 1981 : en renonçant à son activité de cotraitance, Ensarguet a diversifié sa production et sa clientèle.
     
    Investissements
    et réorganisation du travail
     
       ““La conjugaison de délais courts, de qualité et de prix a fidélisé nos clients”. La capacité à livrer dans des délais courts suppose une activité rapide, rendue possible grâce à des investissements lourds comme l’achat de machines numériques : “Si les techniques d’assemblage n’ont pas été révolutionnées en vingt ans, le délai, écourté grâce aux machines, a été considérablement réduit. La réactivité par rapport à la demande est ainsi bien plus grande”. Pour compléter son offre de produits, Ensarguet a acquis Les Meubles d’art Housseau, à Fondettes, entreprise de meubles de prestige. De la même manière, l’entreprise jurassienne Rosyl, spécialisée dans les meubles en chêne, s’est diversifiée dans le haut de gamme en rachetant Sièges de Luynes en 1998. La société tourangelle a gardé son activité de fabrication de sièges et de canapés pour les marques Jean Roche et Guermonprez. S’y sont ajoutés les modèles Rosyl Sièges ainsi que la fabrication de petits meubles en merisier.
    La redynamisation de l’entreprise qui compte aujourd’hui 106 personnes est passée par la réorganisation et la rationnalisation du travail et donc par des investissements : “Nous avons investi dans une machine de coupe automatique Lectra System, qui digitalise les gabarits : la coupe est optimisée de manière à limiter les chutes de tissu tout en tenant compte des raccords”, explique Jean-Jacques Minet. “Formation comprise, cette machine représente un coût de 1,6 MF.”
     
     

    Emballage :
    entre plastique et carton

    L’industrie française de l’emballage en bois représente 7 % des ventes de l’ensemble des emballages. Et encore, l’industrie de la palette y figure pour le tiers des facturations. Plus cher, “moins communiquant”, l’emballage en bois a fort à faire pour lutter contre le carton et le plastique.

     
       “Il n’est pas question de viser 100 % du marché. Avec un matériau trois fois plus cher que le plastique, ce serait impossible. En revanche, nous développons une niche qui profite de l’image qualitative du bois pour proposer des emballages valorisants à des produits alimentaires qui jouent la carte du haut de gamme”. Francis Cousin, pdg du groupe SEEC dont le siège est à Azay-le-Rideau, considère que la société européenne d’emballage et de conditionnement qui détient 60 % du marché français de la boîte fromagère en bois est sous-traitante de l’industrie agro-alimentaire. Elle est amenée ainsi à innover en permanence : la SEEC a d’ailleurs reçu l’Oscar de l’emballage 1999 pour un produit composite alliant bois et plastique. Les 160 personnes qui travaillent chez Cibem Azay (CA : 70 MF), l’une des filiales du groupe qui en compte cinq en France, produisent par jour un million de rondelles ou de carrés en bois de peuplier destinés à l’assemblage de boîtes froma-gères. Ce débouché représente 60 % de l’activité de l’usine qui consacre les 40 % restants à la fabrication de conditionnements thermoformés selon un procédé exclusif : barquettes pour fruits secs, pain ou herbes aromatiques, fonds pour pizzas fraîches, bourriches d’huîtres, etc. Dans les deux cas, la découpe se fait à partir de panneaux de peuplier, déroulés, séchés, encollés, mis au format et réhumidifiés.
     
    Innovation
    et recyclage
     
       “Dans l’arboriculture le carton est prédominant à 80 % : outre qu’il est plus facile et moins coûteux de communiquer par le biais de ce matériau, les grands distributeurs incitent les producteurs à l’utiliser car il est plus commode à entreposer et à recycler en-suite”. C’est pourquoi Jacques Brossillon, responsable de la SIB réfléchit sérieusement à créer une activité de recyclage du bois, des palettes et des cageots vides. Il fut un temps où la SIB était la première entreprise de Chinon en terme d’effectif (jusqu’à 118 personnes) et de chiffre d’affaires : scierie créée en 1922, elle s’est diversifiée au fil du temps dans l’emballage léger pour les fruits et les légumes. Laissée à l’abandon par un repreneur parisien, elle a fini par déposer son bilan. Jacques Brossillon, séduit par le potentiel de l’entreprise et de ses salariés, à la fois jeunes et expérimentés, l’a rachetée en septembre 1999. “Pour l’instant je m’attache à relancer l’activité qui subsistait encore, à savoir l’emballage”. Aussi le personnel a-t-il retroussé ses manches depuis trois mois pour défricher le site envahi de ronces et remettre en état l’outil de travail : la production est repartie avec 25 000 caisses par jour et une trentaine de modèles selon le type de fruits ou de légumes conditionnés. La remise en fonctionnement de la scierie est prévue courant 2000.
    Démarche d’avenir, le recyclage des déchets du bois est déjà une réalité dans le département : Claude Alexandre, pdg d’Alexbois à Amboise (négoce de produits finis bois), a récemment racheté une société spécialisée dans la récupération et le recyclage des déchets bois, Bois 2 R, qui gère désormais les déchets de bois et palettes de nombreux industriels de Touraine.
    Anne-Christine BECARD