Investissement, innovation, service : le trio productif.

Où en est
l’industrie ?

Liée à la vigueur de la demande intérieure et à la progression de l’investissement, l’évolution de l’activité industrielle française est favorable depuis près de deux ans. En Touraine, ce constat est à nuancer selon les secteurs.

 
L’équipement des centres d’appel est un marché porteur pour Clen.
   “La conjoncture est porteuse et le carnet de commande est très bon”, affirme Guy Douady, responsable de Sotoleco à Amboise, entreprise de vingt-quatre personnes, spécialisée dans la tôlerie-chaudronnerie. Ce que vient corroborer l’OCDE, qui a corrigé à la hausse, mi-novembre, ses prévi-sions de croissance pour l’économie française : par rapport à celles du mois de mai, les experts tablent désormais sur un taux de croissance de 2,4 % en 1999 contre 2,3 % et de 3 % en 2000 contre 2,6 %.
La bonne santé des PME de l’industrie française en 1998 a été vérifiée en juin 1999, à partir d’un échantillon composé de 7 528 entreprises de moins de 500 salariés (Source : l’état des PMI-Edition 1999-Sessi).
Elle a révélé une forte progression de l’activité en 1998, supérieure à celle de 97 : la progression du chiffre d’affaires de 5,2 % en 97 a atteint 6,4 % en 98.
Cette accélération de l’activité s’explique par une demande intérieure forte, favorisée par une augmentation de l’investissement des entreprises et un dynamisme accru de la consommation des ménages.
L’évolution positive du chiffre d’affaires est plus marquée dans l’industrie automobile et dans les biens d’équipement (respective-ment +12,2 % et +9,7 %), secteurs directement liés à la consommation des ménages. Cette croissance a été plus modérée dans les biens de consommation et les biens intermédiaires (+ 4,5 % et + 7,1 %).
En revanche la progression a marqué le pas dans l’industrie agro-alimentaire (+3,4 % en 1998 contre +6,3 % en 1997) en raison de la baisse de la demande extérieure.
La croissance des effectifs est remarquable (+2,2 % contre 1,7 %) surtout dans l’industrie automobile et les biens intermédiaires (+3 %); elle est restée stable dans les biens de consommation.
Même s’il n’a pas encore atteint le niveau de 1990, l’investissement a fortement repris (+ 12,4 % en 1998).
 
Investir
pour survivre
 
   Autant pour ne pas se laisser distancer par la concurrence que pour assurer sa pérennité, l’entreprise de sous-traitance Sotoleco, a profité d’une conjoncture favorable pour investir 2,3 MF dans de nouveaux moyens de production : “Nous allons ainsi pouvoir élargir nos marchés vers la moyenne série et améliorer notre productivité”.
“Nous avons pris le parti d’investir dans de gros outils industriels avant même de penser à obtenir nos premiers marchés. Pour nous il n’était pas question de bricoler” : pari gagné pour Ecosys, premier industriel français du recyclage de déchets verts, qui est passé de deux à quarante emplois en cinq ans. Preuve que des investissements, beaucoup de travail et un marché porteur sont payants.
 
Innover
pour croître
 

“La croissance de l’entreprise passe par l’innovation”, assure Michel Dumont, responsable de STMicroelectronics à Tours : “Pour progresser, il faut s’appuyer sur la recherche et le développement et donc sur un environnement universitaire adéquat”. De ce raisonnement est né, il y a trois ans, le laboratoire de microélectronique de puissance : intégré à l’usine de Tours, il résulte du partenariat entre les collectivités locales, STM et l’université François-Rabelais dont il dépend. Pour autant, l’innovation n’est pas l’apanage des grandes. Les PME ont, elles aussi, tout à y gagner. D’après le rapport 1999 du Sessi, les petites entreprises innovantes sont plus souvent filiales de groupes, confient et reçoivent plus de sous-traitance, ont plus de contacts avec les organismes industriels et sont plus souvent exportatrices que les grandes. Elles sont également plus performantes : leur valeur ajoutée croît plus vite que dans les entreprises non innovantes.
L’innovation est le moteur de Clen, fabricant de mobilier de bureau, à Saint-Benoît-La-Forêt : la maîtrise de l’injection de polyuréthane, par exemple, lui permet de travailler des formes originales ou de donner aux meubles des chants arrondis. “A partir des composants que nous maîtrisons, nous déclinons de nouveaux produits en fonction de la demande du marché. Comme celle des “calls centers” pour laquelle il faut concevoir des bureaux, des cloisons et des éclairages adaptés, reconnaît Nicolas Ollivier, qui possède chez Clen la double casquette de directeur administratif et financier et de DRH.

 
Vers une
politique de service
 
La clientèle de plus en plus exigeante et pressée oblige l’industriel à accroître et à améliorer le service : Clen a dû investir dans la construction de nouveaux bâtiments pour augmenter sa surface de stockage et raccourcir ainsi ses délais de livraison : “Les délais proposés par les entreprises de VPC nous imposent de répondre plus rapidement à la demande”.
Le service, c’est le positionnement d’emblée choisi par Ecosys, spécialisé dans le traitement et la valorisation des déchets verts, sur place, chez ses clients : “Nous sommes prestataires de services industriels mobiles” : c’est ainsi que Pascal Fremin-Besombes et Arnaud Philipon, créateurs d’Ecosys, présentent leur métier dont l’originalité est de proposer une filière globale de recyclage des déchets verts : “Nous avons la double ambition d’améliorer techniquement le process de compostage et d’apporter des solutions innovantes à nos interlocuteurs”.

Anne-Christine Bécard

 
TENDANCES

Quelle évolution pour l’industrie tourangelle ?

Certaines idées reçues ont la vie dure : il est, paraît-il, toujours utile de rappeler que oui, il y a bien une activité industrielle en Indre-et-Loire : si l’on considère l’ensemble des emplois salariés privés, générés par les services, l’industrie, le commerce et la construction (126 000 au total), le secteur de l’industrie est le deuxième employeur avec près de 36 000 emplois (28 % des emplois salariés privés), après les services (44 %) et devant le commerce (19 %) et la construction (9 %). Le nombre d’emplois est bien réparti entre les trois grands secteurs d’activité industrielle que sont les biens de consommation et l’agro-alimentaire, les biens intermédiaires et les biens d’équipement.
Il est avéré que, depuis 1998, l’industrie française investit et crée des emplois. Les différents indicateurs d’investissements relevés dans les entreprises tourangelles confirment bien le mouvement. Par contre, pour l’emploi, le constat n’est pas aussi évident selon une étude réalisée par l’Observatoire économique de Touraine sur l’évolution du secteur industriel en Indre-et-Loire de juin 1998 à juin 1999 : la comparaison des chiffres d’une année à l’autre révèle que le nombre des établissements in-dustriels a augmenté pendant cette période (+ 2 %), alors que le nombre d’emplois a baissé (- 1,4 %). Si cette baisse détonne, dans un contexte national de création d’emploi, elle appelle un commentaire : en effet, elle est pour beaucoup imputable aux difficultés de l’industrie du textile et de l’habillement, malmenée par la concurrence étrangère. Quant aux autres secteurs traditionnels (minéraux, verre, bois, carton), ils ont souffert des restructurations intervenues pour diverses raisons dans les filiales tourangelles de groupes nationaux et internationaux. En revanche, certains secteurs sont particulièrement dynamiques en terme d’emploi. C’est le cas du secteur du plastique et des caoutchoucs (biens intermédiaires) qui détient la palme de l’emploi (+5 %). Comme celui du travail des métaux et de la métallurgie qui, avec 277 établissements et 5 397 emplois renforce encore sa position de premier secteur d’activité industrielle d’Indre-et-Loire.
En fait, l’industrie n’est pas restée à l’écart de la création d’emploi mais, en quête de flexibilité, elle a fait largement appel aux travailleurs temporaires depuis la reprise de 1997. Or, plus d’un contrat d’interim sur deux est signé avec une entreprise industrielle. Le problème est que ces salariés sont comptabilisés dans les services.

Classement des secteurs industriels suivant leur nombre d’emplois en Touraine

Le travail des métaux et la métallurgie : 5397 (+ 217) soit + 4,19 %
Industrie du caoutchouc et des plastiques : 4946 (+ 223) soit une augmentation de près de 5 % par rapport à 98 !
Fabrication de machines et équipements : 3503 (-26) (4ème rang en 98)
Industrie du papier et du carton, édition, imprimerie, reproduction : 3304 (-252) (3ème rang en 98)
Fabrication d’équipements électriques et électroniques : 3258 (+169)
Industrie de l’énergie : 2 888

Industries de matériels de transports et de l’automobile : 2731 (-132)
Industrie chimique et pharmaceutique : 2233 (+ 139) (10ème rang en 1998)
Le travail du bois et la fabrication d’articles en bois-fabrication de meubles et industries diverses : 2157 (-55) (9ème rang en 98)
Industries agroalimentaire et alimentaire : 1705 (+190) (12ème rang en 98)
Industries textiles de l’habillement et des fourrures : 1609 (-640) (8ème rang en 98)
Fabrication d’autres produits minéraux non métalliques : 1434 (- 330) (11ème rang en 98)
Industries du cuir et de la chaussure : 377 (+ 8)
Récupération, recyclage : 307

NB : Certaines entreprises relèvent de plusieurs codes NAF. A titre d’exemples, Servi et Doryl qui produisent des moules à fromage n’apparaissent pas dans le secteur du plastique mais dans celui des équipements industriels. C’est ainsi que, d’une année sur l’autre, des entreprises peuvent très bien se faire répertorier sous un code plutôt qu’un autre, selon des critères qui ne regardent qu’elles. De tels changements ont évidemment des répercussions statistiques pouvant fausser légèrement les comparaisons.