Cadeaux d’affaires :
Conte à rebours
Chapitre 1999
 
Résumé des chapitres précédents : le bug s’est produit. Trois hommes, nés chacun dans leur siècle, se trouvent réunis à la CCI de Touraine : Jacques-Alexandre Roze-Abraham, premier président de la CCI de 1803 à 1812, Emmanuel Brault, président de 1889 à 1902, et Michel Marchais, président depuis 1992.
 
    Michel Marchais (1999) : Ce fameux bug nous vaut l’occasion de nous rencontrer dans ce bureau que vous connaissez bien, même si j’ai un peu allégé le décor. Tous trois, nous aurons été présidents de la CCI lors du passage d’un siècle à un autre. Toi, Jacques-Alexandre, durant ton mandat, tu as ren-contré, à l’archevêché, l’empereur Napo-léon, le 1er août 1808, toi, Emmanuel, le 25 mai 1896 tu as reçu à la Chambre un président de la République, Félix Faure.

Emmanuel Brault (1900) : Oui. Il est venu à Tours à l’occasion de la pose de la première pierre de l’Hôtel de ville et de la nouvelle gare. Il m’a même remis ce jour-là la Légion d’Honneur. C’était deux ans et demi avant sa mort. Un homme de chambre et même... d’alcove puisque c’est entre deux soupirs qu’il a rendu l’âme ! Mais toi, Jacques-Alexandre, le premier de nous tous, tu n’as cependant jamais été président... Jacques-Alexandre Roze-Abraham (1803) : Seulement vice-président. C’est le général préfet qui, à l’installation de la Chambre en 1803, était président de droit. Pourtant nous avions fait la révolution... En 1832, c’est Eugène Gouïn, un banquier, créateur de la caisse d’Epargne de Tours , qui deviendra de droit le premier président de la Chambre de commerce. Il sera plus démocratiquement élu parmi les membres de la Compagnie, tout comme le secrétaire.

Michel Marchais (1999) : J’ai feuilleté vos registres de procès-verbaux de séances. Vous n’aviez pas l’air débordés, seulement occupés à vous mettre d’accord sur le contenu des lettres à envoyer, les messages de condoléances, les copies à faire... Vous donniez votre avis sur l’aménagement de la rue Nationale, très encombrée, sur le passage ou non du tramway... Ah ! Pour communiquer entre vous, ne pas perdre de temps en réunion, obtenir rapidement des renseignements sur l’état du commerce et de l’industrie, ... si vous aviez eu des ordinateurs connectés à internet !

Jacques-Alexandre Roze-Abraham (1803) : A quoi ?

Michel Marchais (1999) : Je t’expliquerai.

Jacques-Alexandre Roze-Abraham (1803) : Tu sais, nous avons tout de même beaucoup travaillé ! Notre mission nous prenait du temps. Il nous fallait même suivre les processions religieuses, à l’invitation du Cardinal archevêque, comme ce 10 Prairial de l’an XII ! Mais nous avions cinq semaines de vacances pour les vendanges, une décision du 28 Fructidor de l’an XI. En général, nous nous réunissions l’après midi, chaque semaine au début, chaque mois ensuite. Il fallait en effet donner lecture des lettres, répondre au courrier. Rapidement, nous avons décidé de les retranscrire sur un registre prévu à cet effet afin d’en garder la trace. Nous avons signalé cette décision au Premier Consul et au ministre de l’Intérieur. Mais en nivôse ou en ventôse, à la lueur des bougies, quel travail !

Michel Marchais (1999) : Nous avons résolu le problème avec le papier carbone, les machines à alcool, puis la photocopie, enfin le stockage informatique. Nous communiquons également par fax et, depuis 1998, tout le personnel de la CCI est joignable par e-mail.

Jacques-Alexandre Roze-Abraham (1803) : Par quoi ?

Michel Marchais (1999) : Je t’expliquerai.

Emmanuel Brault (1900) : Et le télégraphe, le télégramme, le téléphone, même si les communications étaient coupées au bout de six minutes - quand on avait la chance d’avoir une ligne ! Cà, c’était un progrès ! C’est, par exemple, par un télégramme reçu peu avant le 12 février 1896, que monsieur le ministre du Commerce nous a demandé notre avis sur la réalisation d’une exposition à Paris en 1900. Malgré des objections, nous avons encouragé le Gouvernement à une nouvelle manifestation de notre puissance économique, commerciale, industrielle et agricole, afin de démontrer ainsi les tendances de la nation à travailler en paix au développement de notre industrie nationale et à l’expansion de l’exportation de nos produits manufacturés.

Michel Marchais (1999) : Nous aussi nous encourageons les entreprises à exporter, mettant à leur disposition notre service à l’export. Depuis peu, nous leur proposons Interex, l’une des bases de données de notre bouquet de services @pitec.

Jacques-Alexandre Roze-Abraham (1803) : De quoi ?

Michel Marchais (1999) : Je t’expliquerai.

Jacques-Alexandre Roze-Abraham (1803) : C’est fou ce que la langue française à changé en deux cents ans... De plus, vous semblez être au service des manufactures, alors que nous étions quasiment au service de l’Etat, un observatoire économique de la Touraine en quelque sorte... C’est ainsi que le général préfet nous a demandé, en ventôse de l’an XI, de présenter un rapport sur l’état du commerce à Tours avant 1789 et après... Pas facile ! Cela nous a occupés durant de nombreuses séances. Sans compter avec les soucis que causait au Premier Consul le système métrique ! Le général préfet nous a aussi demandé de rechercher les causes qui s’opposaient à la prompte exécution de ce système décimal...

Michel Marchais (1999) : Eh bien, nous, c’est à la monnaie européenne que nous sommes confrontés. Nous avons décidé de passer notre comptabilité CCI en euro dès l’année 1999, afin de nous familiariser dès que possible avec ce système et d’aider nos ressortissants à ne pas souffrir de cette révolution. Tu vois que nous avons bien des préoccupations communes...

Jacques-Alexandre Roze-Abraham (1803) : Qu’ouis-je ? Une révolution, l’euro ? Tu veux rire. Moi, c’est de calendrier que j’ai changé en quelques années à cause de la révolution, la vraie. J’ai été président de la Chambre, dès sa création, du 9 ventose de l’an XI jusqu’au... 20 février 1813, date à laquelle monsieur Gouïn l’aîné est devenu président après ma mort le 22 mai 1812. Cela fait combien d’années selon vous ? C’est en l’an XIV que nous sommes revenus à l’année 1806 ! Vous croyez que c’était simple ?

Emmanuel Brault (1900) : Parce que convertir les arpents de Touraine en hectares, vous croyez que c’était facile à la fin du XIXème ?

Michel Marchais (1999) : C’est vrai, ce ne devait pas être aisé. Nous, au moins, grâce aux puces nous avons des calculatrices, des convertisseurs de monnaie et nous venons de lancer la carte qui porte-monnaie, Moneo...

Jacques-Alexandre Roze-Abraham (1803) : Monnaie quoi ?

Michel Marchais (1999) : Je t’expliquerai. Mais comme l’histoire semble toujours se refaire, sache que nous connaissons aussi des problèmes avec le calendrier : nous nous demandons si, dans quelques heures, nous n’allons pas nous retrouver en l’an 1900 ! Nous avons fait le maximum pour ne pas subir le bug tant annoncé dans nos ordinateurs, mais le suspense demeure...

Emmanuel Brault (1900) : 1900 ? Ah la belle époque ! Le monde profitait d’une révolution, industrielle cette fois, qui nous apportait des vélocipèdes - taxés, il est vrai - des trains, des véhicules automobiles, le téléphone, et d’incroyables aéroplanes : en 1903 (j’étais déjà mort), l’un d’eux, a survolé la terre durant une minute ! Et Henri Farman, en 1908, réussit près de Paris un bond d’un kilomètre !

Michel Marchais (1999) : Hum, Farman, Farman... Mais c’est le fondateur d’une entreprise tourangelle ! SMT Farman fabrique aujourd’hui des machines spéciales et des lignes de production automatiques pour l’automobile. Rappelle-toi aussi de Delahaye : c’est à Vouvray puis à Tours, durant ton mandat de président de la CCI, qu’il a conçu ses premières autos, avant Rolland Pilain et Facel Vega. C’est aussi durant ta présidence que s’est ouvert à Tours le Petit Paris. Les Docks de France du Centre seront créés en 1905, après ta mort... Quant au train, nous en sommes au TGV, arrivé la première fois à Tours en 1990, mettant Paris à 55 minutes ! Déjà, la construction de l’autoroute, en 1974, avait permis de faire Paris-Tours en deux heures.

Jacques-Alexandre Roze-Abraham (1803) : Mais... c’est le temps qu’il me fallait pour aller d’Amboise à Château-Renault ! Décidément, tout va vite dans ton siècle !

Michel Marchais (1999) : Eh non ! Tu ne me croiras pas quand je te dirai qu’actuellement c’est un scarabée pique-prune qui freine la construction d’une autoroute de Tours au Mans !

Emmanuel Brault (1900) : Non, je ne te crois pas !

Michel Marchais (1999) : Tu as tort ! Nous sommes très attachés à transmettre à nos enfants une Touraine propre, à faire en sorte que nos usines, source d’activité et d’emploi, ne polluent pas les sols, ni les véhicules, l’air. Nous voulons protéger la nature... Il paraît que ces scarabées disparaîtraient complètement si nous les dérangions...

Jacques-Alexandre Roze-Abraham (1803) : Ri-di-cule ! Regarde les termites : depuis le XVIIIème siècle qu’on essaie de les chasser de France, elles prolifèrent ! Ce sont plutôt les manufactures qui mourront si les voies de communication ne s’améliorent pas ! Pourquoi n’utiliseriez-vous pas davantage la Loire ?

Emmanuel Brault (1900) : Nous étions en effet convaincus de l’utilité du maintien d’une voie navigable de Nantes à Orléans, ainsi que le délégué du Comité central de la Loire nous l’avait démontré, le 10 octobre 1900. Mais le chemin de fer gagnait du terrain : quand je pense que, le 20 septembre 1899, nous avons soutenu une pétition des épiciers en gros de Tours pour que les harengs saurs venant de Fécamp arrivent plus vite ! Les chemins de fer de l’Etat et de l’Ouest étaient d’une telle lenteur... Et que dire des produits de l’étranger ! A ce sujet, nous avons demandé, le 28 novembre 1896, que la gare de Tours s’ouvre au transit international, ce qui constituait un réel progrès. Seuls les embouteillages alentour posaient problème...

Jacques-Alexandre Roze-Abraham (1803) : Savez-vous que, dès la création de la Chambre, nous avons été invités par le Gouvernement à réexaminer le système général de l’administration des Douanes ? Et, pourquoi ne pas penser à un tunnel sous la Manche pour accélérer les échanges ?

Emmanuel Brault (1900) : Figure-toi que mes successeurs en ont émis le voeu lors de la séance du 13 janvier 1904 : ils se plaçaient au point de vue de l’idée du rapprochement des deux peuples, en facilitant les moyens de communication et en les rendant plus commodes et plus rapides.

Michel Marchais (1999) : Il n’a fallu qu’un siècle pour y parvenir ! Heureusement, il y a belle lurette - c’était le 26 septembre 1974 - que nous avons créé une liaison vers Londres au départ de l’aéroport de Tours. Et si nous allions y passer le prochain week-end ?

Jacques-Alexandre Roze-Abraham (1803) : Le quoi ?

Michel Marchais (1999) : Je t’expliquerai.

Odile Ménard

 
Fin XIXème : les préoccupations de la CCI

1893 :

- Le téléphone est trop cher.

- La Chambre proteste contre le droit de timbre sur les chèques.

1894 :

- La Chambre étudie le projet de création d’une école de commerce à Nantes.

1895 :

- Elle souhaite que le président de la République, Félix Faure, vienne à la Chambre lors de son passage en Touraine.

- Il faut étudier en détail le projet de circuit téléphonique Le Mans-Tours. C’est cher : 15 000 F. Or la Chambre a déjà payé pour avoir la ligne Tours-Paris. Il faudra demander au Conseil général...

- Il serait souhaitable d’éditer un journal en japonais pour favoriser les importations dans ce pays.

1896 :

- 25 mai : à la Chambre, déjeuner en musique offert au président de la République, Félix Faure.

1897 :

- Réflexion sur le passage de l’énergie gaz à l’électricité, pour les tramways et la distribution de la lumière.

- On commence à discuter de la décoration du Grand Salon avec la réalisation de douze ou treize panneaux représentant l’activité économique en Touraine. Le coût important serait réparti sur plusieurs annuités.

1898 :

- Nouvelle loi relative aux chambres de commerce qui leur accorde une indépendance relative.

- Premières demandes d’amélioration du réseau téléphonique par l’installation de circuits supplémentaires et réclamations en raison de la lenteur de l’arrivée des réseaux.

- Projet d’une foire aux vins à Tours, en décembre.

1899 :

- Le comité pour l’organisation des fêtes du centenaire de Balzac offre à la Chambre d’en être membre d’honneur.

- Souhait de convenir d’accords commerciaux avec le Portugal, comme il en existe avec les autres pays d’Europe.

- La Société des employés du commerce de Tours souhaite organiser une fête de bienfaisance le 10 décembre. La Chambre donne une subvention de 50F.

- La Chambre félicite la ville de Chinon d’avoir suivi la voie du progrès en s’équipant d’une ligne téléphonique la reliant à Tours.

- L’établissement d’un deuxième fil téléphonique entre Tours et Paris est devenu absolument indispensable par suite de l’encombrement du circuit déjà existant. Il n’est pas rare, après une demande de communication avec Paris, d’obtenir le numéro d’ordre 15 ou 18, ce qui oblige l’abonné à une si longue attente qu’il est obligé de retirer sa demande et de perdre tout l’avantage d’une communication dont le seul mérite est la rapidité.

- Des infiltrations provenant des cabinets d’aisances du Palais du Commerce se produisent dans les caves des propriétaires voisins. Après délibération, la Chambre donne un avis favorable à une modification des installations.

XXème siècle

Dès 1900 :

- La Chambre favorise, par tous les moyens, la création de syndicats professionnels.

De 1902 à 1905 :

- Sous la présidence de Paul Thuret, la Chambre axe surtout ses efforts sur l’amélioration et l’établissement de nombreux réseaux téléphoniques, des modifications d’horaires des trains et des modifications des transports en chemin de fer.

En 1915 :

- La Chambre désigne pour la première fois des membres correspondants.

A partir de 1915 :

- Le manque de monnaie divisionnaire se fait sentir et, à cause du préjudice que cause cette situation au commerce de détail, la Chambre décide d’une première émission de “Bons de monnaie” de 0fr.50 et 1 franc. Une deuxième tranche sera émise un peu avant la fin de la guerre, puis une troisième enfin en 1920.

De 1919 à 1941 :

- La Chambre garde le même Président : Louis Mirault.

1929 :

- La Chambre édifie à Parçay-Meslay une aérogare à la disposition des aviateurs civils et de l’Aéro - Club de Touraine.

Entre 1958 et 1970 :

- Sous la présidence de Jean Diot : construction de l’actuelle aérogare de Tours-Saint Symphorien, de la première zone industrielle du département à Saint-Pierre-des-Corps, et extension des locaux de la Chambre de commerce.

Février 1969 :

- Le Président de la CCI, Jean Diot, fait passer une “délibération solennelle” en faveur d’une liaison autoroutière Angers Tours.

1971 :

- La CCI dispose d’un service spécial pour faire accélérer l’installation du téléphone dans les entreprises. L’Indre-et-Loire compte alors 33 000 abonnés. Plus de 3000 demandes sont en instance.

Janvier 1972 :

- Publication du premier numéro de “Touraine Economique”.

Mars 79 :

- Création, à la CCI, d’un “lieu unique de formalités” pour ses ressortissants.

27 Novembre 1980 :

- Monsieur Savary, ministre de l’Education, signe l’acte de naissance de l’Ecole Supérieure de Commerce et d’Administration des Entreprises du Centre.

1984 :

- Arrivée du premier Macin-tosh à la Chambre.

Septembre 1988 :

- Touraine Economique devient mensuel.

Octobre 1990 :

- Une mission Touraine-Corée-Japon est organisée par la CCI.

En 1991:

- Création de l’Observatoire Economique d’Indre-et-Loire en partenariat avec le Conseil général.

Octobre 1992 :

- Première édition du Salon Décideurs et Perspectives, organisé par la CCI.

Septembre 1993 :

- Naissance de la convention liant la ville de Saint-Cyr et la CCI portant création d’un syndicat mixte pour la mise en place d’un parc d’activités (Equatop).

Février 1998 :

- La Chambre de métiers et la CCI de Touraine créent un comptoir Euro.

Avril 1998 :

- Fusion de l’ESC de Poitiers et de l’ESC de Tours pour fonder l’ESCEM.

Mars 1999 :

- Touraine Economique est sur Internet.

Septembre 1999 :

- Mise en place du porte-monnaie électronique à Tours, ville test de Moneo.

Octobre 1999 :

- Mise en place à la CCI d’un bureau de “The American Chamber of Commerce in France”.

O.M. et Ph.M.