CTP, impression numérique ou traditionnelle : il existe en Touraine une réponse à chaque demande.

Révolution
dans la chaîne graphique

La compogravure tend à disparaître et l’imprimerie intègre le pré-presse numérique : les nouvelles techniques imposent de nécessaires mutations dans le secteur de l’imprimerie qui conserve toutefois des amoureux de la bel ouvrage.

 
    Avec la PAO, l’imprimerie a connu sa première grande révolution. Avec la gravure et l’impression numériques, le secteur vit aujourd’hui la seconde, qui impose une recomposition du paysage graphique. “Face à la baisse des prix qui affecte le secteur depuis des années je ne vois qu’une solution : proposer de nouveaux produits, en augmentant nos parts de marché grâce à une politique de croissance interne, et privilégier l’investissement pour être en phase avec la demande”, explique, chez Mame à Tours, Daniel Jourdain, DG du groupe Serge Laski*. “Nous avons donc investi pour passer à l’ère du tout numérique : impression et pré-presse. L’histoire est un éternel recommencement : il y a vingt ans, les entreprises généralistes se séparaient de leurs services composition et gravure intégrés parce qu’elles n’avaient pas les moyens de les faire évoluer par rapport à la mutation technologique du marché. Aujourd’hui, nous constatons un retournement complet de la situation : les imprimeurs retrouvent la maîtrise du pré-presse en investissant notamment dans des configurations Computer To Plate. Nous avons été parmi les premiers en France à nous équiper d’un système CTP grand format thermique”. De leur ordinateur, avec un logiciel d’imposition, les techniciens traitent les fichiers et les envoient sur le CTP qui insole directement les plaques perforées, prêtes à l’emploi, sans passer par la phase de flashage et les films.
 
Mame :
vers le CTP à 100 %
 
   Jacques “L’installation a commencé en janvier 1998 mais l’investissement a été pensé pendant plus de deux ans” explique Jérôme Jallu, ingénieur pré-presse chez Mame. “L’insolation d’une plaque né-cessite entre huit et douze minutes. Les plaques sont gravées par un laser. Thermiques, elles peuvent être manipulées en pleine lumière et donnent aux imprimés des contours d’une parfaite netteté”. L’ensemble du projet a représenté un investisse-ment de six millions de francs (formation, logiciels, local de climatisation et sol anti-vibrations, CTP et chaîne de développement)” poursuit l’ingénieur. Un second CTP thermique a déjà été installé et Mame réalise aujourd’hui 80 % de sa production “nouveautés” sur ce système, soit de cent à cent vingt plaques par jour. “L’orientation CTP doit concerner, à terme, l’ensemble des sites d’impression du groupe Laski. La numérisation et la robotisation des presses va nous permettre de faire face à la concurrence de l’Europe du sud. Il s’agit d’une véritable mutation de l’imprimeur vers l’industrie”, ajoute Daniel Jourdain. Cette évolution technologique ne va pas sans modifications des habitudes de travail pour les employés de Mame : ils travaillent dorénavant en binôme : un ex-monteur opticopiste et un professionnel de la PAO, avec une spécialisation texte pour le premier et image pour l’autre. Il s’agit également d’une révolution pour le client qu’il faut former : en effet, “le montage des dossiers nécessite une grande rigueur ainsi que des compétences dans la maîtrise du flux de données numériques. Chaque fichier est d’abord vérifié et s’il n’intègre pas la totalité des éléments requis, une rencontre est organisée avec le client pour faire le point”.
 
Les compograveurs
font face
 

Les compograveurs, quant à eux, ne voient pas tous d’un bon oeil cette évolution. Certains ont pourtant senti le vent tourner et se sont diversifiés ou reconvertis. “La multiplication des imprimantes laser a permis aux entreprises et aux administrations de réaliser en interne nombre d’imprimés ; les agences se sont équipées de scanners de table, basse définition d’abord puis de plus en plus performants. Elles utilisent des logiciels de retouche d’image, fournissent des illustrations sur CD et nous donnent leurs fichiers prêts à flasher. Conclusion : il n’y a, en général, plus de compo à faire et de moins en moins de “scanns”. Il nous restait la partie flashage mais avec le CTP...” explique Marie-Louise Lagoutte, responsable administrative des établissements Lagoutte. “Même si le flashage sur film convient aux travaux de ville (affiches, dépliants, tracts...), le CTP est très prisé pour les travaux d’édition. Nous avons dû abandonner notre marché édition en 1998, qui représentait 40 % de notre CA. Devant cette mutation technologique, nous avons décidé de ne pas baisser les bras mais de compléter nos prestations par nos compétences d’origine. En février dernier, Lagoutte Imprimeur est né et nous avons investi quatre millions de francs dans une offset quatre couleurs format 52 x 72 et dans du matériel de façonnage pour développer cette nouvelle activité”. Compograveur, Numeri’scann 37 a également anticipé cette démarche en se dotant il y a deux ans d’une offset quatre couleurs qui produit 10 000 exemplaires à l’heure. L’entreprise réalise aujourd’hui les deux-tiers de son chiffre d’affaires en impression.

 
La reconversion
semble inéluctable
 
La frontière entre compograveur et imprimeur s’efface. Y aura-t-il trop de monde sur le même marché ? Le métier de compograveur est-il destiné à disparaître ? “Ce sont plus les sociétés de photogravure indépendantes qui vont disparaître qu’une partie de leurs véritables techniciens, estime Daniel Jourdain. Ces derniers devront se convertir au numérique, avec l’obligation de maîtriser des logiciels qui évoluent constamment. Pour autant, la maîtrise de l’image doit être conservée et non improvisée par les opérateurs PAO qui n’ont pas la compétence requise. Les compograveurs devront, dans l’avenir, fournir aux imprimeurs des fichiers numériques aux normes et formats CTP au lieu de films, tout simplement”. Et l’imprimerie de demain ? : “Une gravure directe sur cylindre ou par projection”... naturellement ! En ce secteur des arts graphiques, la Touraine dispose déjà d’une belle avance. Elle s’appuie sur une tradition forte, et une renommée perpétuée par des imprimeurs tels Mame, mais aussi Vincent à Tours, Beaugé à Descartes, au top de la technologie.

Laurence DREANO

*Le groupe Laski, qui imprime chaque jour 200 tonnes de papier, emploie 680 personnes dont 550 à Tours (Mame, Gibert-Clarey, Présence Graphique) réalise un chiffre d’affaires de 600 MF, ce qui le place parmi les leaders des industries graphiques.

 

  • Un atelier de gravure directe de plaques comprend
    - un réseau informatique haut débit
    - un logiciel d’imposition
    - un serveur d’informatique dont la mémoire est dimensionnée de façon suffisante afin de pouvoir tenir une production journalière de 100 plaques minimum
    - un RIP (Raster Image Processor), qui transforme les données converties utilisables pour piloter le laser du CTP
    - un système d’épreuvage numérique
    - un CTP
    - un système de développement de plaques
    - un ensemble d’archivage des données.

  • La gravure directe permet
    - une amélioration de la qualité des imprimés grâce à la suppression du report film/plaque - des corrections plus simples et plus aisées.
    - un gain de productivité du calage machine, grâce à la suppression de l’étape film et de ses nombreux grattages et effaçages.
    - une diminution des délais de fabrication : le CTP évite le montage film et copie traditionnel (le montage manuel d’un 32 pages couleur nécessite huit heures, contre deux à trois heures en montage numérique)
    - une utilisation de la trame aléatoire
    - une augmentation des linéatures de travail (de 150 lignes par pouce, on peut passer à 175 lignes par pouce).

  • Le CTP thermique fonctionne en mode manuel ou semi-automatique, propose un format de 1372 x 1702 mm et permet de réaliser des formes de 32 pages. Il est apte à produire les dix formats de plaques utilisés par l’imprimeur.

  • Le procédé CTP est plus particulièrement adapté au secteur de l’édition.
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    Impression numérique

    Idéal pour les petites séries

    Grâce au numérique, il est aujourd’hui possible de créer, d’enrichir, de mettre à jour et d’imprimer un document dans d’exceptionnelles conditions de coût et de délai qu’un processus traditionnel de fabrication interdisait de penser. Les sociétés du groupe Laski ont investi dans du matériel spécifique, explique Daniel Jourdain : “Pour l’impression numérique et les petits tirages, nous nous sommes équipés des machines-feuilles retiration et quatre couleurs. Présence Graphique propose ainsi, de la PAO au façonnage, un service complet tout numérique, pour répondre plus particulièrement à la demande d’une impression numérique d’ouvrages à faible tirage en noir et blanc. Chez Gibert Clarey Imprimeurs, est arrivée une nouvelle quatre couleurs robotisée 72 x 104 et chez Mame une quatre couleurs robotisée 98 x 130, une cinq couleurs, une deux couleurs à retiration (recto verso) 102 x 142”. Assurant l’impression rapide de petites quantités en petits formats, les “espaces d’impression numérique” ont fleuri en Touraine : après Icône Color, il y a trois ans, Touraine Compo, compograveur à Tours depuis 1976, s’est diversifié en 1997 dans l’impression de tous documents commerciaux et administratifs en petites quantités dans des délais courts, soit cinq jours à partir de la réception du support informatique. D’autres professionnels s’y mettent. CVL, par exemple, compograveur, ambitionne de devenir “le centre de traitement numérique de la région”, comme l’explique Jean-François Robin qui vient d’investir dans un créneau spécifique : l’impression numérique de posters haut de gamme de court tirage.

     
     
    Claude EVEN

    Tradition et innovation

    L’imprimerie Even à Tours adopte une position nuancée sur la tendance “tout numérique”. Claude Even est un fervent défenseur des traditions et des valeurs véhiculées par l’imprimerie d’origine : “La technologie ne fait pas tout. On peut intégrer de nouveaux procédés mais on ne doit pas le faire au détriment des différents savoir-faire des hommes qui composent la chaîne graphique”. Il faudra bien qu’il reste, quelle que soit l’évolution de la technologie, quelques rares imprimeurs traditionnels qui sauront et accepteront de traiter ce dont les autres ne veulent pas, et ce dans les règles de l’art.
    L’imprimerie Even, née en 1976 de la reprise de l’antique imprimerie Mariotton et qui emploie 6 personnes, est en effet spécialisée dans le “sur-mesure et les moutons à cinq pattes” et c’est aujourd’hui sa force : “On peut être artisan et innovant sans tomber dans la pensée unique de la surenchère technique” !