| Le consommateur standard est en voie de disparition. Belle occasion pour le commerce indépendant de personnaliser son offre. | |
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Le
consommateur est un mutant |
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| Inquiet et pessimiste au début des années 90, le consommateur sadapte et se professionnalise. Ce qui ninterdit pas le développement du commerce, même si les réponses à apporter se révèlent complexes. | |
| Marquées par la peur du chômage et la crainte de lavenir, les années 90 ont vu émerger de nouvelles valeurs destinées à rassurer le consommateur inquiet : il nest quà voir le succès des publicités basées sur les racines, le terroir, la tradition, la famille. Nous vivons toujours dans cette période. Mais depuis quelque temps, les experts de la consommation, Robert Rochefort en tête, voient émerger des signes qui prouvent une nouvelle mutation de la consommation. | |
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Consommateurs -
entrepreneurs |
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Dis-moi comment tu travailles et je te dirai comment tu consommes. Cest ainsi que Robert Rochefort explique ce qui sous-tend le comportement de ce nouveau client. Aujourdhui, la frontière entre les sphères professionnelles et privées samenuise. Témoin, le succès des téléphones et ordinateurs portables qui répondent à la fois à des besoins professionnels et personnels. De simple consommateur, lindividu devient peu à peu consommateur-entrepreneur, transposant dans sa vie privée des compétences acquises sur le lieu de travail. Il veut désormais exercer ses connaissances professionnelles dans la gestion de ses achats. Connaissant fort bien les caractéristiques des différents circuits de distribution, analyse Robert Rochefort, ayant tout-à-fait compris lintérêt de comparer loffre existante, les Français sont de plus en plus négociateurs, exigeants mais aussi cohérents avec eux-mêmes. Ils fréquentent plusieurs points de vente en fonction de ce quils recherchent : regroupement des achats et prix attractifs en grande surface, qualité, conseil, accueil et convivialité en commerce traditionnel. |
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Monsieur
tout-le-monde est
une personne |
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| Après lindividualisation, à laquelle le commerce a répondu par une hyper-segmentation, voici lère de la personne. Nous entrons, dit Robert Rochefort, dans un univers de consommation où ce qui compte cest davoir un rapport entre le producteur et le consommateur final. Le commerçant doit comprendre que le consommateur est unique, quil est une personne qui a besoin de se construire un projet de vie. Cela nécessite de plus en plus du sur-mesure. Aux Etats-Unis et au Japon, les entreprises cherchent par ce biais à se rapprocher des consommateurs et plus encore, à le fidéliser. Une démarche rendue possible par les progrès technologiques, linformatique et la conception assistée par ordinateur permettant de réduire les coûts de fabrication. En France, le mouvement est amorcé, et pas seulement dans le haut de gamme. On le constate dans le secteur du prêt-à-porter (par exemple dans la chaîne Jules, ex-Camaïeu Hommes), dans le rangement (placards et dressings), dans les portes et les fenêtres, dans la décoration (voilages et double-rideaux). Et la liste des produits personnalisables est longue : ordinateurs, lunettes, vélos, vaisselle, cosmétique... | |
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Le semi-
professionnalisme |
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Le consommateur veut devenir acteur dans le processus de fabrication. Lessor des marchés du bricolage, du jardinage, des loisirs créatifs le montre clairement. Près de 60 % des Français aiment bricoler et 52 % considèrent quil sagit dun moyen dexprimer leur créativité (sondage IFOP, avril 99). Les Français ont des projets dont ils veulent optimiser la réalisation. Pour cela, ils veulent être conseillés, reconnus, accompagnés tout au long de leur projet. Cest, dit Robert Rochefort, une formidable opportunité pour les différentes formes de commerce. Il faut savoir écouter les consommateurs, être là pour les aider à définir leurs projets, pour les orienter, les conseiller, en un mot devenir leur partenaire.
Prenons lexemple du consommateur qui sadresse à un artisan pour refaire sa salle de bains. Si lartisan sait avant son client ce que ce dernier attend et sil ne lui présente quun choix limité de lavabos, le tout sur catalogue, notre consommateur aura vite fait de se rendre dans la grande surface de bricolage la plus proche et dy découvrir vingt à trente modèles différents. Et de se voir proposer à la sortie les services dartisans ou darchitectes dintérieur qui vont lassister dans son projet. En bref, le consommateur aujourdhui ne veut plus quon lui impose un produit tout fini quon aurait choisi à sa place. Il sagit de comprendre les attentes de chacun et daccompagner chacun dans son projet personnel.
Autre exemple dans un tout autre domaine, celui de lalimentation : nous ne sommes plus dans lère du tout fait soi-même - sauf en week-end - et nous ne sommes pas pour autant dans lère du tout prêt. Pourquoi, propose Robert Rochefort, ne pas nous inspirer des salad bars américains, ces magasins en libre-service qui permettent de composer soi-même son repas du soir, sur la base dune grande assiette que lon remplit en passant devant des stands ?
Le phénomène est en marche, conclut Robert Rochefort, et sil ne concerne aujourdhui que 30 % des consommateurs, il touchera dans cinq à six ans le plus gros du marché. Mais il ajoute : Les commerçants traditionnels ont toute leur place dans cette évolution : car on ne comprend le client que dans une relation personnelle. Et qui dautre que les indépendants serait mieux placé pour tisser des liens avec le client et lui donner le sentiment quil est une personne unique ?
Catherine GEFFROY |