Michel CHEVALET,
Journaliste
 
Michel Chevalet a entrepris une tournée de conférences dans plusieurs villes de France pour alerter les chefs d'entreprises sur des dangers qui les guettent lors du passage à l'an 2000 et proposer des solutions. Il était à Tours, à l'ESCEM, le 30 avril dernier.
 
Peut-être, le plus grand ratage de l'informatique restera le lancement d'Ariane V :

  • parce qu'ils n'avaient pas cru bon de surdimensionner les calculateurs d'Ariane IV,

  • parce qu'ils n'avaient pas cru bon de développer un logiciel complet de simulation de tous les programmes participant au fonctionnement d'Ariane V, la grosse fusée européenne, au bout de 32 secondes de vol, a décidé de faire demi-tour et de revenir à la case départ.

    Fort heureusement, elle s'est cassée en deux, évitant ainsi à l'Europe spatiale de sombrer dans le ridicule.

    C'est parce que les informaticiens de la première heure ne croyaient pas dans le succès de leur entreprise qu'ils n'ont pas pris en compte les ennuis qui allaient nous arriver 40 ans plus tard : quand, au lieu d'écrire 2000, les machines écriront 00.

    Et comme toujours, les ennuis arrivent toujours là où on ne les attend pas :

  • c'est le lecteur de badge à l'entrée d'une usine qui ne reconnaîtra pas ses employés,

  • c'est le groupe de conditionnement d'air qui refusera d'assurer le suivi de température des salles frigorifiques,

  • c'est la voiture programmée qui refusera un beau matin de se remettre en route.

Bref, le Bug de l'an 2000, ce n'est pas un grand cataclysme, mais une succession de petits emm...

Michel Chevalet Journaliste,
créateur de Science Vidéo Service

 
L'avis d'experts :
- Michel Rousseau,

journaliste, consultant international en hautes technologies,
auteur de l'ouvrage paru aux Echos,
"Plan de sauvetage an 2000",

- Davy Foulatier,

chef de projet chez Cerus Informatique à Tours.
 
Les ordinateurs sont-ils tous
concernés ?
 
    Les macintosh passeront l'an 2000 sans intervention, sauf peut-être sur quelques applicatifs. Les PC, machines et/ou logiciels, quel que soit le processeur, auront des problèmes s'ils ne sont pas corrigés ou assurés par le constructeur de leur compatibilité et de leur conformité - les deux mots recouvrent des situations différentes qu'il faut faire préciser au fournisseur. Même dans ce cas, des problèmes peuvent exister sur des machines récentes, à cause de logiciels qui fonctionnent avec une date et qui, eux, ne seraient pas adaptés. Les fabricants se sont déjà engagés à donner "la rustine" pour les modèles récemment acquis (mais qui peuvent provenir de stocks anciens...). Actuellement, il n'existe aucune garantie qu'ils fonctionneront parfaitement. De plus, être compatible, c'est aussi l'être avec les autres, qui pourraient héberger des bases de données polluées... Il faut donc effectuer les contrôles le plus en amont possible, même chez son sous-traitant qui reçoit lui-même des composants de son fournisseur... En plus du 1er janvier 2000, pour diverses raisons, 28 dates (de mars 1999 au 1er janvier 2038) posent problème. Le bug a déjà commencé.
 
Faut-il corriger tous les ordinateurs ?
 
    Il faut au moins les tester. La solution la plus simple consistera à reculer l'horloge de 28 ans, le calendrier se reproduisant à l'identique. C'est la technique du fenêtrage, la moins coûteuse. Cela devrait suffire dans le secteur de la production à de nombreux équipements qui peuvent continuer de travailler quelle que soit l'année indiquée dans l'horloge interne. Plastivaloire, qui a mis en place une cellule "bug", a déjà appliqué cette solution à plusieurs machines qui fonctionneront ainsi sans problème. Mais pour celles qui calent, il faut passer à la correction.
 
Est-il encore temps d'effectuer
des corrections ?
 
    Il est aujourd'hui trop tard pour faire relire un programme ou pour faire revenir les informaticiens qui l'ont conçu à l'origine ; actuellement, il n'y en a plus de disponibles sur le marché. Le coût (remise à jour du "bios"), si l'opération était encore possible, reviendrait de 2 à 12 F la ligne de cobol, ce qui équivaut à deux ou trois fois et demie le coût de création de l'applicatif ! Le problème est donc une question de temps, mais aussi d'argent.
 
D'autres problèmes surviendront-ils ?
 
    Dans le secteur des télécommunications, un autocommutateur sur quatre ne passe pas l'an 2000. Par exemple, les appels reviendront tous au standard ou bien tous les messages sur répondeur seront archivés à la fin des mémoires et inaudibles. Le temps de dépannage actuel étant de cinq jours, cela fait cinq jours sans téléphone dans l'entreprise ! Sans compter avec les ruptures de stock de matériel chez le fournisseur et le manque de personnel disponible pour le dépannage. Des problèmes d'accès par badges sont prévisibles. Des ruptures en alimentation énergétique et en eau également. Quant aux problèmes économiques rencontrés par les entreprises qui tout d'un coup verront leurs traites repoussées de deux mois...
 
Quelles solutions préconisez-vous ?
 
    Faire des réserves d'eau, se munir d'onduleurs, de micro-sauvegardes, louer des groupes électrogènes (devenus rares !). Ou changer son parc informatique. Ou acheter une carte corrective (800 à 1 000 F) à introduire dans chaque PC, qu'il faudra tester, cartes qui ne fonctionnent pas toujours très bien. C'est aussi le cas de la fameuse "rustine" proposée par les constructeurs sur internet : ils ne savent pas que votre machine a peut-être été montée par un assembleur avec des éléments d'origines diverses. Vous pouvez aussi acheter un logiciel de test, d'analyse et de correction, comme ceux que Cérus Informatique à Tours à mis au point et commercialise massivement. Un conseil : quel que soit ce logiciel, il est important de trouver des solutions "machines allumées" lors du passage à l'an 2000.
 
Reste-t-il assez de temps pour agir ?
 
    Actuellement, compte tenu du délai imparti à ceux qui n'ont rien prévu, ils ne peuvent qu'établir des plans de secours : récapituler ce qui peut poser problème et mettre en place une organisation pour que l'entreprise puisse continuer de fonctionner. Pour ce faire, il faut identifier les applications vitales à préserver : par exemple, la production, la paye, la gestion des stocks et la fourniture d'énergie. Et prévoir une parade à toutes les pannes susceptibles de survenir dans l'enceinte de l'entreprise.
 
Comment se protéger juridiquement ?
 
    Une lettre du fournisseur du matériel ne suffit pas. Par exemple, si une entreprise ne fournit pas ce qui lui a été commandé, elle sera assignée au tribunal par le client. Elle devra prouver qu'elle a TOUT mis en œuvre pour que le bug n'arrive pas. Mais comment savoir qu'on a TOUT mis en œuvre ? Elle devra fournir la liste des étapes suivies pour être compatible an 2000. Un bon conseil : accumuler les preuves, les certifications... Selon la loi, les fournisseurs, seront responsables sur la durée d'amortissement du matériel, cinq ans actuellement, à condition que des éléments étrangers, logiciels, périphériques, n'aient pas été rajoutés, provoquant le bug.
 
Ce n'est que l'affaire de quelques mois...
 
    Oui mais... on s'attend à 10 % de dépôts de bilan en l'an 2000 à cause du bug (données ministérielles) en raison de la prise de conscience trop tardive de ces questions. Signe visible : les fonds de pension américains se retirent actuellement des sociétés qui consacrent moins de vingt pages à leur bilan au bug de l'an 2000. Le problème est plus économique qu'informatique, comparable au premier choc pétrolier ! Il en coûtera à chaque entreprise au moins un budget informatique annuel !

Propos recueillis par Odile Ménard

 
Un correspondant
"An 2000"

    Erik Bentz, conseiller technologique à la CCI de Touraine, a été désigné "Monsieur An 2000". Pour tout renseignement concernant le passage à l'an 2000 des systèmes informatiques, matériels programmés ou autres fonctions tributaires d'une date, le contacter au 02 47 47 20 49.
E-mail : ebentz@touraine.cci.fr

    Prudence le 1er juillet 1999, 22 août 1999, 9 septembre 1999, 19 septembre 1999, 1er octobre 1999, 31 décembre 1999, 0 janvier O heure 2000, 1er janvier 2000, 1er janvier 2000 à midi, 3 janvier 2000, 4 janvier 2000, 10 janvier 2000, 28 février 2000, 29 février 2000, 30 février 2000 (fausse date), 31 février 2000 (fausse date), 1er mars 2000, fin mars à juin 2000, 10 octobre 2000, 31 décembre 2000, 1er janvier 2001, 29 février 2001, 9 septembre 2001, après le 1er janvier 2002 (problèmes de dates pivot sur certaines applications), 1er janvier 2004, 29 février 2004, 1er janvier 2038.

Spécialistes :
manifestez-vous !

    Afin de recenser toutes les compétences existant en Touraine, capables d'apporter des solutions aux différents problèmes qui pourront se poser lors du passage à l'an 2000, les entreprises dont l'activité a un rapport direct ou indirect avec le "bug" sont invitées à se faire connaître à la CCI avant le 4 juin 1999. La liste qui sera ainsi dressée sera communiquée aux services préfectoraux avec lesquels la CCI se tient en rapport permanent sur cette question.
    Ces entreprises doivent pouvoir apporter une aide dans les domaines informatique, électronique, les télécom, les automatismes, etc., et assurer une permanence de dépannage, notamment lors du week-end du jour de l'an. Adresser ses coordonnées à : Erik Bentz, CCI de Touraine, 4 bis, rue Jules Favre, BP 1028, 37010 Tours Cedex. Tél. 02 47 47 20 49 - Fax : 02 47 66 76 07

Internet : sites
"An 2000" à consulter :

http://www.themis-rd.com
http://www.microsoft.com/year2000
http://www.lmi.fr
http://www.ispo.cec.be/y2keuro/year2000.htm
http://www.deploiements-tech.fr (Société Déploiements & Technologies)
http://www.an2000.gouv.fr (site officiel)
http://www.cigref.fr (Club informatique des grandes entreprises françaises)
http://www.syntec-informatique.fr (Chambre syndicale des sociétés de service et d'ingéniérie informatique)

- Sur les moteurs de recherche, une catégorie est affectée aux sites touchant ce problème.