| Non à l'exotisme facile, oui à l'authentique revisité. |
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| L'engouement pour le mobilier et les objets de décoration importés d'Extrême-Orient, d'Asie ou d'Afrique du Nord va croissant chez le consommateur. |
Chaude ambiance coloniale à "Terre d'Ailleurs"
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| Initiée par les voyages et la cuisine, la tendance ethnique est aujourd'hui très présente sur le marché de la décoration d'intérieur. Ce goût pour l'exotisme n'est pas nouveau - souvenons-nous de Pier Import et des années 80 - mais il est aujourd'hui plus fort. Parce que les frontières s'ouvrent, parce que les informations et les produits circulent et que les hommes voyagent de plus en plus loin. Devant l'intérêt croissant du public, le négoce développe son offre. Il voit là l'occasion de piquer la curiosité du client et de créer du trafic supplémentaire. C'est ce que fait par exemple Habitat et son offre japonisante, Bois et Chiffons et ses collections ethniques, Roche et Bobois et sa ligne de meubles "Route du Thé". Depuis quatre ou cinq ans, des points de vente spécialisés se sont même ouverts en Touraine, comme (mais ils ne sont pas les seuls) Kayou Djati à Avoine, Eco & Déco à Amboise ou Terre d'Ailleurs à Tours. Chacun dans un style différent mais tous "surfant" sur la même tendance. |
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L'exotisme :
un pari |
| Bernard Boussemart, qui "chine" depuis 1990, notamment en... Chine et en Indonésie, a ouvert Kayou Djati, qui signifie "Bois de teck" en indonésien, voici deux ans à Avoine. Véritable caverne d'Ali Baba, son entrepôt propose sur 300 m2 des pièces vraiment anciennes, comme ce lit à opium venu tout droit de Canton ou ce plateau de grenier à riz originaire de Sumatra, ou des copies faites sur place avec du bois de récupération. "Ma clientèle, explique Bernard Boussemart, est très attentive à la finition et à la qualité du produit. Elle ne vient pas chez moi pour chercher du clinquant mais de l'authentique". Dans un style différent, Jean-Michel Andoque a ouvert en 1996 Eco & Déco, pour y "faire de la brocante étrangère". Pas de produits haut de gamme chez lui mais "du brut, de l'authentique vendu à des prix serrés grâce à une excellente politique d'achat". Son entrepôt de 300 m2 abrite des meubles importés d'Inde, du fer forgé du Maroc et des objets de décoration des quatre coins du monde. Pour sa part, Jocelyne Caré a fait le choix du centre-ville tourangeau. Elle a mis en ambiance dans sa boutique Terres d'Ailleurs, tables et céramiques du Maroc, fauteuils en teck et meubles coloniaux. Des meubles anciens ou "revisités" parce que, explique-t-elle, "le trop typé n'est pas toujours vendable". |
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Une recherche
d'authenticité |
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Selon Bernard Boussemart, ce marché est loin d'être une niche. "Les gens voyagent de plus en plus. Ils cherchent à intégrer dans leur intérieur un peu de l'ambiance qu'ils ont aimée ailleurs. Mais il y a aussi tous ceux qui ont besoin de rêver et de s'évader. Bien sûr, je travaille avec la clientèle qui voyage, qui chine et qui s'intéresse aux cultures étrangères : ceux-là cherchent le top. Mais je vois aussi les jeunes de 20-35 ans qui s'installent et qui cherchent des pièces de base : et puis les 40-50 ans qui cherchent à se faire plaisir et qui, en ajoutant quelques pièces plus typées dans leur intérieur, vont lui donner une touche d'exotisme". En bref, côté générations, la clientèle se révèle très panachée. Côté pouvoir d'achat également : les petits achats "cadeaux" sont de bons générateurs de trafic. Car, à en croire les professionnels, le phénomène est profond et touche une large clientèle. "Le Français réagit à des valeurs d'exotisme et d'authenticité", explique Jean-Michel Andoque, des notions qu'il a intégrées consciemment ou inconsciemment sous l'action conjuguée de la publicité et de la presse féminine. "Il vient chercher chez nous des produits qui racontent une histoire et qui évoquent un savoir-faire. Mais il faut pouvoir lui proposer des produits vrais, pas de l'exotisme de pacotille".
L'approvisionnement est en fait la clé de voûte du négoce : "Impossible de s'engager sur ce créneau sans d'excellents contacts, affirme Jean-Michel Andoque. Il faut être sur le terrain, avoir une parfaite connaissance de ses fournisseurs. "L'intérêt de ce travail, c'est d'aller à la source, d'acheter soi-même", ajoute Jocelyne Caré qui n'hésite pas à aller, chaque année, une fois en Indonésie et trois fois au Maroc, au minimum. |
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Un risque
de reflux ? |
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Combien de temps durera cet engouement ? Nul ne le sait. Pour Eco & Déco, "on a une visibilité à cinq ou six ans. Après, tout sera fonction de la demande du consommateur et de la capacité d'adaptation de l'artisanat étranger". Pour Bernard Boussemart, fort de son expérience de dix ans dans l'importation, "il n'y a pas de raison que la vague s'essouffle si nous-mêmes nous évoluons en perma-nence. Par contre, le marché risque de souffrir rapidement d'une overdose d'exotisme facile. Notre salut c'est d'évoluer sans cesse, de changer dans les produits qu'on fait fabriquer, de s'orienter vers du très beau, pas forcément très cher ".
Catherine GEFFROY |