|
Entre minimalisme zen et exubérance baroque,
les provinciaux recherchent le bien-être. |
|
|
|
Deux fois par an, les professionnels de la décoration, du cadeau et des arts de la table vont à Paris "voir la tendance" au salon Maison et Objet. |
|
Un concentré de tendances
|
|
De l'avis de tous les professionnels, Maison et Objet est un des meilleurs salons d'Europe. Impossible de faire l'impasse sur ses 2 000 exposants, ses sept quartiers qui couvrent l'ensemble de l'univers de la maison et ses expositions qui décryptent les tendances d'aujourd'hui. La plupart des commerçants qui le fréquentent y consacrent à chaque fois trois à quatre jours. Les raisons d'un tel succès ? Tout d'abord, la richesse du salon et sa diversité qui permettent aux visiteurs de balayer en un seul lieu la majeure partie de l'offre française et européenne. Le plaisir, ensuite : chaque exposant ayant à cœur de mettre au mieux son univers en valeur : "On en prend plein les yeux", affirme une commerçante. Le besoin de sortir de sa boutique, ensuite, et de porter un regard différent sur son métier : "Ça donne des idées, ça dynamise", témoigne madame Mauléon, la responsable du magasin Vert et Blanc à Tours, "ça éduque l'œil", confirme son confrère des Années à venir.
Le salon fournit aussi l'occasion de s'assurer qu'on est toujours en phase avec le marché et qu'on a bien dans sa boutique les bons produits et les bonnes marques. Bien sûr, tout au long de l'année, chacun se tient au courant en lisant les revues de décoration. Mais "aller au salon permet de voir les marques émergentes, celles qui justement sont citées dans les revues et qu'il faut avoir dans sa boutique pour sécuriser une clientèle bien informée", constate madame Mauléon. Mieux encore, il est le lieu par excellence où capter les couleurs, les matières et les styles qui vont dominer le marché aujourd'hui mais aussi demain. Chacun a sa technique de visite : il y a les inspirés, ceux qui vont s'imprégner du salon dans sa globalité, en dégager les tendances et puis acheter au coup de cœur. Il y a ceux qui vont d'abord aller voir leurs fournisseurs attitrés, et puis compléter au gré de leurs découvertes. Enfin, il y a les exhaustifs : "On fait pratiquement tout. Cette évolution du marché qu'on voit dans nos boutiques, dans les revues, là on peut la formaliser, la toucher du doigt. Alors on décline toutes les tendances et on veut toujours dénicher un nouveau créateur" témoigne madame Galliot à La Maison au jardin. |
|
"Les petits besoins qui explicitent les tendances, on les reprend dans nos pubs." indiquent les professionnels
|
|
Non aux excès
|
|
Au salon, les collections font le grand écart. L'édition de septembre mettait en scène deux tendances extrêmes : le minimalisme zen et l'exubérance baroque avec, en fil conducteur, une envie de teintes plus calmes et de belles matières. Aux acheteurs de trouver le juste équilibre, surtout en province. La plupart des professionnels font l'analyse avec regret : il faut un certain temps pour que les gens s'habituent aux nouvelles tendances, à plus forte raison en province. Certains y constatent même un retard de deux à trois ans par rapport à Paris. Ajoutons à cela le sens de la mesure propre à la Touraine et l'on comprend l'attention que portent les professionnels au choix de leur offre. "A Tours, explique-t-on chez La Maison au jardin, on reste les pieds sur terre. Le style zen pur et dur avec tous ses excès est une affaire de Parisiens. D'ailleurs, les clients qui aiment les tendances extrêmes vont à Paris". De même, "il y a bien un besoin de retour au naturel, mais ne copions pas à Tours les excès des Parisiens. La clientèle tourangelle aime la mesure" ajoute-t-on chez Vert et Blanc. "Les gens aiment bien apporter une note tendance mais sans forcer" confirme M. Galliot. Il faut savoir préserver chez certains une part de classique et de tradition", affirme-t-on aussi bien chez Art et lumière à Chinon que chez Complicité à Bourgueil "et balayer une large part de clientèle". Et puis, relativisons : "De toute façon, résume madame Galliot, "il n'y a plus de mode, les gens sont aujourd'hui sollicités par de multiples tendances et sont de moins en moins sensibles aux diktats de la mode". L'heure, dans les boutiques tourangelles, serait donc plutôt au mélange des styles.
|
| Les tendances du salon sont aux couleurs : retour au calme (blanc pur ou cassé, ivoire, marron, taupe), les matériaux : fer forgé, bois peint, de préférence blanc cassé et patiné, les décors plus épurés, plus urbains, les accessoires chaleureux : plaids, boutis, coussins, housses amovibles, l'envie de transparence et de sobriété et d'authenticité. |
|
Se différencier
|
|
"Le problème c'est que tout le monde va au salon. Le risque de banalisation existe : dans une même ville, tout le monde peut avoir la même chose" regrette monsieur Prot dans son magasin Les Années à venir. Ce qui serait dommageable pour tous les détaillants à l'heure où les grandes surfaces spécialisées, notamment celles de bricolage, se mettent à faire de la déco. L'intérêt des professionnels consiste justement à proposer des magasins différents et à jouer la carte de l'originalité dans l'assortiment. C'est pourquoi, les visiteurs de Maison et Objet s'exercent à une recherche pointue de fournisseurs. La plupart ont des fournisseurs attitrés, quelquefois en exclusivité. Ils y achètent l'essentiel de leur offre et parviennent à nouer avec eux de bonnes relations de partenariat : "Il leur arrive de me conseiller dans l'évolution de mon assortiment quand il y a des produits nouveaux" explique par exemple madame Canal. Ce qui n'empêche pas ces mêmes commerçants de compléter leur offre dans d'autres maisons, avec des produits différents, des marques qui montent ou bien de diffusion restreinte : "Il faut toujours se renouveler et susciter la curiosité du client" constate madame Ripault à Bourgueil. Bien sûr, la prudence est de mise : il faut veiller à ne pas acheter en trop grande quantité pour minimiser les risques, chercher peut-être le même style chez un fournisseur moins cher et toujours viser le meilleur rapport qualité prix, affirme madame Mauléon.
Tous ces témoignages démontrent qu'il n'y a pas de méthode miracle pour utiliser au mieux un salon professionnel, en l'occurrence Maison et Objet. L'expérience prouve cependant qu'il s'agit d'un véritable travail qui suppose à la fois beaucoup de disponibilité et de curiosité, un sens aigu de l'observation et une bonne connaissance de sa clientèle. Sans compter une dose certaine d'intuition.
Catherine GEFFROY
|
|
François Odent : Commissaire-priseur
|
|
Adjugé - vendu |
A la salle des ventes, cette petite phrase, ponctuée d'un coup de marteau - formule magique qui signifie qu'un objet a trouvé acquéreur - François Odent l'a prononcée souvent. Normal, puisque cela fait bientôt vingt ans qu'il est commissaire-priseur, le plus jeune de France quand il obtînt ce titre en avril 1979. A dire vrai, il n'est pas très étonnant qu'il ait choisi ce métier : son père était lui-même commissaire-priseur. "Enfant, j'ai baigné dans ce monde-là, et je trouvais fascinante l'atmosphère des ventes aux enchères". Mais que le profane ne s'y trompe pas : "La vente, c'est l'aboutissement de tout un travail préparatoire, le couronnement."
Tout commence par la découverte d'un objet chez un client. Un moment important, surtout si l'objet en question est particulièrement séduisant. "Pendant tout le temps où il va vous être confié pour la vente, vous avez l'impression qu'il est à vous". C'est l'aboutissement d'un long travail, parfois trois ou quatre mois, où il faut "cibler la publicité en fonction de ce qui est à vendre". Gazette de l'Hôtel Drouot, Moniteur des Ventes, catalogue "maison", permettent alors d'évoquer en textes et en photos les peintures, meubles ou objets précieux confiés aux bons soins de François Odent. Puis, c'est "le feu des enchères", qui est bien évidemment "la partie la plus médiatique du métier". Avec des variantes : "Il y a parfois des salles qui ne répondent pas! La qualité des objets est très importante pour l'ambiance". Autre facette de la profession : les inventaires judiciaires. "On estime la valeur des biens d'entreprise pour une possible reprise ; il faut essayer alors d'avoir un bon contact, discuter, rassurer..." On l'aura compris : François Odent aime passionnément son métier. Seule petite ombre au tableau : on parle depuis un bon moment déjà d'une harmonisation européenne touchant particulièrement les commissaires-priseurs français. Les ventes dites "volontaires" seraient en effet ouvertes à des organisateurs de ventes ayant un statut commercial. Mais pas de panique. Les changements dans la profession ne se feront pas immédiatement. Pour l'instant, François Odent est encore tourné vers un passé récent. Il a fait dernièrement une vente mirifique de peintures de Vinchon : "Preuve qu'on sait acheter du beau"! Philippe Martinet |