Transférer son entreprise ?
La Touraine est particulièrement bien placée.
Mesures d'économie, développement, rationalisation de l'organisation : les raisons ne manquent pas pour se délocaliser en Touraine. Situation géographique, infrastructures, mesures incitatives et qualité de vie : autant d'atouts qui font de la Touraine une terre d'accueil pour les entreprises. Trois d'entre elles en témoignent.

    'Le retour à la campagne, c'est furieusement tendance', commente malicieusement Pascal Falgarone, dont l'entreprise artisanale de fabrication de canapés haut de gamme a quitté l'Ile-de-France pour le Chinonais, il y a deux ans. Plus sérieusement, c'est le manque d'espace, la cherté des locaux ou la recherche de meilleures conditions de travail qui incitent les entreprises à transférer leur activité de la région parisienne vers la province ou d'une région vers une autre.

En se rapprochant de ses fournisseurs, Michel Toussaint, directeur de Standard Forms, a gagné 4 % sur le coût du transport et 6 % sur celui des achats.

Pourquoi
déménager ?
    'Il faut avoir une bonne raison pour déménager', déclare Michel Toussaint, directeur général de Standard Forms. L'entreprise, spécialisée dans la vente aux professionnels de l'automobile d'imprimés par catalogue, a élu la Touraine et plus spécialement Château-Renault comme terre d'accueil de son activité voici deux ans. 'Au Havre, il était devenu impossible de pousser davantage les murs et nous avons cherché en pure perte des locaux suffisamment vastes.'
    S'agrandir pour accompagner le développement de son entreprise est l'une des principales raisons invoquées par les entreprises qui déménagent : 'A nos débuts, à Fontenay-sous-Bois, nous réalisions 600 000 F de CA dans des locaux de 150 m2 ; en déménageant à Choisy-le-Roi, nous avons augmenté notre surface de 100 m2 et notre CA est passé à 1,9 MF. A Chinon, où nous disposons de 400 m2, le chiffre d'affaires est passé à 2,3 MF et nous comptons bien le tripler dès lors que notre projet d'agrandissement à 700 m2 aura vu le jour', récapitule Pascal Falgarone, responsable d'Arlys. Dans son cas, développement de l'entreprise et besoin de place sont liés. Le problème est d'autant plus patent en Ile-de-France que les m2 se payent plus cher qu'en province, même si, depuis quatre ans, les loyers parisiens ont beaucoup baissé. Pas suffisamment, en tout cas, pour Michel Toussaint qui, déçu du Havre, avait songé à Paris pour installer Standard Forms : 'J'y ai renoncé, c'était hors de prix'.
    'C'est bien simple, en quittant Boulogne-Billancourt pour Bléré, il y a quatre ans, nous avons divisé nos coûts de location par dix, passant de 1,5 MF par an à 150 000 F', affirme Francisco Guiléra, responsable de Rimoldi France, une entreprise qui vend, importe, prépare et installe du matériel de production pour l'industrie du prêt-à-porter.
    Et même si la différence du coût locatif en région parisienne par rapport à la province n'est pas aussi importante qu'il l'imaginait, Pascal Falgarone convient que, ramené au m2, l'atelier de fabrication d'Arlys à Chinon revient deux fois moins cher qu'à Choisy-le-Roi.

L'atelier de fabrication d'Arlys, revient deux fois moins cher à Chinon qu'à Choisy-le Roi.


déménager ?
    Une fois prise la décision de transférer son entreprise, se pose la question essentielle de savoir où : proximité du marché, potentiel de sous-traitance, de compétence et de recherche, accessibilité du site sont les conditions qui déterminent le choix du lieu.
    'Mes clients étant tous situés en région parisienne, il ne fallait pas trop m'éloigner de Paris', explique Pascal Falgarone qui ne cache pas qu'il aurait préféré le nord de Tours : 'Notre délocalisation à Chinon n'a cependant rien changé à nos relations avec les clients, sauf pour les délais de livraison. Mais ils s'y sont adaptés. Je dirais même que notre départ a renforcé notre image de dynamisme'.
    Rimoldi, qui s'est délocalisé il y a quatre ans pour des raisons purement économiques, a choisi la Touraine pour ses facilités d'accès avec Paris et Roissy. En tant que responsable de Rimoldi France, Francisco Guilera sillonne l'hexagone à longueur de semaine ; ses fournisseurs italiens, anglais, espagnols et américains l'obligent en outre à prendre fréquemment l'avion : 'A Paris, il faut compter 50 minutes pour rallier n'importe quelle gare ou aéroport. J'ai plus vite fait et sans stress depuis Bléré !'
    Avec 10 à 12 000 clients répartis dans toute la France, la société vépéciste Standard Forms aurait pu s'installer n'importe où : Michel Toussaint, son responsable, a cherché en déménageant, d'une part à se rapprocher de ses fournisseurs situés dans l'Indre et le Loir-et-Cher, d'au-tre part à trouver la position géographique la plus favorable : 'Résultat, nous avons diminué notre temps de livraison, gagné 4 % sur nos coûts de transport et 6 % sur nos coûts d'achats', explique-t-il.
    Et le recrutement ? Aucune entreprise ne peut obliger ses salariés à la suivre : en partant, elle prend le risque de se priver de compétences précieuses et d'être contrainte à embaucher du personnel peut-être moins qualifé.
    'Aucun problème, ici j'ai trouvé des gens motivés, moins revendicatifs qu'au Havre, avec lesquels la communication passe bien', con-fie Michel Toussaint, qui a dû recruter huit personnes en arrivant à Château-Renault : sur les quatorze qui travaillaient au Havre, seul le personnel d'encadrement a suivi.
    'Chez Rimoldi, le métier est tellement spécifique et la nécessité d'autonomie tellement forte que nous faisons nous-mêmes la formation. Le problème de compétences du personnel ne s'est donc pas posé', assure Francisco Guiléra. Le chiffre d'affaires de 50 MF, généré par 24 personnes seulement, le prouve...
    Les critères rationnels et économiques sont essentiels dans le choix de l'implantation. Toutefois d'autres, plus subjectifs, pèsent aussi dans la balance à l'heure de la décision.
    'A partir des contraintes imposées par l'activité de l'entreprise, sont ressorties de la sélection les villes du Mans et de Tours. Le choix a été vite fait', se souvient Michel Toussaint. L'image de la ville est importante certes, mais plus encore la qualité de son accueil : 'J'aurais pu installer Rimoldi à Roanne, d'autant que j'y habite, précise Francisco Guiléra, mais j'ai choisi Bléré car l'accueil de la commune y a été formidable en terme de disponibilité et d'efficacité : j'avais une réponse concrète à chacune de mes attentes. Mon interlocuteur à la mairie a fait le poids et c'est toujours d'actualité quatre ans après !'
    'L'ADT et la CCI se sont mi-ses en quatre pour me con-tenter ; après l'indifférence des institutionnels du Havre, quel changement !', déclare Michel Toussaint.
    'A dire vrai, je n'attendais rien de la CCI. Or, quand j'ai eu besoin d'agrandir le local d'origine, trop petit, elle n'a pas ménagé ses efforts : en partenariat avec l'ADUC, la construction de l'extension a été réalisée en quatre mois !', s'étonne encore Pascal Falgarone.

Comment
déménager ?
    Même si, en définitive, l'un des buts d'un transfert d'entreprise est de réduire ses coûts d'exploitation, le déménagement proprement dit coûte cher, en temps et en argent : il faut compter les frais de déménagement eux-mêmes, (transfert des machines, montage et remontage), les frais de licenciement et de restructuration, etc. : "Le coût du déménagement et des indemnités s'est élevé à 4MF", estime Francisco Guiléra, qui évalue à quatre années le retour sur investissement pour Rimoldi.
    D'où l'importance de sa préparation, "spécialement au niveau du personnel. A la fois pour ceux qui restent et qu'il faut licencier, que pour ceux qui suivent : on ne peut pas prendre le risque qu'ils soient déçus", insiste Michel Toussaint. "Il y a quatre ans nous avons bénéficié d'une aide substantielle de la DATAR pour le personnel candidat au départ", se souvient Francisco Guiléra. (Le FAD salariés est une prime exonérée d'impôts, versée à chaque salarié délocalisé). Il existe d'autres aides indirectes pour l'entreprise, fiscales ou financières, soumises à des conditions très précises (PAT, FAT, PRCE...). Il en est une, propre au département - le FDAT- instituée par le Conseil général pour favoriser l'implantation en intervenant sur la construction de bâtiments industriels. Préparer l'opération longtemps à l'avance permet de choisir la meilleure période de déménagement selon l'activité de l'entreprise et son type de production : "Nous avons choisi de déménager en août, le mois le plus calme pour nous. Notre chiffre d'affaires n'a pas souffert de la délocalisation, au contraire", précise Michel Toussaint.

Quel
bilan ?
    Avec quatre ans et bientôt deux ans de recul, les trois entreprises nouvellement tourangelles ne cachent pas leur satisfaction. Outre l'intérêt financier, le gain d'espace leur a apporté une meilleure organisation : "En supprimant des opérations de manutention, nous avons gagné un temps considérable. Travailler mieux nous permet de travailler moins", se réjouit P. Falgarone. Même écho chez Standard Forms qui, grâce à une rationalisation de ses méthodes de travail, estime le coût du déménagement largement remboursé.
    Economiquement positif, le bilan l'est aussi pour la qualité de la vie : "Tours est une ville suffisamment grande et vivante pour y trouver ce que l'on cherche : cinémas, commerces...", affirme Michel Toussaint. "La vie y est meil-leure !", conclut Francisco Guiléra.

Anne-Christine BÉCARD

En quittant Boulogne-Billancourt pour Bléré, Rimoldi a divisé ses coûts de location de locaux par dix.
Une cellule d'accueil à la CCI :
le fichier Filoc-Fiparc, géré par la CCI de Touraine, centralise et informe sur l'ensemble des offres foncières et immobilières d'entreprise, disponibles dans le département. Parce que la délocalisation d'une entreprise c'est aussi la délocalisation de ses salariés, la CCI propose son aide et ses conseils pour trouver un logement, un travail pour le conjoint, de nouvelles écoles pour les enfants, en bref pour s'intégrer facilement au nouveau cadre de vie.
Contact : S. Briard-Auconie - Tél. 02 47 47 20 62